Mes vœux par voix numérique interposée : Triomphe de l’IA, tressaillement de l’humain !

— Par Yves Untel Pastel —

 

Mes chers zombies numériques, mes frères et sœurs en humanité ! Meilleurs vœux !

En fin d’année 2025, j’ai envoyé mes vœux pour 2026 via une voix synthétique. Une voix sans poumons, sans salive, sans cette hésitation qui trahit l’émotion. Une voix qui n’a jamais bafouillé sous l’emprise de ma sensibilité toute humaine. Une voix froidement efficace.

Et vous, comment avez-vous fait ? Un message vocal préenregistré ? Un GIF animé ? Un « Bonne année ! » balancé en story, comme on livre un colis par drone à des frères et sœurs affamés d’attention ? Nous sommes devenus des distributeurs automatiques de sentiments. On appuie sur un bouton, et hop : de la convivialité en sachet, des émotions en poudre, des relations en kit.

Mais à quand remonte la dernière fois où vous avez vraiment écouté une voix humaine ? Pas une voix de synthèse, pas une voix filtrée, compressée, optimisée pour les haut-parleurs de smartphone — non, une voix avec ses craquements, ses silences, ses failles. Une voix qui vous a transpercé parce qu’elle était vraie, parce qu’elle portait en elle la trace d’une présence, d’une histoire, d’une vulnérabilité.

Nous avons troqué nos cordes vocales contre des algorithmes. Nous avons remplacé l’art de la conversation par l’efficacité du flux. Et le pire ? Nous trouvons ça normal. Nous appelons ça « modernité ». Nous appelons ça « pratique ». Mais en réalité, nous appelons ça notre lente euthanasie émotionnelle.

Le grand mensonge de la connexion permanente

On nous vend du lien, de la proximité, de l’instant partagé. Mais qui, parmi vous, n’a jamais senti ce vide glacé après une soirée passée à scroller en silence, côte à côte avec des « amis » ? Qui n’a jamais eu mal au ventre en réalisant que ses « likes » ne nourrissent personne, pas même lui-même ?

Nous sommes des fantômes qui se parlent à travers des machines. Nous croyons communiquer, mais nous ne faisons que nourrir la bête — cette toile d’araignée numérique qui nous promet de ne jamais être seuls, à condition d’accepter de ne jamais être vraiment ensemble.

L’IA ne nous vole pas notre humanité. Nous la lui offrons sur un plateau, en échange de quoi ? De la dopamine en intraveineuse. D’un faux sentiment de contrôle. De l’illusion d’exister, tant que l’écran nous renvoie notre reflet.

Le frisson qui devrait vous réveiller

Ce frisson, vous l’avez déjà senti. C’est celui qui vous parcourt quand vous raccrochez après un vrai fou rire au téléphone. Quand vous croisez un regard qui vous comprend sans mots. Quand une main se pose sur votre épaule, et que soudain, le monde redevient réel.

Ce frisson, c’est votre corps qui vous crie : « Réveille-toi. Tu es en train de mourir de froid. »

Alors oui, envoyez vos vœux par IA. Postez vos stories. Likez, partagez, archivez. Mais sachez une chose : chaque fois que vous déléguez votre voix, votre présence, votre attention à une machine, vous signez un petit bout de votre acte de décès émotionnel.

La question n’est pas : « Comment sortir du numérique ? »

La question est : « Jusqu’où êtes-vous prêts à vous mentir ? »

A tous ceux qui m’ont dit, « Ce n’est pas ta voix. C’est l’IA ? Je préfère ta voix ! A tous ceux-là, j’adresse mes humains et chaleureux remerciements, et à chacun mes meilleurs vœux pour 2026.

Un humain (en voie de disparition).

  • POEME –

NOS MEILLEURS VŒUX PAR LA VOIX D’UNE IA :

LA GRANDE ABDICATION OU LE FRISSON REACTIONNEL

Sur l’autel froid de l’efficacité,

En cet instant sacré où la voix doit porter sa chaleur,

Où le souffle réconforte et la présence est primordiale,

J’ai choisi, pour vous offrir l’écho de mes vœux,

D’inféoder mes mots, mes doutes et mes sentiments

À la précision chirurgicale d’un timbre synthétique.

Me voilà succombant à la grande tentation,

Cédant au vertige de la prostitution algorithmique.

Mais ce cri qui s’élève, est-ce vraiment le mien ?

Ou n’est-il que le miroir de notre abdication commune,

L’aveu de notre servitude volontaire et silencieuse

Aux pieds de la grande Babylone numérique ?

Est-ce l’heure de rompre les digues, de sombrer sans retour,

De faire le grand saut dans l’abîme de la numérisation ?

Ou n’est-ce pas l’instant d’un sursaut, d’une ultime révolte,

L’heure de ce frisson réactionnel qui nous sauve encore ?

Permettez-moi d’être l’épine, ce malaise qui rampe,

Le miroir qui renvoie la question qui nous blesse :

Serons-nous à jamais la chair à canon du silicium,

Ou saurons-nous, d’un geste radical, sanctuariser —

Hors de la jungle des serveurs et de leurs calculs monstres —

Cette part d’humain que l’algorithme ne doit jamais conquérir ?

A tous ceux qui d’un tressaillement sincère,

M’ont rappelé « qu’il préférait ma voix hésitante

À celle policée de l’IA, je dis mon grand merci humain.

A tous, humains, je formule les meilleurs vœux pour le cycle qui s’ouvre.

Yves UNTEL PASTEL