On attendait beaucoup de cette pièce – présentée dans le cadre du festival « Mois Kréyol » – inspirée des carnavals à la mode de Guadeloupe (terre d’origine de la chorégraphe), Martinique, Guyane mais encore de Venise, du pays basque et même de Dunkerque ! On était curieux de découvrir un spectacle qui mêle paroles et chants à une danse faisant elle-même appel à diverses musiques. On sait bien à la Martinique que le carnaval n’est pas partout le divertissement folklorique qu’il est devenu ailleurs, qu’il peut demeurer un moment de transgression en rupture avec le reste de l’année.
Moun bakannal restitue ce côté transgressif des carnavals antillais avec des gestes obscènes et des tenues provocantes. Un danseur est habillé de sous-vêtements féminins et même, pendant l’une des séquences de la pièce, chaussé de belles chaussures rouges à talon haut. Ce danseur, Stéphane Mackowiak, est par ailleurs le plus affûté, le plus bondissant et celui qui cultive encore plus que les autres des attitudes provocatrices.
La pièce commence par une projection de séquences du monde du carnaval (moun bakannal), puis on entre dans le vif du sujet avec une danse avec bâtons venue du Pays basque interprétée par trois danseurs vêtus de sortes de pyjamas blancs (ce qui donnera lieu à une chanson). Ces costumes sont bien peu carnavalesques et l’on attendait mieux de la suite. Or c’est peut-être de ce côté qu’est venue la déception la plus grande : qui pensait assister à un défilé de costumes de carnaval en aura eu pour ses frais ; les danseurs, une fois débarrassés de leurs pyjamas, sont resté dans leurs tenues quelque peu provocantes. L’apparition d’une quatrième danseuse revêtue d’un costume censé représenter le déguisement d’une « touloulou » guyanaise, n’a guère convaincu, ce costume fabriqué avec des cravates d’hommes n’ayant rien de la somptuosité des authentiques touloulous que l’on avait pu admirer sur l’écran. On comprend d’autant moins ce côté misérabiliste des costumes que les photos du même spectacle disponibles sur internet montrent autre chose, tout en restant, certes, très sobre en comparaison avec les extravagances de certains carnavals. À titre d’exemple, on comparera deux photos du dernier tableau prises l’une (en haut) en Métropole, l’autre lors de la représentation à Fort-de-France. Le cinquième personnage (quatrième sur la deuxième photo) est un musicien presque constamment présent sur le plateau avec son tambour.
Faut-il dire que nul n’est prophète en son pays, même si Chantal Loïal n’est pas exactement Martiniquaise ? Cela étant, les spectateurs de Fort-de-France ont semblé satisfaits et ont participé de bon cœur quand on les a sollicités (1).
Moun Bakannal. Chorégraphie de Chantal Loïal avec Juliette Capel, Lory Laurac, Sonia Delphin, Stéphane Mackowiak. Tropiques Atrium, Fort-de-France, 24 janvier 2026.
(1) Voir ici un compte rendu bien plus enthousiaste d’une représentation à la chapelle du Verbe incarné lors du dernier festival d’Avignon :
https://www.critiquetheatreclau.com/2025/05/moun-bakannal-choregraphie-chantal-loial.html


