Paul Lay, pianiste de jazz chercheur et inventeur

Le pianiste Paul Lay a trouvé dès l’âge de dix ans son terrain de jeu idéal: le jazz. Il en explore aujourd’hui toutes les strates, jusqu’à sa genèse, illuminant les mélodies.

« C’est un musicien extrêmement polyvalent, qui a la capacité de jouer dans des styles très différents et qui sait trouver le chemin de la musique dans chaque style« , dit de lui Laurent De Wilde, pianiste et producteur, qui a dirigé l’enregistrement de trois disques où joue Paul Lay: deux comme « sideman » (accompagnateur) dans le quartette de la saxophoniste Géraldine Laurent et son album en duo avec le trompettiste Eric Le Lann. 

  « Peu importe le matériau, l’essentiel est de savoir de quoi on parle« , affirme Paul Lay, dont le champ d’investigation va du jazz contemporain aux chants populaires de la Guerre de Sécession. « Dans mon esthétique, il y a un respect de la tradition, et en même temps j’adore les bifurcations« . 

Ces « bifurcations« , ce Béarnais de 35 ans les emprunte depuis l’enfance.  

« Je ne pouvais pas m’empêcher dans mes cours de piano classique de changer les notes et remodeler la partition« , se souvient-il.  

Didier Datcharry, « un super prof » qui animait l’atelier jazz à l’école de musique d’Orthez, l’aiguille, alors qu’il n’a que dix ans, vers le jazz. Avec beaucoup de travail, Paul Lay parviendra à ses fins: après une très solide formation classique acquise au Conservatoire de Toulouse dans ses années de lycée, Paul Lay, bac en poche, met le cap sur Paris et la classe jazz et improvisation du Conservatoire national supérieur de Paris. 

Depuis une quinzaine d’années, ce musicien animé d’une grande soif d’apprendre s’est construit une carrière et une réputation qui lui ont valu le Prix Django-Reinhardt du meilleur musicien français 2015. 

Et cette année encore, l’agenda du trentenaire à l’allure juvénile, mèches brunes sur le front et barbe de trois jours, est bien rempli. 

– Gymnastique et « grands écarts » – 

Il jongle entre son trio « Deep Rivers » (où il se penche au chevet des chants blues, folk et gospel de la fin du XIXe et du début du XXe siècle américains), le duo avec Eric Le Lann au service de la musique de Louis Armstrong, le quartette plutôt hard-bop de Géraldine Laurent, le quintette des frères Moutin résolument jazz contemporain, ses récitals, ses créations, autour de la musique de Beethoven par exemple… 

Les changements d’esthétiques et les « grands écarts dans le temps » n’effraient pas un musicien qui cite parmi ses pianistes préférés aussi bien Duke Ellington que Cecil Taylor, un pionnier du free jazz. 

« Dans son album avec Eric Le Lann, il a réussi ce tour de force de jouer dans un style très ancien et en même temps hyper moderne, hyper aventureux« , confie Laurent de Wilde. 

Cette gymnastique n’est possible que grâce à une immense technique, beaucoup de travail, une solide culture musicale. Mais aussi un enthousiasme enfantin inaltérable. 

« Mon mantra, inspiré par une phrase de Picasso, est d’essayer de m’exprimer avec le sérieux d’un enfant qui joue« , dit-il. « Quand je suis sur scène, je suis sérieux, évidemment, (…) il y a une partie architecturale, de contrôle, mais en même temps ça n’est que du jeu« . 

Qu’il soit sideman ou leader, Paul Lay aime aussi faire briller l’autre. Dans son trio « Deep Rivers« , par exemple, l’étonnante chanteuse suédoise Isabel Sörling lui vole parfois la vedette.  

« Il aime bien jouer au ping pong musical avec ses collaborateurs« , confirme Laurent de Wilde.  

Géraldine Laurent renchérit: « Il sait très bien accompagner, il sait quand il faut relancer, ne pas relancer, il est très à l’écoute, et réellement au service de la musique et des musiciens« . 

Source : AFP, Lexpress.fr