“Le mouvement dans l’art”: conférence du CEREAP

Mardi 5 novembre, 18h précises, à l’INSPE (ex ESPE), campus de Fort-de-France

Sur le thème “Le mouvement dans l’art”
Avec la participation de Anne-Catherine Berry, Lise Brossard et Yohann Guglielmetti

Le mouvement aujourd’hui est partout. Il nous entoure et est pour nous une évidence. Que se soit au cinéma, dans les affiches publicitaires géantes, devant un jeux vidéo, ou encore avec un casque de réalité virtuelle posé sur la tête, des flots continues d’images virtuelles nous envahissent. Mais avant toutes ces technologies, comment faisait-on pour représenter le mouvement ? La décomposition fut pendant longtemps la technique la plus utilisée, car à la fois simple et ludique, pour représenter le mouvement. Voici son histoire, de la préhistoire à nos jours !

Les prémices.
Si la décomposition est une technique de représentation du mouvement souvent associée à la chronophotographie, on sait aujourd’hui que les premiers essais de représentation utilisant la décomposition remonte à bien plus longtemps. En effet, les peintures visibles dans la grotte préhistorique de Chauvet témoignent que l’Homme a très tôt porté un interêt dans la représentation du mouvement, notamment avec les répétitions et superpositions de figures animales.

L’art de décomposer.

À l’époque où Théodore Géricault peint sa «Course de Chevaux» en 1821, le mouvement est encore méconnu, et aucun dispositif ne permet encore de l’étudier de manière réaliste, d’où la position complètement improbable des animaux sur le tableau.

La chronophotographie va marquer un tournant dans la compréhension du mouvement : cette technique définie l’étude du mouvement de la marche ou du vol, afin d’en comprendre les mécanismes.

Inventée par le physiologiste Etienne-Jules Marey en 1882, elle rend l’observation des positions du corps en mouvement possible. Le «Zoopraxiscope» est un projecteur qui recompose le mouvement par la vision rapide d’une succession d’images, c’est le précurseur du cinéma.

Un véritable art.
C’est en 1911 que l’invention de la chronophotographie va donner naissance à une nouvelle forme d’art : le photo dynamisme. Antonio Giulo Bragaglia en rédige le manifeste cette année-là. Le photodynanisme consiste en un cliché unique enregistrant la trajectoire des corps en mouvement, ce qui est différent d’une succession de séquences, comme ce qu’on peut voir avec la chronophotographie.

Ces avancées vont attirer l’attention des plus grands artistes de l’époque : Marcel Duchamp réalise ainsi une série de peinture sur le thème du mouvement. Il utilise alors la décomposition, comme dans son «Nu descendant l’escalier» (1912). Les photographes se sont intéressés aux effets visuels par Duchamp dans ses peintures pour représenter le mouvement. Inspirée par la chronophotographie et le cubisme, a peinture semble littéralement en mouvement.

Retour vers le futur.
Mais la chronophotographie est également à l’origine d’un autre grand mouvement artistique : le Futurisme. Restituant le mouvement par la décomposition, le Futurisme est un mouvement artistique et littéraire du début du XXème siècle qui «rejette la tradition esthétique et exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, la machine et la vitesse».

Le Futurisme né lorsque Filippo Marinetti écrit son «Manifeste du futurisme» en 1909 : il y décrit une peinture dans laquelle «tout bouge, tout court, tout se transforme». Parmi les artistes futuristes les plus connus, on peut nommer Giacomo Balla. Dans son oeuvre « Vitesse d’automobile », il cherche à représenter la vitesse et non l’automobile elle-même, en l’évoquant avec des courbes en spirale. Il utilise la technique du divisionnisme qu’il met au service de la représentation du mouvement, on peut ainsi parler d’une construction chrono photographique, ce qui produit un effet proche de l’illusion d’optique.

Les autres grands peintres du mouvement, Umberto Boccioni, Carlo Carrà, Gino Severini, Luigi Russolo1 (1885-1947), empruntent également au cubisme «pour faire interférer formes, rythmes, couleurs et lumières afin d’exprimer une « sensation dynamique/énergique », une simultanéité des états d’âme et des structures multiples du monde visible».

Cinétique.
L’art cinétique ou «art du mouvement», naît un peu plus tard. C’est une institution muséale, le Kunstgewerbemuseum qui emploie l’expression Art cinétique est pour la première fois en 1960.

L’exposition MAT-Kinetische Kunst — Multiple Art Transformable-Art cinétique, que l’artiste Daniel Spoerri organise, présente «des œuvres d’art de Paris qui se meuvent ou sont mues».

Le mot de la fin ?
L’histoire de la représentation du mouvement ne s’arrête pas à l’art cinétique, bien au contraire, elle continue avec le stopmotion, le lightpainting, et plus tard avec l’action painting de Jackson Pollock.

L’utilisation de la décomposition se fera néanmoins de plus en plus rare, car les techniques et technologies actuelles permettent désormais des représentations plus réalistes et saisissantes encore.

Cependant c’est bel et bien de la technique de la décomposition du mouvement, que découle tout ce qu’on ce que l’on connait aujourd’hui en terme de mouvement : TV, Réalité Virtuelle, Jeux, Parkour …

Il est indéniable que la décomposition aura laisser une trace indélébile dans l’histoire de l’art !

Sources :

Le mouvement dans l’art


https://parkwestgallery.wordpress.com/2010/02/11/yaacov-agam-and-the-mystical-number-nine/
https://imagesrevues.revues.org/1081
http://www.metmuseum.org/art/collection/search/286593
https://blog.e-artplastic.net/index.php?post/2014/10/08/Dynamisme-d’une-automobile
https://fr.wikipedia.org/wiki/Futurisme
http://www.artnet.fr/artistes/etienne-jules-marey/vol-du-pélican-station-physiologique-MAHJV-m6AaLCkcP0vUpNBw2