Othello voulait prendre de la hauteur

— Par Gérald Rossi —

Arnaud Churin espérait frapper fort en invitant sur le plateau une troupe de comédiens noirs, mais cela ne suffit pas pour donner à la pièce de Shakespeare la dynamique que l’on pouvait imaginer.

Trois grandes voiles sombres, plus ou moins transparentes, se mouvant au gré des scènes comme les immenses personnages d’un ballet silencieux, constituent l’unique décor. Les lumières adroites de Gilles Gentner font le reste. Othello, écrit en 1604 par William Shakespeare, se situe à Venise et à Chypre. Ici, dans une pénombre voulue, sans autre repère, évoluent les personnages du drame qui se conclura au bout de trois heures ou presque, par la mort de plusieurs des protagonistes. Dans cette description clinique, rappelons que le général Othello, aigre de jalousie, tue sa frêle et jeune épouse, Desdémone, accusée à tort d’entretenir une relation coupable avec le lieutenant Cassio, sur la foi des délires du serviteur Iago.

Arnaud Churin, ne s’est pas contenté de mettre en scène la nouvelle traduction et adaptation que signe Emanuela Pace, mais il a convoqué une distribution particulièrement originale, puisque tous les acteurs, à l’exception du rôle titre, sont des noirs. Une différence de peau qui tranche avec les distributions habituelles dans lesquelles Othello nommé « Le Maure » a la peau sombre. Ici le seul blanc sur la scène est devenu « Le caucasien ».

Un choix que revendique clairement Churin pour qui « ce n’est pas trahir » l’auteur « que de proposer cette distribution ». Et l’on peut ajouter que la présence d’acteurs « non blancs » sur une scène n’est pas si fréquente qu’elle mérite d’être soulignée. Pour autant, cela peut-il être suffisant pour assurer la réussite d’un projet?

Certes pas. Signalons les déplacements et autres gestes évoquant la pratique des arts martiaux, qui ponctuent étrangement de multiples scènes, pour dire que la direction d’acteurs laisse pour le moins perplexe. L’équipe (Daddy Moanda Kamono, Mathieu Genet, Julie Héga, Nelson-Rafaell Madel, Astrid Bayiha,Aline Belibi, Denis Pourawa, Jean-Felhyt Kimbirima) avec des bonheurs divers joue sa partition, mais semble un peu abandonnée. Quant aux costumes japonisants (de Sonia Da Sousa) certes beaux mais joliment hors contexte, ils n’éclairent pas beaucoup plus sur le projet. « La jalousie n’a pas de couleur de peau » plaide Arnaud Churin, pour qui encore il faut prendre en compte comment « chaque époque s’approprie les œuvres en tenant compte des évolutions des sociétés ». Certes…

Jusqu’au 19 octobre (20h) théâtre de la Ville, place des Abbesses, Paris 18e; tél.: 01 42 74 22 77. Du 13 au 16 novembre théâtre Montansier à Versailles; en janvier Chartres et Chambéry, en mars à Nantes.

 

Source : L’Humanité.fr