L’éphéméride du 14 octobre

Création « officielle » de l’OJAM le 14 février 1962

Le Manifeste de l’OJAM (OJAM pour Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique) ou « La Martinique aux martiniquais », est un manifeste rédigé en 1962 en Martinique par 18 auteurs. Il fut placardé en Martinique les 23 et 24 décembre 1962

Les 18 auteurs
Rodolphe Désiré, Renaud de Grandmaison, Henri Pied, Hervé Florent, Marc Pulvar, Joseph René-Corail, Léon Sainte-Rose, Charles Davidas, Roger Riam, Victor Lessort, Gesner Mencé, Henri Armougon, Manfred Lamotte, Guy Dufond, Guy Anglionin, Georges Aliker, Josiane Saint-Louis-Augustin et Roland Lordinot.

Conséquences et réactions
Les 18 jeunes auteurs de ce manifeste sont arrêtés, emprisonnés à Fresnes et accusés d’atteinte à la sûreté de l’État. Ils sont jugés, lors d’un procès politique en 1964 qui se soldera par un acquittement général.

En décembre 1959, 3 fils de la Martinique, BETZI, MARAJO, ROSILE, tombaient victimes des coups du colonialisme français. Ce sacrifice montra à la jeunesse de notre pays la voie de l’émancipation, de la fierté, de la dignité.
Depuis, notre peuple, si longtemps plongé dans les ténèbres de l’histoire, offre une résistance de plus en plus grande à l’oppression coloniale. Mais le colonialisme français, suivant ses intérêts, accentue chaque jour son potentiel répressif, voulant ainsi maintenir notre peuple sous le joug colonial.

Aujourd’hui l’Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique déclare :
Que la Martinique est une colonie, sous le masque hypocrite de département français, comme l’était l’Algérie, parce que dominée par la France, sur le plan économique, social, culturel et politique. Ce qui se traduit par :
1) Une économie uniquement agricole, à caractère féodal.
2) La prépondérance d’une minorité béké, liée au colonialisme français, monopolisant la terre, les usines, le commerce et les banques.
3) Un déficit permanent de la balance commerciale.
4) Un revenu individuel moyen les plus bas du monde.
5) Le chômage et la misère.
6) L’insuffisance d’écoles, de bibliothèques, de stades, d’installations sportives.
7) La déformation de l’histoire martiniquaise à des fins assimilationnistes.
8) L’étouffement de tout effort pour développer une culture martiniquaise populaire et authentique. L’aggravation de la répression (Décembre 59, Mars 61), l’augmentation des forces policières, le renforcement constant de l’appareil administratif français, et l’immigration de plus en plus considérable de civils et militaires français.
9) La révocation de fonctionnaires martiniquais ayant résisté aux arbitraires tentatives d’exil.
10) Les condamnations de patriotes martiniquais.
Condamne définitivement le statut de département français comme contraire aux intérêts du peuple et de la jeunesse de la Martinique, et rendant impossible tout développement.
Proclame la nécessité de la collectivisation des terres et des usines.
Le droit de notre peuple d’exploiter ses richesses et ses ressources et d’industrialiser le pays.
Le droit de tous au travail et à un salaire décent.
La nécessité inéluctable de l’entrée de la Martinique dans le vaste mouvement de décolonisation totale.
En conséquence l’O.J.A.M. (Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique) affirme que le malaise économique et social qui sévit à la Martinique ne pourra disparaître que grâce à un programme martiniquais au profit des martiniquais.
Proclame le droit des martiniquais de diriger leurs propres affaires.
Demande aux Guadeloupéens, aux Guyanais de conjuguer plus que jamais leurs efforts dans la libération de leur pays pour un avenir commun. Soutien que la Martinique fait partie du monde antillais.
Appelle les jeunes de la Martinique, quelles que soient leurs croyances et leurs convictions, à s’unir pour l’écrasement définitif du colonialisme dans la lutte de libération de la Martinique. le manifeste se termine par : LA MARTINIQUE AUX MARTINIQUAIS !

Les jeunes ont réussi leur coup, tout le monde ne parle que de l’OJAM et de son manifeste pour « la Martiniqiue aux Martiniquais », revendication quasiment inédite à l’époque.
Mais la France du Général de Gaulle ne compte pas en rester là avec les jeunes anticolonialistes Martiniquais.