L’éphéméride du 5 avril

Il y a cinquante ans, le 5 avril 1971, le manifeste des 343 : un acte de désobéissance civile

— Par l’Union des Femmes de Martinique —

Le 5 avril 1971, le Nouvel Observateur crée le scandale en France avec un numéro qui révèle les noms de 343 femmes révélant avoir avorté illégalement. La contraception, légalisée depuis 1967, est quasi inexistante et l’Église comme l’Ordre des médecins refusent toute idée d’une modification de la loi de 1920 qui interdit l’avortement.

Or les femmes avortent quand même. Les plus aisées partaient à l’étranger, celles qui n’ont pas les moyens ont recours à toutes sortes de pratiques dans des conditions humaines déplorables et au péril de leur vies.

Ce 5 avril 1971, Le Mouvement de Libération des Femmes (MLF), pose un acte de désobéissance civile et pour la première fois la question d’un « droit à l’avortement » est posé sur le devant de la scène. Cet acte de bravoure sera suivi des procès de Bobigny d’octobre – novembre 1972, Michele Chevalier mère de Marie Claire (16 ans) dénoncée par son violeur pour avoir pratiqué un avortement clandestin et 4 autres adultes sont défendues par Gisèle Halimi. Elles seront toutes relaxées ou condamnées à des peines symboliques. L’année d’après, ce sont 331 médecins qui déclarent avoir aidé des femmes à avorter en toute illégalité.

Ces événements vont ouvrir la voie à la dépénalisation de l’avortement qui fut le combat de Simone Veil (membre du MLF), ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.

Le 20 décembre 1974, l’Assemblée nationale composée de 492 députés dont 482 hommes, vote la loi Veil qui sera promulguée le 17 janvier 75 à titre expérimental. Il faut attendre le 31 décembre 1979, pour qu’elle soit définitive.

50 après ce sujet reste encore d’une brulante actualité à travers le monde.

Désormais, l’autorisation de l’IVG semble aller de soi. Pourtant, ses opposants n’ont jamais désarmé et ne cessent même de se renforcer.

Encore interdit dans une quinzaine de pays, l’avortement demeure limité de façon extrêmement stricte dans de nombreux autres. Mais on assiste aussi à des retours arrière : C’est le cas au Honduras où le 21 janvier dernier le parlement a voté un amendement à la Constitution afin d’empêcher l’évolution de la loi.

En Amérique Centrale l’Argentine fait figure d’exception pour avoir obtenu après de hautes luttes, le 30 décembre 2019 la dépénalisation de l’IVG.

En Pologne de 1958-98, l’IVG qui était complétement légalisée et gratuite, n’est possible aujourd’hui que dans 3 cas, si la vie de la mère est en danger, si elle a été victime d’un viol et en cas de malformation du fœtus. Rappelons que cette dernière condition a été maintenue grâce aux fortes mobilisations d’octobre dernier.

En France, les conditions et les délais pour une IVG restent très inégaux (fermeture de centres), et le mouvement anti-IVG utilise des ruses (faux sites d’informations) pour décourager les femmes.

L’avortement demeure un tabou qui n’est pas réglé. Outre les Etats des USA où l’IVG est fortement découragée, nous avons à nous questionner sur les programmes d’accès à la contraception qui se décident aux Etats Unis. Avec Trump pendant 4 ans, un certain nombre de ces programmes furent laminés parce qu’il menaçait certains Etats de ne plus recevoir d’aide du FMI et de la Banque Mondiale. A la dernière commission mondiale de la condition des femmes (mars 2021), la Russie, qui avait toujours soutenu ces programmes a décidé d’abandonner la priorité Egalité Homme Femmes pour accorder la priorité à la famille, c’est-à-dire rejoindre les états religieux !

Nous assistons donc à un retour de valeurs conservatrices

Nous assistons véritablement à un retour de valeurs conservatrices, d’une société dans laquelle les femmes verraient leurs droits se restreindre et seraient à nouveau enfermées dans des rôles de femmes au foyer, de mères…

Le droit à l’avortement, de pouvoir disposer librement de son corps est la cause féministe par excellence et un droit fondamental. L’accès à l’avortement répond à une question politique : qui a le droit de décider de la fécondité des femmes ?

Parce qu’il y a une crise sanitaire, on pense que le droit à l’avortement est moins important.

Simone de Beauvoir disait : « n’oubliez jamais qu’il suffit d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes vote vie durant ».

En pleine pandémie, de récentes et inquiétantes actualités nous rappellent que le droit à disposer de son corps n’est jamais acquis pour les femmes.

Pendant le confinement, il a fallu que des associations et des professionnels de santé rappellent que l’avortement était un soin d’urgence et qu’il était plus qu’essentiel.

De manière très décomplexée, 32 pays viennent de faire une « déclaration pour la santé de la femme », alors qu’ils sont en réalité contre, car celle-ci remet justement en cause le droit à l’avortement !

« …..Ces droits ne sont jamais acquis.

Vous devrez rester vigilantes vote vie durant ».

Il nous parait important de revisiter cette page de l’histoire du féminisme en France, écrite par un collectif de femmes célèbres, des ouvrières, des employées, et des anonymes, mais aussi et surtout de transmettre à notre jeunesse l’urgente actualité des propos de Simone de Beauvoir « n’oubliez ….Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».

Pour aller plus loin un livre de transmission pour montrer aux plus jeunes que rien n’est Jamais acquis :

Le Manifeste des 343 L’histoire d’un combat – broché – Hélène …

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Quelques dates

Le 31 juillet 1920, est votée par 521 députés contre 55 la loi qui interdit l’avortement et la contraception. Le but de cette loi est démographique. L’avortement est puni d’un emprisonnement pouvant aller jusqu’à 10 ans et d’une amende jusqu’à 72 000 francs. Le fait de divulguer ou d’offrir des procédés contraceptifs est passible de 6 mois de prison et de 100 à 5 000 francs d’amende. La formation à la contraception durant les études médicales est également interdite.

En 1942, sous Pétain, l’avortement devient un « crime contre l’État » passible de la peine de mort.

En 1943, une femme pratiquant des avortements est guillotinée.

En 1967, autorisation de la contraception. La contraception est légale, pas le fait d’en parler.

Juin 1970 : proposition de loi autorisant l’avortement en cas de risque pour la vie de la mère, viol ou malformation incurable de l’embryon.

1970 : création de « Laissez-les vivre » par le professeur Lejeune.

Le 5 avril 1971, publication dans Le Nouvel Observateur du manifeste où 343 femmes ordinaires et célèbres déclarent avoir avorté.

Novembre 1972 : procès de Marie-Claire, 16 ans et de sa mère. Défense assurée par Gisèle Halimi qui a fondé l’association « Choisir. La cause des femmes ». C’est une période de combat des femmes, sans soutien politique.

En 1973, le Planning familial commence à pratiquer des avortements clandestins. Le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) est créé la même année, pratique des avortements sans s’en cacher, et apprend la technique à tous ceux et celles qui le souhaitent.

17 janvier 1975 : promulgation la loi Veil qui autorise et médicalise l’avortement. N’abolit pas la loi de 1920 et n’est valable que pour cinq ans, avant évaluation. L’avortement est interdit aux femmes étrangères, et n’est pas remboursé. En 1979-80, la loi est votée définitivement. La mise en place dans les hôpitaux est longue et se heurte à la désapprobation de nombreux membres du corps médical.

4 décembre 1974 : loi sur le remboursement des contraceptifs.

31 décembre 1982 : vote de la Roudy, qui autorise le remboursement de l’IVG.

1993 : loi Neiertz qui prévoit des peines d’amende et d’emprisonnement pour le délit « d’entrave à l’IVG ». Une des lois répressives les moins appliquées.

4 juillet 2001 : loi autorisant l’avortement hors établissement médical, allongeant le délai légal de deux semaines, supprimant l’autorisation parentale pour les mineures. Les chefs de service d’un hôpital public devront assurer l’organisation des IVG. L’entretien préalable avec un psychologue avant l’IVG n’est plus obligatoire. La publicité et l’information sur l’IVG ne sont plus interdites. Le décret d’application pour l’IVG médicamenteuse, en cabinet médical, n’est paru qu’en juillet 2004.

Union des Femmes de la Martinique- 31 mars 2021

 

La Bataille de Maipú met fin à la domination espagnole au Chili le 5 avril 1818

La bataille de Maipú fut livrée le 5 avril 1818 dans le cadre des Guerres d’indépendance en Amérique du Sud. La victoire revint aux insurgés commandés par José de San Martín et assura l’indépendance du Chili, mettant fin à la domination espagnole dans cette région.

Histoire
En 1817, le général argentin José de San Martín traverse les Andes à la tête de son armée, triomphe des Espagnols lors de la bataille de Chacabuco et entre dans Santiago du Chili. Le vice-roi du Pérou envoie alors une armée commandée par le général Mariano Osorio, qui bat celle de San Martín à Cancha Rayada le 19 mars 1818, l’avant-garde de Bernardo O’Higgins étant totalement prise au dépourvu et le général chilien étant lui-même grièvement blessé au bras lors de cette bataille. Cette victoire espagnole est néanmoins incomplète et les troupes de San Martín se rassemblent à nouveau.

Le 5 avril, l’armée des insurgés surprend à son tour les forces royalistes, dont le flanc gauche est séparé du corps principal, près du río Maipo. San Martín attaque donc l’aile gauche adverse et l’isole complètement, ses grenadiers à cheval repoussant la cavalerie espagnole. Une fois l’aile gauche dispersée, il s’attaque au centre et est tout d’abord repoussé mais une contre-attaque espagnole est stoppée net par un efficace feu d’artillerie, les royalistes devant à leur tour reculer. Bernardo O’Higgins, souffrant toujours de sa blessure reçue à Cancha Rayada, arrive à ce moment sur le champ de bataille avec un millier de miliciens et engage ses troupes dans l’action, ce qui conduit, après une faible résistance, à la déroute des Espagnols. San Martín et O’Higgins se retrouvent alors et se donnent l’accolade, O’Higgins le saluant par un : « Gloire au sauveur du Chili » (¡Gloria al salvador de Chile!) et San Martín lui répondant : « Le Chili n’oubliera jamais l’invalide illustre qui s’est aujourd’hui présenté sur le champ de bataille dans cet état » (Chile no olvidará jamás al ilustre inválido que en el día de hoy se presenta en el campo de batalla en este estado!).

La bataille fait environ 3 500 morts ou prisonniers dans l’armée royaliste, totalement démoralisée, contre moins de 1 000 morts chez les patriotes insurgés. Elle met un terme définitif aux ambitions espagnoles de reconquérir le Chili et pousse José de San Martín à continuer l’offensive et à préparer désormais la libération du Pérou.