Notre américanité, de Placoly à Bad Bunny

— RS n° 434 lundi 16 février 2026 —

« J’ai sauvé mon pays, j’ai vengé l’Amérique ! ».

Jean-Jacques Dessalines.

Vincent Placoly s’était fait surnommer « l’Américain », tant il soulignait et revendiquait avec opiniâtreté notre « américanité ». Il y avait, dans ce souci de singularisation, un double clin d’œil, à la fois ironique et interpellateur.

D’abord à l’égard de l’arrogance du vorace géant étasunien, désireux de s’approprier non seulement les terres, mais jusqu’au nom dont avait été affublée l’immensité continentale, par des conquistadors égarés, dans des mers inconnues de leur civilisation. Une façon assurément d’exclure les autres du partage des richesses espérées du Nord canadien jusqu’au détroit de Magellan au sud.

En revanche, même souci toutefois fraternel, à l’égard de congénères militants africanistes, pouvant minorer la part « américaine » de notre identité composite, pourtant chargée d’une richesse dont le champ clairsemé est toujours en cours de défrichage. Mais, au fond, de quelle Amérique parlons-nous, au-delà de la donnée géographique, situant le Mexique « latin » au nord du continent ?

Et voici que la star d’origine portoricaine, Benito Antonio Martinez Ocasio, dit Bad Bunny, vient de façon magistrale, aux yeux de centaines de millions de téléspectateurs·trices, d’infliger un cinglant camouflet au fasciste de MAGA, avec un spectacle dont le message central était une limpide réplique : « l’Amérique c’est nous, pas seulement vous ». Nous les peuples d’Amérique du centre et du sud, nous les Afro-américains des USA, nous les « Hispaniques » du sud, nous en général victimes du racisme suprémaciste et violent de Trump, de sa milice ICE. La brute de Mar-a-Lago ne tarda d’ailleurs pas à accuser le coup en dénonçant rageusement « l’horrible spectacle ».

Que cette leçon vienne d’un américano-portoricain, avait une certaine saveur pour tout caribéen. Et, lotchio sur la cassave, il y avait, parmi tous les drapeaux américains représentés, celui de la Martinique ! Ce n’était pas le surgissement de l’Amérique « latine » comme disent hâtivement d’aucuns, mais celui, éclatant de l’Amérique indi-afro-latine qui est la caractérisation plus acceptable de « notre Amérique » métissée par excellence, pour paraphraser le poète cubain José Marti.

En réalité, malgré toutes ces résonances historiques, Bad Bunny était et est la voix du présent. La violence fascisante de la police US contre le vaillant peuple de Minneapolis a soulevé une protestation réconfortante, assez déterminée pour exiger l’éviction des 3000 mercenaires fédéraux. Elle ne venait pas principalement d’organisations contestataires traditionnelles, mais de gens du commun, de la population multicolore, de personnes indignées par la barbarie trumpiste.

Depuis les exécutions gratuites et impunies de deux innocentes victimes de Minneapolis, des artistes, des sportifs, des vedettes ont mis leur notoriété au service d’une cause juste. Certains prétendent réduire la portée de leurs gestes en parlant de l’écart entre les vedettes et le peuple. C’est oublier que c’est souvent bien ainsi, souvent, que commencent les grandes mutations. S’élèvent d’abord les voix pouvant avoir accès aux médias, ouvrant la voie aux grandes masses.

Puissent les forces progressistes et radicales s’engouffrer dans la brèche, et le bonheur ne se cantonnera pas aux seules limites de « notre Amérique ».

Énorme menace contre Cuba, notre devoir de solidarité !

Trump, Mario Rubio et leur bande ont décidé la mort du régime cubain. La hargne et le cynisme de l’impérialisme US sont sans limites. Sachant qu’une nouvelle tentative d’invasion de l’île ne serait pas une simple promenade de santé, que le coût politique à payer serait conséquent, l’impérialisme US annonce clairement un autre plan : asphyxier Cuba, provoquer un chaos dans le pays en tablant sur le mécontentement d’une population exaspérée par les difficultés du quotidien, faire chuter le régime « comme un fruit mûr ». Un désastre humanitaire en réalité.

Dans un moment tragique de la révolution cubaine, ses dirigeants avaient proclamé : « Cuba est seule ». L’extraordinaire résistance du peuple cubain lui a permis de tenir, malgré les multiples tentatives d’étouffement de l’empire du Nord, malgré la disparition de l’allié soviétique, malgré les incertitudes de l’anti-impérialisme sud-américain.

Aujourd’hui, la situation du Venezuela, son fournisseur de pétrole depuis la révolution chaviste, met Cuba dans l’œil du cyclone. Après le kidnapping de Nicolas Maduro et de Cilia Flores par les brigands trumpiens, le Venezuela a été mis dans l’obligation de mettre fin à cet approvisionnement. Le Mexique, qui a montré une velléité de braver le blocus imposé par Washington, a été menacé de droits de douanes exorbitants s’il persistait dans sa tentation de fournir du pétrole à Cuba. La Russie de Poutine, grosse productrice de pétrole, ne prendra aucune initiative pour Cuba, quand elle poursuit sa guerre criminelle en Ukraine.

La réalité est là : en dehors de son propre héroïsme, d’autant plus difficile qu’il doit être quotidien, le peuple cubain n’a pas beaucoup plus d’alliés que la solidarité des peuples du monde.

Le bassin caribéen, le nôtre, se doit de donner l’exemple.

Que faire pour Cuba qui a tant fait pour les peuples du monde ?

C’est le thème de la réunion publique à laquelle nous invitons toutes les forces, toutes les institutions et toutes les personnes volontaires pour se dresser aux côtés de Cuba

VENDREDI 20 FÉVRIER À 18H À LA MAISON DES SYNDICATS