Dimanche 8 mars à 21h05 | France 5
Le documentaire « Le Monde en face : Le Pays taliban », réalisé par Solène Chalvon-Fioriti et Marianne Getti, propose une immersion dans l’Afghanistan près de cinq ans après le retour au pouvoir des talibans. À travers un voyage à travers le pays, les journalistes montrent le fonctionnement d’un régime fondamentaliste extrêmement strict, largement isolé du reste du monde et particulièrement répressif envers les femmes.
Le film s’ouvre sur le témoignage d’Abu, un jeune garçon dont la famille est liée aux talibans. Avec l’innocence de son âge, il explique que ses proches servent le pays en arrêtant les voleurs ou les personnes qui boivent de l’alcool. Ce regard d’enfant révèle l’idéologie inculquée dès le plus jeune âge. Dans cette société profondément conservatrice, les relations entre filles et garçons sont fortement limitées, même si Abu avoue jouer au ballon avec sa sœur malgré l’interdit.
Depuis la prise de pouvoir des talibans en 2021, l’Afghanistan est devenu l’« Émirat islamique d’Afghanistan », un régime très rigide et largement non reconnu par la communauté internationale. Le pouvoir est centralisé autour de l’émir et d’une interprétation radicale de la charia. Pourtant, la réalité du pays reste marquée par les structures tribales et rurales : environ 75 % de la population vit dans les campagnes. Après plus de quarante ans de guerre, de nombreux Afghans aspirent avant tout à la sécurité et à la fin des violences. Dans ce contexte, certains acceptent le pouvoir taliban par résignation ou par recherche de stabilité.
Cependant, cette stabilité apparente s’accompagne de restrictions extrêmes des libertés. Les talibans imposent de nombreux décrets, dont une soixantaine ciblent spécifiquement les femmes. Elles sont progressivement effacées de l’espace public : interdiction de travailler dans de nombreux secteurs, restrictions de déplacement et interdiction d’accéder à l’éducation au-delà du collège. La police religieuse, chargée de faire respecter la morale, contrôle le comportement et la tenue des femmes, souvent avec brutalité.
Malgré cette répression, certaines Afghanes résistent discrètement. Dans certaines villes, des salons de beauté clandestins continuent d’exister et des fêtes privées permettent encore d’écouter de la musique. Dans le domaine de la santé, la situation est particulièrement critique. Les femmes médecins ayant disparu des hôpitaux et la gynécologie étant presque inexistante, la mortalité maternelle est très élevée. Face à cela, des initiatives clandestines apparaissent : par exemple, l’ancienne soignante Layle Ashimi forme secrètement d’anciennes étudiantes en médecine dans l’arrière-boutique d’une pharmacie afin de maintenir un minimum de soins pour les femmes.
Le documentaire montre aussi les contradictions du régime. Les talibans ont mis fin aux combats et à la production massive d’opium, mais ils imposent en même temps une société très restrictive et répressive. La pauvreté est massive : environ 70 % des 40 millions d’Afghans vivent sous le seuil de pauvreté. De nombreux réfugiés expulsés d’Iran ou du Pakistan vivent dans des camps de rapatriés, tandis que deux millions de femmes doivent subvenir seules aux besoins de leur famille sans pouvoir travailler légalement.
À travers des témoignages d’Afghans – fonctionnaires, journalistes, chefs tribaux ou femmes résistantes – le film dresse le portrait d’un pays complexe et paradoxal. Entre désir de paix après des décennies de guerre et oppression croissante, l’Afghanistan apparaît comme un État unique dans le monde contemporain, marqué par un pouvoir idéologique radical et une population contrainte de s’adapter, parfois en résistant dans l’ombre.
