L’émancipation d’Abraham Lincoln

Président en guerre, Abraham Lincoln dut se défaire d’un dilemme entre ses convictions personnelles et son mandat politique.

Le 1er janvier 1863, il y a 150 ans, Abraham Lincoln signait la Proclamation d’émancipation des esclaves. Anniversaire notoire, souligné par la Maison-Blanche, pour un texte décisif mais sans poésie.

Son style juridique tend à faire oublier l’audace qu’il fallut pour le promulguer. Document alambiqué, il n’est pas formulé avec la simplicité qui fit de la Déclaration d’indépendance une référence.

Au moment où Abraham Lincoln s’apprête à refonder la république encore naissante, il choisi d’émettre un décret, plutôt que de chercher une voie plus solennelle pour marquer l’importance de sa cause. Le procédé traduit tout le poids des difficultés auxquelles le président se trouvait confronté.

La Guerre de sécession fait rage. Et Lincoln, comme il l’écrivit, était déchiré entre son “combat pour sauver l’Union” et son “souhait souvent répété que tous les hommes soient en tous lieux libres”.

La formule retenue pour libérer les esclaves, l’émission d’un décret militaire, lui permit de résoudre l’opposition entre ces deux exigences. Il trouva dans ses pouvoirs de commandent en chef des armées (“commander-in-chief”) une voie pour s’exprimer.

L’histoire de cette Proclamation se trouve au cœur “Lincoln’s Hundred Days” (The Belknap Press of Harvard University Press, 2012). Il ne s’agit que l’une des nombreuses biographies du 16e président américain récemment publiées. Elle se distingue par son temps court, de septembre 1862 à janvier 1863, ce moment clé, où Lincoln franchit le Rubicon et affirma, en tant que président, ses convictions abolitionnistes.

“La seule parole pouvait-elle libérer les esclaves ? “, écrit Paul P Masur. Grand orateur et grand conteur, Lincoln se montre conscient des limites de son verbe.

Lincoln, poursuit l’historien, “travaillait avec méthode et attention, mais, lorsque sa décision était prise, il savait qu’elle pouvait s’avérer inefficace. Il savait que l’intention ne présageait en rien du résultat.”

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01 février 2013