Les fous d’Allah et les trafiquants de drogue

— Par Michel Herland —

11 janvier 2015 Paris, Place de la République

Les événements tragiques du mois de janvier 2015 ont provoqué chez quelques intellectuels classés à gauche une réaction paradoxale, que l’on peut identifier au communautarisme le plus extrême : l’État ne devrait pas seulement une forme de respect minimale aux cultures minoritaires, y compris les religions (ce qui est conforme au consensus national), il deviendrait comptable de la survie culturelle de chaque communauté. Qui plus est, nous serions, nous les Occidentaux, et les Français en particulier, collectivement responsables de ces événements et l’islam n’aurait rien à y voir.

Il suffit pourtant de réfléchir un tout petit peu pour comprendre que si les politiques suivies en  France sont, pour partie au moins, à l’origine, d’un certain nombre des difficultés que rencontrent beaucoup de membres de la minorité musulmane, ces politiques ne sont pas responsables du djihad ici ou ailleurs. D’une part parce que la montée de l’intégrisme musulman est un phénomène global. D’autre part parce que, en France même, les ratés de l’assimilation ne se sont pas tous rangés sous la bannière d’un islam revanchard et cruel. Seuls l’ont fait des individus psychiquement fragiles, accessibles à un discours aberrant. Les autres s’en tirent d’une manière autrement rationnelle. Appâtés comme nous tous par les délices de la société de consommation, ils se sont mis en quête de moyens pour assouvir leurs besoins et sont tout de suite tombés sur le commerce des produits illicites comme étant le plus facile. Une économie parallèle s’est développée, qui arrange tout le monde, ou presque (et c’est pourquoi – quelles que soient les rodomontades ministérielles – elle ne risque pas d’être démantelée dans un avenir prévisible).

Face aux revendications constantes des musulmans (il s’agit évidemment de ceux qui se font entendre, non des tièdes qui ne gênent personne), la République Française – pour autant qu’elle existe encore en dehors des discours creux des politiciens – doit affirmer franchement sa position. La Grande-Bretagne, avec ses quartiers patrouillés par des milices intégristes, peut nous servir de contre-exemple. Dans une démocratie libérale, la menace islamiste ne se résume pas aux attentats, ses valeurs fondatrices sont menacées, à savoir, selon Michel Waltzer dans une chronique récente : « la liberté individuelle, la démocratie, l’égalité des sexes, le pluralisme religieux » (Le Monde du 8 mai 2015).

burqa

La solution de Waltzer (qui défend un multiculturalisme modéré) consisterait à « collaborer avec les musulmans, pratiquants et non pratiquants, qui combattent le fondamentalisme, et à leur apporter le soutien qu’ils demandent ». Il recommande donc, de facto, de céder davantage aux demandes communautaristes. Comment n’a-t-il pas perçu que sa proposition, si elle était suivie, ne ferait que conforter ceux qu’il appelle les « fanatiques » dans leur entreprise de conquête ?

Une République laïque se doit d’identifier les croyances incompatibles avec elle. Tant que les musulmans de stricte obédience considèreront que le Coran est la retranscription authentique de la parole divine, il y aura des fous furieux qui prendront au pied de la lettre les versets criminogènes. Exemple : « Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’à en faire un grand carnage et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits » (Sourate 47, verset 4 ; voir également 4, 86 ; 9, 5 ; 48, 16). Laissons de côté la religion juive – qui a sa part de violence mais qui pèse de moins en moins en France – et considérons par contraste la religion chrétienne centrée autour de la figure d’un dieu sauveur. On n’oublie pas les atrocités commises par leurs ancêtres mais force est de reconnaître qu’il n’y a rien de plus inoffensif que les chrétiens d’aujourd’hui, qui prônent l’amour du prochain[i]. Selon les Évangiles, la religion est subordonnée à l’État (« rendez à César ce qui est à César », Mathieu 22, 21) et toute violence est bannie, même pour se défendre (« si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre », Mathieu 5, 39). Il faudrait se ranger parmi les « laïcards » les plus enragés pour vouloir anéantir une doctrine aussi lénifiante ! L’islam, c’est une autre affaire. La République laïque est en droit d’exiger que le Coran et les hadiths soient expurgés de tout contenu susceptible de servir d’alibis à des dérives criminelles et plus généralement aux atteintes aux droits humains. On pense d’abord aux femmes dont l’infériorité est consacrée dans le Coran. Voir en particulier le verset 4, 38 : « Les hommes sont supérieurs aux femmes en raison des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci » (également 2, 223 et 43, 18), ce qui se traduit par un ensemble de règles moyenâgeuses concernant par exemple la polygamie, la répudiation ou l’adultère[ii], des règles contraires à notre code civil et qui devraient être clairement abolies par les autorités représentatives de la religion musulmane en France.

Il ne serait pas nécessaire de passer par un tel aggiornamento officiel si les musulmans de France étaient tous sur une ligne modérée, moderne, compatible avec notre « libéralisme politique »[iii]. Il n’en est rien. On assiste au contraire à une régression : la transformation, au cours de la dernière décennie, des quartiers à majorité (ou forte minorité) musulmane se constate à l’œil nu dans les barbes des hommes, les habits masculins et féminins.

Ne confondons pas ces manifestations de plus en plus visibles de l’intégrisme musulman et les difficultés des banlieues. Les premières ont une cause exogène (l’islamisme est un phénomène qui a sa source ailleurs et se développe chez nous par contagion) alors que les secondes ont une cause endogène (le chômage de masse, la crise de l’école, etc.). Elles appellent des réponses politiques distinctes. Contrairement à ce que veulent nous faire croire certains esprits généreux mais naïfs, il ne suffira pas de résoudre les problèmes sociaux des banlieues pour éradiquer du même coup le cancer de l’intégrisme islamiste.

[i] Évangile de Jean (15, 12). Jésus a retenu ce précepte déjà dans l’Ancien Testament (Lévitique, 19,18).

[ii] Voir l’ensemble des sourates 4 et 24.

[iii] Théorisé par John Rawls : la démocratie libérale admet que ses citoyens adhèrent des conceptions divergentes du Bien, à condition qu’ils se retrouvent tous sur certaines valeurs qui sont grosso modo celles des droits de l’homme (Libéralisme politique, PUF, 1993).