Le chien de Pavlov salive au coup de sonnette…

Par Roland Tell —

La Martinique est-elle en passe de devenir le meilleur des mondes politiques pour les agents des Collectivités publiques ? Non ! s’il faut en croire les mouvements de grêve de ceux-ci, pour leur liberté, pour leur dignité au travail, au sein des services, des organismes, ou des ateliers, relevant des dites collectivités. Depuis le conflit mémorable du Parc naturel Régional, c’est devenu un trait assez commun d’avoir recours à des revendications, voire même à des affrontements, comme à Plateau Roy, dans le but de mettre en cause la culture électoraliste planifiée de gestion des travailleurs, dans les organisations administratives et techniques de nos collectivités. Ne va-t-on pas jusqu’à parler de favoritisme, d’élitisme, de domination, d’abus de pouvoir, par l’entremise de supertechnocrates, substituts des présidences élues, se croyant intouchables, tels des monarques de droit électif ! Au nom de quelle compétence, et pour quel profit ?

Leur technologie du comportement apparaît comme un remède global aux maux d’un personnel hypertrophié, disparate, au gré d’élections communales ou territoriales, mais aussi comme des solutions techniques au problème du chômage, s’agissant alors de pouvoir social, et d’enjeu politique. Dans cette perspective, la solution des problèmes vient, non pas de la technique gouvernementale, mais d’une subordination de la technique de gouvernance à un projet électoral fondamental, de nature partisane et parfois personnelle – un projet qui met en oeuvre la capacité de l’élu à poser des valeurs absolues, comme la tentation de l’éternité, et dont l’enjeu n’est rien d’autre que le pouvoir jusqu’au quatrième âge, voire à perpétuité ! De là donc, la mise en oeuvre, dans chaque collectivité, d’une technologie du comportement, l’invention d’une technologie nouvelle, capable de contrôler et de planifier les comportements des travailleurs, aussi efficacement et rationnellement que possible.

Cette idée repose bien sûr sur une certaine image de l’agent de collectivité, dépendant de la psychologie “behavioriste”, et consistant à considérer les comportements au travail, de manière purement “extérieure”, comme dans l’étude du comportement animal, en se refusant à toute explication, faisant appel au “vécu intérieur”, aux “états de conscience”, ou à des mécanismes psychologiques insconscients, situés “quelque part à l’intérieur” du travailleur de collectivité. Le comportement au travail, pour l’élu, et pour le chef de service, c’est une certaine relation observable entre un stimulus ( la tâche à faire) et une réponse à fournir, coûte que coûte, selon des comportements utiles, des mouvements corrects, à la grande satisfaction du chef de service ou d’atelier, dont c’est la récompense, c’est-à-dire les conséquences positives en direction des élus, du pouvoir, de l’environnement politique, qui, seul, façonne l’agent de collectivité. Car tout est mis du côté de l’extérieur, rien du côté du moi de l’agent, même pas, à entendre les revendications, en renforcements sélectifs par primes, promotions, faveurs. Tel est le poids des atavismes de classe, de l’agressivité des petits chefs, où que l’on soit, dans un service administratif, ou dans un service technique ! Un tel système de conditionnements par la sélection ne vise qu’un objectif : faire survivre la gestion politique, sans gaspillage et sans douleur !

Au contraire du chien de Pavlov, qui salive au coup de sonnette, parce que la sonnerie est associée pour lui à la présentation d’un morceau de viande, l’agent de collectivité a le sens inné de sa liberté et de sa dignité d’homme, il a aussi un “supplément d’âme”, une vision humaniste de sa destinée, pour s’opposer à toutes formes de dressage, susceptibles de provenir de la puissance politique. Pourvu de tous les moyens requis pour son accomplissement personnel, non seulement quant à son travail au sein de la collectivité, mais aussi quant à ses activités sociales, politiques, et culturelles, dans la société martiniquaise, l’agent ou le technicien, où qu’il soit, revendique des changements profonds, des remaniements de services et d’ateliers, des diminutions de souveraineté des petits chefs et des élus, aux fins d’établir une véritable communauté de travail, prenant en compte les présentes nécessités de leur corps social, telles qu’exprimées dans les réunions de concertation.

ROLAND TELL