—RS n° 440 lundi 30 mars 2026 —
Pour les élections municipales foyalaises, le GRS a exploré les possibilités de présenter une liste unitaire avec plusieurs organisations. Le critère premier était que cette liste se positionne clairement dans la défense des masses laborieuses sans prétendre être « la voix de tous les foyalais ».
Il était, et il est juste de postuler à la direction de la ville « capitale » toujours tenue par un PPM qui ne réussit pas à se remettre en question, et à construire un après-Césaire reprenant le meilleur de l’héritage, en se débarrassant de tares aussi vieilles que le césairisme lui-même.
Nous avons rencontré Combat Ouvrier, les InsoumiEs, le CNCP, PÉYI-A. La démarche, il est vrai plutôt tardive, n’a pas abouti.
À Schoelcher, RESPÉ a participé à une démarche relativement similaire, mais non paralysée par la question de la tête de liste, qui a eu un rôle central au sein de l’opposition foyalaise.
PREMIER PARADOXE FOYALAIS
Le premier paradoxe foyalais concerne en fait presque toute la Martinique. Toutes les listes en compétition à Fort-de-France avaient des têtes de liste contestant le système colonial, ou disant qu’un changement de statut politique serait nécessaire pour avancer. Même le tout nouveau PLP (Pour Le peuple) le proclame, après avoir affirmé que l’alignement des prix de tout l’alimentaire sur ceux de la France, était la clé pour sortir le peuple de l’ornière.
Cette presqu’unanimité devrait être perçue par tout le monde comme une nouveauté politique majeure, et devrait avoir des conséquences concrètes importantes pour le combat des masses. À Fort-de-France donc, électeurs et électrices ont voté pour des dirigeantEs officiellement anticolonialistes. Le paradoxe, à ce niveau, est double : non seulement on ne trouve qu’une infime minorité de cette population dans les luttes anticolonialistes dont les sujets ne manquent pourtant pas, mais encore la virulence (verbale, il est vrai) des oppositions entre ces forces, n’a rien à envier aux joutes d’hier entre autonomistes et anti-autonomistes.
DEUXIÈME PARADOXE
Il y a donc une double opposition : d’une part l’opposition entre le PPM, qui gère la ville depuis sa naissance après l’épisode communiste de Césaire et les postulants actuels (la droite classique organisée, ayant disparu du paysage), et d’autre part la coupure parmi ces postulants, entre les « Anciens » et les «Modernes ». C’est cette dernière querelle qui a finalement, sauvé le PPM, confronté à la forte contestation que l’on sait.
Pourtant, qu’ils ou elles le reconnaissent ou pas, l’éviction du PPM était un objectif central des deux listes du deuxième tour. Cet objectif n’a pas résisté à l’ambition de diriger l’opposition pour diriger la ville. Sans vouloir entrer dans les méandres des tractations dont nous ne connaissons pas beaucoup plus que ce qui a été déballé sur les ondes, nous vérifions une vérité connue : on peut être une jeune organisation et ne pas dédaigner de vieilles méthodes.
Le mérite du RPPRAC d’avoir réussi à mobiliser contre la vie chère, puis d’avoir créé un parti capable d’être un postulant électoral crédible est indéniable. Parvenu à ce stade, il est évident que la confrontation avec les principes de la vie politique démocratique devient immédiate. Parmi ces principes, il y a la capacité d’engager des dialogues transparents et respectueux à l’égard de toutes les forces démocratiques aussi bien sociales que politiques.
Dans le camp du peuple, toutes les forces et toutes les générations ont à apprendre les unes des autres. L’invective pulsionnelle comme le paternalisme font le jeu de l’ennemi.
On ne peut éviter ces travers qu’en mettant au poste de commande le débat programmatique.
LE GRAND ABSENT
Le débat programmatique ne suffira pas à supprimer les querelles de leadership, mais il peut y contribuer fortement. Or, quoiqu’en disent les uns et les autres, le débat programmatique a été le grand absent des élections municipales, et pas seulement à Fort-de-France. Dans débat programmatique, il y a programme et il y a débat. Programme, cela va bien au-delà des quelques mesurettes et bonnes intentions alignées dans les professions de foi et la rapidité des fusions de programmes pour constituer des listes de second tour est bien le symptôme d’un sérieux problème.
Débat, parce que comment entraîner les masses au-delà des combats de coqs, sans les impliquer dans les discussions patientes qui, jusqu’à ce jour, n’ont eu lieu ni dans le mouvement ouvrier ni plus largement dans le peuple.
Nous l’avons dit, après les Assises populaires contre la vie chère : la discussion ne faisait que commencer. Au lieu d’ironiser sur le peu de résultat obtenu par le mouvement du RPPRAC (ce dernier a obtenu bien moins que février 2009 qu’il a tant vilipendé), il est plus que temps d’aller au fond des choses, sur la vie chère comme sur le reste.
Vendredi 27 mars :
NOUVEAU RENDEZ-VOUS POUR CUBA,
ET L’AUTODÉTERMINATION DES PEUPLES
Après la belle manifestation du vendredi 27 mars, LYANNAJ MATINIK POU KIBA. SOLIDARITÉ! invite à une nouvelle réunion publique de travail le Jeudi 2 avril à 18h au TOM à la Croix-Mission. Pour amplifier l’action !
