L’éphéméride du 26 janvier

Le premier massacre de Kalinagos commence en Guadeloupe le 26 janvier 1636

Entre eux, ces Amérindiens se désignaient comme les Kalinagos, les « hommes forts ». Mais les Espagnols qui, les premiers, les rencontrèrent en 1492, les nommèrent Cannibales ou Caraïbes. Qui étaient-ils ? Archéologues et anthropologues se sont lancés à la recherche des Kalinagos. Et leurs conclusions remettent en cause bien des certitudes.

Des hommes et des femmes nus aux cheveux longs, le corps peint de pigments rouges et portant arcs et lances… Singulière vision pour les aventuriers qui mouillèrent dans les criques antillaises au début du XVIIe siècle. Entre eux, ces Amérindiens se désignaient comme les Kalinagos, les « hommes forts ». Mais les Espagnols qui, les premiers, les rencontrèrent en 1492, les nommèrent Cannibales ou Caraïbes. Qui étaient les Kalinagos ? Quelques chroniqueurs ont décrit en détail leurs mœurs. Parmi ces ethnologues de la première heure figurent l’Anonyme de Carpentras, un flibustier qui vécut avec eux en 1620, ou encore le père Breton, missionnaire qui, quelques années plus tard, partagea leur vie. Depuis, archéologues et anthropologues se sont lancés à la recherche des Kalinagos. Et leurs conclusions remettent en cause bien des certitudes.

Etaient-ils les premiers habitants des Antilles ?

Les Kalinagos font plutôt figure de petits nouveaux. Leurs céramiques, découvertes dans les années 1980 sur l’île de Saint-Vincent, sont en tout point semblables à celles des populations koriabos de Guyane. C’est de cette région qu’ils seraient venus, probablement au XIIIe ou XIVe siècle, estiment les chercheurs. Mais, lorsqu’ils sont arrivés, ces îles étaient alors loin d’être inoccupées. Depuis le Ve siècle avant notre ère, elles étaient habitées par des Amérindiens arawaks, les Taïnos. Les Kalinagos les auraient chassés vers les Grandes Antilles, à Hispaniola et Porto Rico, où ils vivaient encore lors de l’arrivée de Christophe Colomb en 1492. Une théorie du « remplacement » des populations confirmée par les chroniques de l’époque qui décrivent le caractère guerrier et conquérant des Caraïbes (l’autre nom des Kalinagos). Elle est pourtant remise en cause depuis une dizaine d’années : « Aucune de ces céramiques anciennes n’a été découverte sur des sites précolombiens. Toutes datent de la période du contact avec les Européens », nous confie l’archéologue Benoît Bérard, maître de conférences à l’université des Antilles. Les Kalinagos seraient-ils arrivés après les Européens, attirés par leurs richesses ? Les fouilles à venir devraient répondre à cette question.

Régnaient-ils sur l’ensemble des îles ?

Au XVIe siècle, ils occupaient les Petites Antilles depuis Tobago jusqu’à la Guadeloupe, et de manière plus disséminée vers le nord, à Saint-Christophe et Anguilla. Au centre de cet archipel, la Dominique et Saint-Vincent, les îles les plus peuplées, formaient le cœur de la société caraïbe. Là vivaient les plus grands chefs et étaient organisés les grands rassemblements… Ces hommes circulaient sans cesse d’île en île pour assister aux cérémonies, rendre visite à leur famille, propager des nouvelles ou échanger des biens. Leur maîtrise de la navigation a impressionné les chroniqueurs….

[…] Qu’est-ce qui a provoqué leur fin ?
En 1635, le premier geste du colon Charles Liénart de l’Olive, arrivé en Guadeloupe, est de planter une croix. Geste symbolique qui affirme les ambitions de la Compagnie des îles d’Amérique : convertir les « sauvages » et prendre possession des terres. Quel qu’en soit le prix. Le pas avait été franchi dix ans plus tôt, à Saint-Christophe où Français et Anglais avaient massacré des centaines de familles caraïbes. Des voix s’élevèrent, par exemple celle de Jean du Plessis, l’associé de Liénart de l’Olive, partisan d’une amitié franco-indienne, ou du père Breton qui refusait « de faire la guerre injustement à une nation libre et lui ravir ses biens et ses habitations ». Mais les bons sentiments ne pesèrent pas lourd face aux appétits commerciaux de la Compagnie. Les jardins, où les Kalinagos cultivaient leurs fruits et des plantes médicinales, furent pillés, les terres défrichées pour y planter du tabac…

Source :Geo.fr