“L’art africain a le vent en poupe”

Interview de Salimata Diop, directrice de la programmation culturelle d’AKAA 2017

— Propos recueillis par Max Pierre-Fanfan — 

Quelle est la démarche de cette foire internationale consacrée à l’Afrique?

 Salimata Diop : AKAA* (Also Known As Afica) est à l’image d’une Afrique aux multiples facettes qui transcende les frontières historiques et dont les voix résonnent aux quatre coins du monde. Notre Afrique inspire et influence par sa capacité d’innovation et de création.

Quel est le fil rouge de cette édition 2017?

S.D. : Cette édition met à l’honneur les artistes contemporains dont la pratique est liée à un processus de guérison. AKAA se déroule du 10 au 12 novembre 2017 au Carreau du Temple dans le troisième arrondissement de Paris. Elle accueille 38 galeries provenant de 19 pays, 150 artistes venus de 28 pays. Quatre jours donc pour partager l’énergie de l’Afrique et de ses diasporas. Une oeuvre de Bili Bidjocka est présentée sous la nef du Carreau du Temple, un pédiluve de 14 mètres de long en forme de robe sur fond noir. Un hommage est rendu à Ousmane Sow avec l’irruption de ses Nouba au milieu des années 80. Ousmane Sow replace l’âme au corps de la sculpture et l’Afrique au coeur de l’Europe.Des rencontres ont lieu autour du thème, “panser”. Ces rencontres nous appellent à renouer avec nos maux individuels ou collectifs, conscients ou niés que l’artiste met en lumière.

Qu’est-ce qui justifie l’existence de cette foire AKAA?

S.D. : Il s’agit pour nous de consolider la visibilité de la scène africaine contemporaine de manière complémentaire au travail des galeries qui montrent des artistes confirmés et émergents. Aujourd’hui cette foire est bien ancrée dans la vie culturelle parisienne. L’art contemporain africain rencontre- t–il un certain engouement sur la scène nationale et internationale? S.D. : L’influence culturelle de l’Afrique est aujourd’hui incontestable. Au niveau national, la première édition d’AKAA en 2016 a su trouver son public avec 15.000 collectionneurs et amateurs d’art présents. Par ailleurs, l’art africain a été à l’honneur au printemps 2017, à la Villette (Afriques capitales), au Quai Branly, au Grand Palais (Art Paris, Art Fair). Cela dit, au niveau international un artiste comme le Ghanéen El Anatsui a acquis une notoriété  sans d’ailleurs quitter l’Afrique. Une de ses oeuvres a été proposée pour 1,5 millions de dollars par la galerie Jack Shainman à New-York. Sotheby’s  a vendu une autre de ses créations pour 1,4 millions de dollars.

L’édition 2017 propose un focus sur la Caraïbe, à ce propos, quels sont les artistes antillais représentés?

S.D. :  Deux artistes de la Martinique, Ernest Breleur,  et  Jean-François Boclé dont l’œuvre emblématique, “The Tears of Bananaman” pose la question de la part toxique de l’homme. Les artistes représentant les Antilles françaises espèrent une reconnaissance institutionnelle  et  une visibilité sur les marchés natrionaux et internationaux Comment les galeries présentes à la foire sont-elles choisies? S.D. : Un comité de sélection, composé de quatre personnalités qualifiées du monde de l’art ,en l’occurrence, Dominique Fiat, Elisabeth Lalouschek, Simon Njami et Azu Nwagbogu,  accompagne AKAA dans le choix des galeries retenues.

Le thème de cette foire, c’est la guérison; quel est selon vous la démarche de l’artiste?

S.D. : Il nous panse et nous avertit d’un avenir menaçant. Lorsque nous sommes déracinés, perturbés, troublés, angoissés, il nous donne espoir, il ressuscite nos mémoires héréditaires. Il comble nos vides dans l’attente d’un nouveau jour. Quand l’homme et la société sont malades, l’art panse et repense le monde.  

Max ,Pierre-Fanfan

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AKAA à Paris, une foire pour amateurs d’art contemporain et de design d’Afrique

La seconde édition d’AKAA – Also Known As Africa, première foire d’art contemporain et de design centrée sur l’Afrique,  était de retour à Paris du 10 au 12 novembre 2017. Sculpture, peinture, design et photographie, tous les modes d’expression contemporain ont été à l’honneur à travers 32 galeries et près de 130 artistes de 28 pays.

GéopolisAfrique vous propose de découvrir 15 photographes, émergents ou confirmés originaires d’Afrique, de sa diaspora ou inspirés par le continent, exposés à cette manifestation unique en France.

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En 2016 :

Les artistes du continent africain et de sa diaspora confortent leur place depuis plusieurs années sur le marché de l’art contemporain. En Afrique, comme dans d’autres parties du monde, des événements culturels et commerciaux se mettent en place pour accompagner cette montée en puissance. En 2015, Victoria Mann a créé AKAA, une foire dédiée à l’art contemporain et au design centrée sur l’Afrique, dont la 1ère édition se tiendra du 11 au 13 novembre 2016 à Paris au Carreau du Temple.

Sur le marché de l’art, la demande pour l’art africain contemporain s’est accrue ces 10 dernières années. A la suite de quelques amateurs historiques, les collectionneurs d’art contemporain se tournent à présent vers la création africaine qu’ils découvrent au fil des expositions internationales. Les prix restent encore très abordables avec des marges de progression importantes, ce qui ne manque pas de séduire les investisseurs.
Le continent a de nombreux arguments à faire valoir sur le marché international de la culture et de l’art comme l’indique Forbes Afrique dans le dossier qu’il consacre ce mois-ci au business de l’art africain : “il y a comme une prise de conscience de la réalité et du poids économique de la culture. Le marché de l’art africain est en plein boom et sa valeur spéculative est à la hausse. De plus en plus d’Africains fortunés s’y intéressent.”

Parallèlement, nombre de galeries défendant la création émergente du continent ou issue de la diaspora africaine a vu le jour un peu partout en Afrique ces dernières années. On peut citer à cet égard Circle Art Agency (Kenya), Smith Gallery (Afrique du Sud), Addis Fine Art (Ethiopie) ou encore Galerie 127 (Maroc).

Les maisons de ventes internationales ont joué un rôle majeur et complémentaire dans la promotion de l’art africain. En 2010 à New York, une vente « Africa » était dirigée par la maison Phillips de Pury & Company’s. Plus durablement, depuis 2008, la maison de ventes britannique Bonham’s organise la vente annuelle « Africa now ». Après une forte progression constatée ces trois dernières années, l’auctioneer a décidé en 2016 de dédoubler sa vente, en séparant l’art moderne africain et l’art contemporain africain. Face à l’intérêt grandissant des collectionneurs, Sotheby’s a décidé de lancer dès l’année prochaine des ventes dédiées à l’art africain moderne et contemporain à Londres. A Paris, où la scène de l’art contemporain est en constante mutation et monstration, la maison Piasa depuis deux ans a fait de l’art contemporain africain sa spécialité. Paris a sa place à jouer, les collectionneurs sont nombreux, les institutions accélèrent le rythme des expositions en lien avec l’Afrique contemporaine.

Les ventes aux enchères ont assurément contribué à asseoir la cote d’artistes africains tels que William Kentridge, Romuald Hazoumé, Chéri Cherin, Chéri Samba, Omar Victor Diop, Yinka Shonibaré, Soly Cissé, Julie Mehretu ou encore le Ghanéen El Anatsui (Lion d’Or de la Biennale de Venise 2015) dont le record en vente publique culmine à 1,33 million d’euros pour un mur métallique vendu en 2014 à New York chez Sotheby’s.

Dans les foires, l’offre d’art contemporain africain demeure timide et prend souvent la forme de secteur à découvrir. Cette année à l’Armory Show de New York, le focus consacré aux Perspectives africaines autour de 7 galeries africaines invitées, s’est transformé en véritable événement, donnant un vrai souffle au salon newyorkais.

Dans ce contexte, AKAA a un véritable rôle à jouer, à Paris, pour accompagner l’essor de ce marché. La foire répond à la trop faible représentation des artistes d’Afrique ou issus de la diaspora africaine, dans les grandes foires internationale, et pallie le manque de visibilité des galeries mettant en lumièe le travail de ces artistes.

AKAA présentera du 11 au 13 novembre au Carreau du Temple près d’une trentaine d’exposants, dûment sélectionnés par un comité appréciant la qualité des propositions artistiques, lesquelles ne manqueront pas de susciter l’enthousiasme.

www.akaafair.com