« L’Irréversible », une exposition au Créole Art Café

— par Selim Lander —

À l’occasion de la parution du numéro 31 de la revue annuelle Recherches en Esthétique sur le thème de « L’irréversible », une exposition rassemble certains des artistes mis en honneur dans ce numéro plus quelques autres. Quatorze artistes en tout, la plupart déjà connus du public martiniquais, et une trentaine d’œuvres. Deux nouvelles venues : Manon Cassagrande qui utilise la photographie dans ses tableaux, et Hamideh Hosseini, venue d’Iran, dont la peinture exprime toute la dureté de la situation des Iraniens et particulièrement des Iraniennes dans leur pays, soit ici un buste de femme blessée, mutilée, l’œuvre la plus forte de cette exposition (« Une tulipe de sang », première photo).

Les visiteurs martiniquais auront plaisir de retrouver des artistes qui leur sont familiers : par ordre alphabétique Victor Anicet (trois céramiques dont un vase spectaculaire évoquant le cratère d’un volcan en feu), Michèle Arretche, Christian Bertin (une impressionnante sculpture anthropomorphe en matériaux composites de couleur noire), Julie Bessard (un tondo rotatif), Chantal Charron, Bruno Creuzet, père de Julien Creuzet qu’on ne présente plus (une installation énigmatique, évolutive de surcroît), Habdaphaï (trois peintures), Hugues Henry (deux photographies), Valérie John (deux petits livres comme calcinés à l’indigo, éléments d’une installation à venir), Robert Manscour (trois de ses sculptures en verre dont un grand « Stani » en pied), Luz Severino et Henri Tauliaut (deux masques). Faut-il préciser que les quelques œuvres reproduites ici ne donneront qu’une idée bien insuffisante de la variété de l’inspiration, des manières de faire et des matériaux utilisés ?

Comme les enfants sur la photo, on admire toujours chez Luz Severino l’esthétique et la minutie de ses tableaux de nature avec les arbres aux troncs surbrodés de fils de couleur.

Luz Severino -Illusiones

Chantal Charron – Silence de la ligne n°2

Chantal Charron peint sur du bogolan, ces étroites bandes tissées artisanalement en Afrique et assemblées pour former un support. Contrairement à sa démarche habituelle où la toile est entièrement remplie, avec des petites figures, le tableau qu’elle a souhaité montrer est en partie vide tandis que la silhouette vaguement humaine se développe sur toute la hauteur.

Michèle Arretche, rompant avec ses tableaux bien connus qui représentent des paysages de jungle peints à l’acrylique, expose quatre triptyques, des tableaux abstraits de très petit format (9 x 14 cm) disposés verticalement. Ils témoignent chez cette artiste d’une liberté nouvelle qui surprend agréablement.

Au cas où certains lecteurs de cette brève chronique ne connaîtraient pas encore le Créole Art Café qui fut le premier édifice restauré à Saint-Pierre après la catastrophe, un café au sympathique décor à l’ancienne mais aussi un restaurant offrant une nourriture légère à midi, avec les salles d’exposition à l’étage, visiter cette exposition paraît une occasion très propice.

Quant aux prix des œuvres, il y en pour toutes les bourses puisqu’ils s’étagent entre 90 € (un acrylique sur papier de Michèle Arretche) et 5000 € (« Caldéra » de Victor Anicet).

Michèle Arretche – Carnet de dérive 1 (détail)

L’Irréversible

– Exposition du 24 février au 4 avril 2026, Créole Art Café, Saint-Pierre, Martinique. Commissariat Dominique Berthet.

Recherches en Esthétique n° 31, revue du CEREAP, Université des Antilles, janvier 2026, 232 p., 23 €. Illustrations en noir et en couleur.

Photos : SL
« Illusiones », avec l’aimable autorisation des parents.