L’éphéméride du 25 décembre

Naissance à Baillif (*), près de Basse-Terre (Guadeloupe) du « chevalier de Saint-George » le 25 décembre 1745

(*)Le lieu de naissance de Saint-George n’est pas attesté par une source écrite.
Joseph Bologne de Saint-George, plus connu sous le nom de « chevalier de Saint-George » ou, plus simplement, « Saint-George », né à Baillif, près de Basse-Terre (Guadeloupe) le 25 décembre 1745, mort à Paris le 10 juin 1799, est un escrimeur, musicien (violoniste, compositeur, chef d’orchestre) français. Militaire, il participe activement à la Révolution française et s’engage au sein de l’armée de la République. Désireux de « continuer et de s’immortaliser par sa valeur et son enthousiasme pour la liberté », il se met à la tête de la Légion franche des Américains. Fréquentant les milieux abolitionnistes, Saint-George est, par sa position sociale, une figure de l’émancipation des esclaves des empires coloniaux européens dans la seconde moitié du xviiie siècle.

Joseph Bologne de Saint-George ou Bologne Joseph et Joseph Boulogne, chevalier de Saint-Georges, forme internationale retenue par la notice d’autorité personne de la Bibliothèque nationale de France ou encore Boulogne de Saint-George, est plus connu sous le pseudonyme de chevalier de Saint-George ou, plus simplement Saint-George ou Saint-Georges. La graphie Saint-George étant ici retenue, toute autre graphie renvoie à des sources externes.

Le lieu de naissance de Saint-George n’est pas attesté par une source écrite. Les déductions des historiens et généalogistes penchent pour une naissance à la Guadeloupe plutôt qu’à la Martinique ou à Saint-Domingue. Joseph Bologne de Saint-George, Saint-George, serait né en Guadeloupe sur le site de la sucrerie de Clairefontaine.

Le personnage, homme des Lumières, dont il est question ici a un état civil des plus complexes, du fait qu’il est né esclave, au milieu du xviiie siècle, dans l’île de la Guadeloupe, appartenant alors à l’empire colonial français des Amériques et que l’esclave n’a pas de patronyme, qu’il n’a de passé ni individuel ni collectif à l’époque de Saint-George, qu’il ne détient aucun patrimoine ni foncier, ni financier, ni culturel – à peine une famille.

Géohistoire d’un monde atlantique
De la Hollande aux colonies françaises d’Amérique, en passant par le Brésil, la France, y compris la Guadeloupe et la Martinique, l’Autriche, l’Angleterre, la Belgique, la cartographie du monde saint-georgien recouvre une partie importante des empires coloniaux dans le second xviiie siècle européen. Les connaissances accumulées au cours de ses voyages pourraient expliquer l’aisance avec laquelle Saint-George traverse les territoires géographiques, les cultures et les civilisations.

Résurgences des Nouveaux Mondes en France
Les gens de couleur sont toujours en quête de meilleures conditions d’existence et investissent les secteurs de la société qui faciliteront leur ascension sociale tout en garantissant leur sécurité. Les métiers des armes, l’armée présentent alors des opportunités. L’art, au service des princes, des nobles ou des riches bourgeois aussi. Or, c’est en migrant vers le centre de l’empire, vers les métropoles, que l’aspirant peut atteindre l’excellence. Ainsi, les gens de couleur arrivent sur la terre de France et sont affranchis par le pouvoir du sol du royaume de libérer de la servitude. Cette progression démographique n’est pas sans inquiéter les populations de la France européenne et la monarchie.

« […] tel était l’esprit de désordre du xviiie siècle, qu’on avait mis plus d’un mulâtre en grand honneur, et la fortune du chevalier de Saint-George, sa renommée si bruyante, montrait quel pas on avait fait pour l’abolition de ce qu’on appelait un préjugé ! »

— Jean-Baptiste Honoré Raymond Capefigue, 1843.

Le 10 mai 1762, Guillaume Poncet de la Grave, procureur du Roi à l’Amirauté de Paris, recommande au roi de faire un recensement de tous les hommes et femmes de couleur vivant sur le sol français, hors les colonies. Joseph est représenté par Nicolas Texier de la Boëssière, son maître d’armes et père spirituel. Anne, dite Nanon, mère de Joseph, domiciliée rue Saint André des Arts, à partir de 1755 après avoir débarqué à Bordeaux, du navire L’Aimable Rose le 26 avril 17558,9,10, se présente devant cette juridiction. Gabriel Banat a retrouvé le document de son inscription. Nous pouvons y lire que Nanon est âgée de 34 ans. Elle serait donc née en 1728.

État civil de Joseph l’Américain
Généralement nés d’une mère esclave, les gens de couleur sont eux-mêmes nés esclaves. Tel est le cas de Joseph, futur chevalier de Saint-George. Même en l’absence de tout document d’archive, le statut social de Saint-George à sa naissance est une certitude étayée par chacune de ses biographies quelle qu’en soit la taille et la valeur en tant que source historique. Il semble donc évident pour ses biographes que ses père et mère sont respectivement un colon, européen et noble, et une esclave originaire d’Afrique. Historiens, généalogistes et romanciers ont répondu diversement à cette question et les journalistes sont entrés dans la carrière. Si le jeune Joseph qui arrive à Bordeaux en 1753 avec le statut antérieur d’esclave (tout esclave qui pose le pied sur le sol français est affranchi, depuis un décret de Louis X) est bien celui qui deviendra Saint-George, nous pouvons alors affirmer que l’un de ses parents au moins était esclave selon le code Noir en vigueur à l’époque de sa naissance, sa mère en l’occurrence, puisque l’histoire nous dit que son père était un colon blanc. Les biographes de Saint-George pensent volontiers que sa mère, prénommée Anne, dite Nanon, était une esclave née vers 1728 au Lamentin, en Guadeloupe. Cependant les documents établissant l’identité de Nanon sont rares et ne permettent de rien affirmer. On donne très volontiers Georges de Bologne Saint-Georges (1711-1774) comme père de Joseph plus tard chevalier de Saint-George. Mais entre « Bologne », « Boulogne », « Boullongne », la confusion est facile. Si la filiation n’est pas évidente, les registres pour les esclaves n’ont été mis en œuvre que tardivement, la législation et les documents de l’époque relatifs aux populations serviles sous influence notamment de lobbys colonialistes, indiquent que le port d’un nom d’une famille de blanc était interdit aux affranchis.

Les conclusions des historiens et généalogistes reposent sur des documents d’époque indiquant l’âge d’un jeune Joseph accompagné de sa mère, tous deux esclaves voyageant avec les époux Boulogne. On a retenu longtemps le 25 décembre 1745 mais une attestation enregistrée dans les archives du département de la Gironde, en date du 1er septembre 1748, indique que l’esclave Joseph, fils de Nanon, elle-même esclave, qui accompagne dame Saint-George Boulogne, est âgé de deux ans. Saint-George serait dès lors né en 174515. Ce document des archives départementales de la Gironde cité en référence permettrait de situer cette date insaisissable de la naissance de Saint-George en 1745 et de confirmer la même date donnée par Texier La Boëssière (fils) .

La plaque de la rue du Chevalier de Saint-George à Paris portait 1739, la même année que Charles François Dumouriez, ministre de la Guerre, général des armées de la Première République, né le 26 janvier 1739, sous lequel Saint-George a servi à l’Armée du Nord, jusqu’en 1794. Le texte de la plaque a été modifié pour prendre acte des résultats des travaux des chercheurs en sciences humaines et sociales. Nous retiendrons que Saint-George est officiellement né en 1745, un 25 décembre. Mais la polémique demeure.

Dans ses mémoires, Alexandre Dumas dit qu’en 1780 son père, né en 1762, est âgé de 18 ans tandis que Saint-George est âgé de 48 ans18. Selon Alexandre Dumas, Saint-George serait donc né en 1732. Plus près de nous, Theodore Baker, dans un ouvrage publié en 1900 dit que Saint-George est né le 25 décembre 1745 et décédé le 12 juin 1799. Tandis que l’archiviste et historienne Anne Pérotin-Dumon, dans un ouvrage paru en 2001, indique l’année 1739, sans autre précision. En 1992, Lucien-René Abénon retient 1745 pour date de naissance de Joseph Bologne. La bataille de Fontenoy, célèbre victoire française dans la guerre de Succession d’Autriche se déroule la même année, le 11 mai 1745. Fétis nous dit aussi que Saint-George est né le 25 décembre 1745.

« Saint-George (le chevalier de), né à la Guadeloupe, le 25 décembre 1745, était fils de M. de Boulogne, fermier général, qui l’avait eu d’une négresse. »

On ne dispose pas aujourd’hui de documents prouvant la naissance de Saint-George en un lieu précis. Les déductions des historiens et généalogistes penchent pour une naissance à la Guadeloupe plutôt qu’à la Martinique ou à Saint-Domingue. Joseph Bologne de Saint-George, Saint-George, serait né en Guadeloupe sur le site de la Sucrerie de Clairefontaine au Baillif dont on peut encore visiter les machineries et la maison de maître aujourd’hui en ruines sur un espace privé. Certains chercheurs détiendraient des documents prouvant le séjour de Saint-George à Saint-Domingue où il aurait vécu une partie de son enfance. Il y serait retourné durant la Révolution française.

Père du chevalier
L’histoire attribue à Joseph Bologne de Saint-George un père dont l’identité varie souvent. Des trois que nous citons : Guillaume-Pierre Tavernier de Boullongne, Jean Nicolas de Boulogne, Georges de Bologne Saint-Georges, le dernier semble le plus vraisemblable de la série selon les analyses poussées des biographes de Saint-George24 Image : Arrivée en France sur Le Bien-Aimé, le 12 août 1753, de Saint-Georges avec son fils, mulâtre J’h (Joseph), pour son éducation.

Guillaume-Pierre Tavernier de Boullongne ?
Dans un article paru le 27 août 2009, Alain Guédé attribue la paternité de Saint-George à Guillaume-Pierre Tavernier de Boullongne25. Alain Guédé précise encore, dans un article publié le 1er septembre 2005 :

« Son père, Guillaume-Pierre Tavernier de Boullongne, est le lointain descendant des comtes de Boulogne qui, sous les croisades, ont donné un roi de Jérusalem. Au fil des siècles, les revers de fortune ont contraint la famille à émigrer vers le Beauvaisis où elle vécut chichement. Guillaume-Pierre et son frère s’enrôlent alors comme « munitionnaires » (fournisseurs) dans la milice du maréchal de Saxe qui sauvera le royaume à la bataille de Fontenoy. Ils accumulent très vite un copieux magot. L’aîné, Philippe Guillaume, l’investit en achetant la charge de fermier général du Poitou. Le cadet, lui, prend la direction du pays de l’or noir. Ce pays où quiconque n’est pas étouffé par les scrupules peut faire rapidement fortune. Guillaume-Pierre choisit la Guadeloupe. Régulièrement frappée par les cyclones et les tremblements de terre, l’île souffre de deux autres handicaps aux yeux des esclavagistes : son accès est souvent barré par les pirates et son seul port, la Basse-Terre, n’est doté d’aucune protection contre les tempêtes. En conséquence, l’île est peu alimentée par les navires négriers. Ceux-ci privilégient la Martinique et Saint-Domingue où les esclaves sont soumis à une violence inouïe de la part des planteurs »

— Alain Guédé26.

Sylvie Chalaye confirme cette paternité dans un article paru en juin 2002 :

« Né en esclavage, aux alentours de Noël 1739, d’une mère sans doute raflée sur les côtes du Sénégal, Joseph est l’unique fils de Guillaume-Pierre Tavernier de Boullongne, dit Monsieur de Boulogne, un aristocrate désargenté venu redorer son blason aux colonies, comme c’était courant à cette époque, où à la Caraïbe, fortunes se faisaient et se défaisaient aussi vite. »

Jean Nicolas de Boulogne ?
Il faudrait signaler l’extraordinaire carrière du Chevalier de Saint-Georges, nous dit Henri Bangou en 1987 en faisant naître le Chevalier en 1739 de Jean Nicolas de Boulogne, conseiller au parlement de Metz28. Nous connaissons un Pierre de Bologne, conseiller au parlement de Metz, né à la Martinique et qui a été anobli en 1755. Un Jean de Boulogne, contrôleur des finances, fut secrétaire du roi au parlement de Metz dans le même temps que Pierre de Bologne.

« Chevalier de Saint-Georges […] était le fils naturel de Jean Nicolas de Boulogne29, conseiller du roi » […]. Le Chevalier de Saint-Georges naquit à Basse-Terre en 1739 (et non pas en 1749, comme lui-même le faisait croire, ou 1745) ; il était fils naturel de M. de Boulogne conseiller au parlement de Metz, « de Boulogne, conseiller ordinaire au Conseil royal, contrôleur général des finances »30, puis contrôleur général et grand trésorier de l’ordre du Saint-Esprit, dont l’hôtel existe au 46 de la rue du Bac. M. De Boulogne possédait à Basse-Terre une propriété appelée « les palmiers » et à Saint-Domingue, alors colonie française, un autre domaine appelé « la Rose », dans le canton de l’Artibonite. Saint-Georges serait né dans la première, des relations de M. de Boulogne avec une négresse nommée simplement Nanon, devenue Noémie dans le roman de Roger de Beauvoir, qui ajoute que l’enfant fut apporté à Saint-Domingue par sa mère et que celle-ci le fit baptiser par le curé de Saint-Marc, lui donnant le nom de Saint-Georges, qui était celui du plus beau navire en rade de Basse-Terre lors de la naissance du jeune mulâtre. »

Georges de Bologne Saint-Georges ?
En 1747, Georges de Bologne Saint-Georges, colon, d’origine protestante néerlandaise, propriétaire de plantation à la Guadeloupe tire à l’épée avec des membres de sa famille et un voisin. Georges de Bologne Saint-Georges provoque une blessure qui entraîna la mort de la victime.

C’est par ce coup d’épée d’un père duelliste et aventureux que commence ses biographies contemporaines[citation nécessaire]. Georges de Bologne Saint-Georges sait qu’il va être accusé d’homicide et qu’il risque la peine de mort et la confiscation de ses propriétés. En décembre 1747 il quitte précipitamment Basse-Terre pour Bordeaux. Monsieur de Saint-Georges, craignant que le bébé Joseph et sa mère Nanon soient vendus avec la plantation, a prié sa femme, de les accompagner en France. Contenu du document : « Permission [de l’Amirauté de Guadeloupe] à Madame St. Georges Bologne habitante de cette isle, d’ammener avec elle en France la negresse Nommé Nanon, Creole de cette ditte Isle Agé d’Environ Vingt ans, (description de Nanon) et un petit mulattre son fils Nomé Joseph, âge deux ans… » Daté à la Guadeloupe le 1er septembre, 1748, ce document atteste que Joseph, futur Chevalier de Saint-Georges, âgé de deux ans en septembre 1748, naquit en décembre 1745.

Mais, deux ans plus tard, son frère Pierre de Bologne, conseiller du Dauphin, a obtenu sa grâce et Georges de Bologne Saint-Georges peut reprendre le navire pour la Basse-Terre.

D’autres personnes remarquables composent la famille putative de Saint-George :

une sœur naturelle : Élisabeth de Bologne de Saint-George, marquise de Clairfontaine ;
une tante : Christine de Boulogne, vicomtesse de Thibault, épouse de Annet-Guillaume de Chambaud-Jonchère, fils de Pierre de Chambaud, établie à Servanches dans le Périgord, sœur de Georges de Boulogne de Saint-Georges et tante de Saint-George ;
un oncle : Pierre de Bologne, homme politique et poète.
Joseph Bologne de Saint-George doit son destin fabuleux d’abord à la famille et parentèle de son père, ensuite à son maître d’armes, Monsieur de La Boëssière et à lui-même pour le panache, le brio, l’intelligence, l’efficacité de sa conduite face au préjugé de couleur qui structurait la société-monde du xviiie siècle. Quand Joseph fut devenu un jeune cherchant à « faire fortune par le moyen de son talent », il rencontra François-Joseph Gossec, de treize ans son aîné, et dont Saint-George suit d’assez près la trajectoire professionnelle. Joseph avait alors trois cordes à son arc : l’escrime de La Boëssière, la musique et une carrière militaire assurée. Avec chacune il développa avec excellence toutes ses compétences.

Les années de formation
Amené fort jeune en France, il y reçut l’éducation d’un homme du monde, et montra une aptitude extraordinaire pour les arts et pour les exercices du corps. Saint-George sera éduqué dans une famille adoptive, les Laboëssière. C’est dans cette famille qu’il vivra comme un affranchi et un homme de couleur libre. C’est en étroite relation avec leur salle d’armes qu’il développera ses talents sportifs et ses compétences professionnelles.

En 1761, à l’âge de 14 ans, il entre dans les gendarmes de la garde du Roi.

Saint-George chez Laboëssière
En 1749, le jeune Joseph arrive en France46 et commence une éducation de jeune aristocrate. À 13 ans, il est en pension chez Nicolas Texier de la Boëssière, homme de lettres et homme politique mais surtout excellent maître d’armes, qui va coordonner les études du jeune Joseph et devenir son père spirituel.

« Pendant les six années qu’il demeura chez La Boëssière, il s’occupait le matin d’études sérieuses ; et le reste de sa journée était employé à la salle d’arme. »

— Louis-Gabriel Michaud

Saint-George reçoit ainsi l’éducation d’un chevalier français de la seconde moitié du xviiie siècle.

« Tant d’avantages, un esprit vif et orné, des manières distinguées, enfin une bonté véritable, procurèrent au chevalier de Saint-George de brillans succès et une jeunesse heureuse. »

— François-Joseph Fétis

Le maître d’armes La Boëssière lui-même n’était pas peu fier des résultats de son éducation. Racine fit Phèdre et moi j’ai fait Saint-George, nous dit-il dans la préface de son poème élégiaque La mort généreuse du Prince Léopold de Brunswick ; associant ainsi les qualités de Saint-George et du valeureux prince qui périt victime immortelle de son dévouement dans une inondation de l’Oder48.

Saint-George et la Franc-maçonnerie
Quel rôle la franc-maçonnerie a pu jouer dans la formation du jeune Saint-George ? L’initiation en loge commence après un choix personnel à l’âge adulte. Choix à la fois culturel et politique, déterminé par l’environnement culturel et politique du jeune homme. Il est donc utile de mieux circonscrire le milieu sociétal des années de formation de Saint-George avant de pouvoir décider de l’influence de la franc-maçonnerie sur son éducation et sa formation chevaleresque, militaire et musicale.

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