“Parenthèse virale” & Écrire…

— Patrick Mathelié-Guinlet —

Parenthèse virale
 
Comme gouttes de pluie
absorbées par le sable
s’écoule ainsi le temps
en jours bien trop semblables
pour que tout bonnement

les retienne l’esprit
et pire sont les nuits
quand nous saisit l’ennui
lors de nos insomnies…
 
Ma mémoire est en berne
dans ces moments si ternes
comme un grand brouillard gris
fait un philtre d’oubli…
 
Mais que cela nous pèse
quand ce virus a mis
tout simplement nos vies
entre deux parenthèses !

 
Écrire…


 
Écrire, tout comme peindre d’ailleurs, c’est apprivoiser les rêves, les domestiquer et pour les plus chanceux, ces poètes visionnaires, les enfourcher, les chevaucher en une course effrénée dans la steppe infinie du chaos.
 
C’est prendre conscience de l’Être d’une manière distanciée en l’extrayant du néant.
 
C’est regarder dans le miroir puis essayer de savoir ce qu’il y a de l’autre côté en croquant à belles dents le fruit défendu de la Connaissance.
 
Chercher des raisons à tout ça et n’en trouver aucune…
 
C’est la beauté du geste dans une conquête de l’inutile.
 
C’est repousser les limites de l’impossible, réfuter la folie et refuser le médiocre.
 
C’est beau et dérisoire comme l’est un être humain…
 
C’est devenir un dieu doté du pouvoir de créer mais sans acquérir l’éternité.
 
Écrire pour laisser une trace sur les murs de la caverne comme ces mains négatives soufflées d’ocre par nos ancêtres.
 
Écrire, c’est défier le temps et réfuter Babel !
 
C’est transcender l’éphémère pour transmettre et partager son savoir et sa pensée au-delà de son environnement immédiat…
 
C’est lancer une bouteille à la mer sans savoir si le message atteindra jamais un rivage…
 
C’est semer des graines qui deviendront peut-être des arbres dont on ne récoltera jamais les fruits mais ça n’a pas d’importance du moment que d’autres le fassent…
 
C’est faire un pied-de-nez à la camarde en refusant de mourir complètement !
 
Bref, c’est une urgence absolue, un besoin, une nécessité à la fois essentielle autant qu’existentielle !

 
Patrick Mathelié-Guinlet