L’éphéméride du 29 août

Assassinat, par les conquistadors espagnols, du dernier empereur inca Atahualpa le 29 août 1533

Atahualpa (ou Atabalipa — prononciation espagnole ancienne — Atabalica ou Atawallpa — en quechua, le mot vient d’Ataw-wallpa, ce qui signifie « l’oiseau de la fortune »), né vers 1500 et mort le 26 juillet 1533, est le dernier empereur de l’Empire inca indépendant. D’abord implanté dans la partie nord du royaume, une région dont les principales villes sont à l’époque Quito et Tomebamba, il s’empare du trône impérial de Cuzco après sa victoire lors de la guerre fratricide qui l’oppose à son demi-frère Huascar pour le pouvoir après la mort de leur père Huayna Capac. Sa victoire coïncide toutefois avec l’arrivée au Pérou des conquistadors espagnols.

Un avènement difficile
La date de naissance d’Atahualpa est incertaine. Selon les sources, il serait né en 1497, en 1500 ou en 15026.

Fils d’une princesse de l’ancien Royaume de Quito et du Sapa Inca Huayna Capac, Atahualpa naît dans le royaume de Quito vers 1500. Son père avait soumis à l’empire inca le royaume de Quito jusque là sous la domination d’un prince indépendant. Pour asseoir sa domination, il fixa sa résidence à Quito et, dérogeant aux lois fondamentales de l’empire qui défendaient à l’inca d’épouser une femme qui ne soit pas descendante du Soleil, il prît pour femme la fille du roi détrôné dont il a eut un fils Atahualpa. La tendresse pour ce fils l’engagea à lui donner en héritage le royaume de Quito qu’avaient possédé ses ancêtres7.

Lorsque son père décède, son demi-frère Huascar, dont la mère est une princesse de sang des incas, revendique la totalité du royaume de son père tandis qu’Atahualpa, se fondant sur les dernières volontés de celui-ci, prétend à la souveraineté du royaume de Quito.

Une guerre civile s’engage entre les deux frères au moment où les espagnols approchent des côtes du continent.

Atahualpa ayant remporté de grandes victoires au commencement de la guerre, sentit grandir son ambition et résolût de conquérir le royaume tout entier encouragé par les généraux quiténiens : Quizquiz, Chalcuchimac et Rumiñahui. Après des mois de guerre civile, les armées de Huascar sont presque défaites. Atahualpa semble pouvoir devenir le 13e empereur inca du Tahuantinsuyu (l’Empire inca). Il est en route pour Cuzco lorsqu’il reçoit la nouvelle du débarquement des hommes blancs et barbus dans la baie de Tumbes et de leur supériorité constatée au combat.

L’arrivée des conquistadores
Le 16 novembre 1532, après quelques pourparlers, Atahualpa est invité par le conquistador espagnol Francisco Pizarro, dans le village de Cajamarca, au nord de l’actuel Pérou.

Atahualpa s’y rend entouré de sa cour et escorté de ses armées triomphantes. Celles-ci sont suffisamment nombreuses pour encercler toute la ville et camper sur tous les flancs de la vallée. Pour convaincre Atahualpa de le rencontrer, Pizarro lui propose de l’aider dans la lutte qui l’oppose à son frère Huascar. Méfiant, Atahualpa accepte néanmoins et convient d’une entrevue à laquelle indigènes et Espagnols doivent se rencontrer sans armes.

N’ayant pas décelé le piège, l’Inca entre dans la ville en très grande pompe pour impressionner les étrangers. Dans sa litière d’or, portée par les plus nobles princes de l’Empire, le « Fils du Soleil » est escorté par pas moins de 30 000 hommes et femmes de sa cour et de son armée. Un prêtre espagnol présente une Bible à l’Inca en lui demandant s’il accepte de suivre la « parole du Dieu unique ». Atahualpa se saisit du livre et le porte à son oreille. Celui-ci s’exclame qu’il n’entend aucune parole et jette le livre à terre. Erreur fatale : pour les Espagnols, le sacrilège sera le prétexte qu’ils attendaient pour capturer le prince, et ils donnent alors le signal de l’attaque.

Cachés dans les maisons de la ville, les Espagnols en armes se ruent sur les Incas, venus désarmés. Ayant attaché des grelots aux pattes de leurs chevaux et tirant en tous sens avec leurs fusils, ils créent une véritable panique chez les Incas, ceux-ci tentent de s’enfuir de la place dont les issues sont trop petites, beaucoup sont déjà piétinés. Les Espagnols finissent par se saisir du souverain inca et le font prisonnier. Mais cela ne semble pas suffire aux Espagnols qui, jusqu’à la nuit tombée, pourchassent les indigènes dans toute la vallée, laissant derrière eux plus de vingt mille cadavres dont une grande partie de la noblesse et de l’élite impériale venue en paix.

Voyant que les Espagnols portaient un intérêt spécial aux métaux précieux, le prince propose pour sa libération une fabuleuse rançon en or et en argent. Les Espagnols acceptent. Sur ordre de leur souverain, les sujets incas apportent de tout l’Empire une quantité extraordinaire d’or et d’argent, les temples sont vidés (on parle alors de 12 tonnes d’or et d’argent).

Pendant sa détention, Atahualpa reçoit des nouvelles de ses armées : son frère Huascar est fait prisonnier et est enfermé au Sacsahuaman. Atahualpa, qui semble croire que les Espagnols vont le libérer, ordonne de faire exécuter son rival.

Après versement de la rançon, les Espagnols, ayant pris la mesure de la puissance du prince en son royaume, commencent à penser que cet homme qui a tant de prestige et d’autorité sur son peuple finira tôt ou tard par reprendre le dessus sur eux. Les Espagnols les plus radicaux proposent d’exécuter le prince et de placer un empereur fantoche à sa place, lequel sera plus manipulable. Pizarro, à contrecœur, doit condamner Atahualpa, qu’il a appris à estimer. Le prince est donc condamné à être brûlé sur un bûcher. Horrifié, il se convertit au christianisme, qu’on lui avait présenté assortie d’une vie après la mort, pour être exécuté au garrot ; ce qui eut lieu dans sa cellule le 29 août 1533.

L’Empire inca est anéanti. Les Espagnols poursuivront leur plan en plaçant sur le trône Manco Inca, aussi appelé Manco Capac II, qui, par la suite, mènera une grande rébellion.

Conséquences de l’exécution
Après l’exécution de l’empereur Atahualpa, l’Empire Inca est anéanti. Les Espagnols le remplacent par Manco Capac II (ou Manco Inca), demi-frère d’Atahualpa et d’Huascar. Initialement, le plan des Espagnols était de renverser l’empereur Atahualpa afin d’instaurer un monarque plutôt fantoche et plus facilement manipulable. Malgré cela, le nouvel empereur Manco Capac II s’est rebellé contre les conquistadors et réussit à renverser pendant quelque temps la puissance des Espagnols. Après la guerre de résistance, les conquistadors amplifient leur puissance militaire au Pérou et Manco Capac II sera finalement assassiné par le fils de Diego de Almagro.

Le tombeau
L’historienne Tamara Estupiñán Viteri, chercheuse à l’Institut français des études andines⇔Institut français d’études andines, est convaincue que la dépouille d’Atahualpa se trouve sur un site archéologique qui a été découvert dans la région de Sigchos, dans l’actuelle province de Cotopaxi en Équateur9. Entre 2004 et 2010, Tamara Estupiñán Viteri y découvre les premiers vestiges, et à proximité, un lieu-dit appelé Machay qui signifie l’« endroit où repose le malqui » (« empereur » en quechua). Les ruines apparentes sont constituées d’un bassin, alimenté par des canaux, surmonté d’une plateforme ou d’un ushnu, une sorte d’oratoire solaire où pouvait s’asseoir l’Inca, et d’une place en forme de trapèze. Une campagne de fouilles a débuté en avril 2012.

Représentations
Aux yeux de nombreux habitants des pays andins, le prince Atahualpa reste une figure historique très estimée en raison de l’aspect tragique de sa capture par les Espagnols.

Il est également souvent considéré comme le XIIIe et dernier empereur inca annoncé par la prophétie faite à l’époque de Tupac Yupanqui.

Par ailleurs la capture de l’empereur Atahualpa à Cajamarca fut l’objet d’un poème de Pablo Neruda : Las Agonías.

Atahualpa est le personnage principal du roman Civilizations (2019) écrit par l’auteur français Laurent Binet. Dans cette uchronie, où Portugais et Espagnols n’ont jamais débarqué sur les continents américains et où les Indiens ont développé des anticorps, le chef inca traverse l’océan Atlantique pour débarquer avec ses soldats et sa cour en 1531 à Lisbonne.

Descendance
Yma Sumac, née le 13 septembre 1922 et décédée le 1er novembre 2008 (à 86 ans), est une chanteuse péruvienne qui est une descendante reconnue de l’empereur Atahualpa.