La mort du grand musicien américain de jazz Sonny Simmons

Huey « Sonny » Simmons, né le 4 août 1933 à Sicily Island en Louisiane et mort le 8 avril 2021 à New York, est un saxophoniste américain de jazz. Il avait eu le covid en 2020.

Biographie

De son enfance louisianaise (Sicily Island, 1933) au sein d’une communauté rurale où les survivances africaines étaient encore vivaces (rituel agraire de type vaudou), Sonny Simmons a toujours gardé au cœur de sa musique une empreinte sonore et rythmique inimitable. Californien depuis l’âge de 10 ans (Oakland, 1944), il s’imprègne de la culture noire urbaine, mais c’est au cor anglais qu’il fait ses débuts musicaux à l’école, avant d’adopter le sax ténor sous le double signe du rhythm n’blues (Big Jay Mc Neely, Illinois Jacquet) et du be-bop (Dexter Gordon puis Sonny Rollins).

A 17 ans, ébloui par Charlie Parker, il se met au sax alto tout en jouant pour la danse avec des orchestres locaux ou aux côtés de grands noms du blues urbain (Lowell Fulsom, Amos Milburn…).
Cet autodidacte se forge une réputation de redoutable battant au cours d’innombrables joutes musicales dans les clubs de la côte ouest, tout au long des années 50. Vers la fin de cette décennie, son évolution personnelle détermine une convergence de plus en plus nette avec les avancées révolutionnaires d’Ornette Coleman ; c’est d’ailleurs avec Prince Lasha, un ami de jeunesse du visionnaire texan, qu’il réalise son premier enregistrement pour Contemporary, en 1962. L’année suivante, premier séjour à New York où très vite il est adopté par les plus grands : il côtoie John Coltrane, travaille en privé et joue en club avec Eric Dolphy, Sonny Rollins, Don Cherry, enregistre avec eux ainsi qu’avec Elvin Jones/Jimmy Garrison, est sollicité par Sun Ra.

De nouveau à New York en 66, il commence à se produire avec sa femme, la trompettiste Barbara Donald, rencontrée entre-temps en Californie, et enregistre avec elle deux disques pour ESP. A l’instar d’un Pharoah Sanders débutant qu’il épaula à Oakland en 1959, la plupart des jeunes avant-gardistes de l’époque bénéficient de ses conseils et de son expérience. Recherché pour son expertise instrumentale, il travaille avec Sunny Murray, Sam Rivers, Bill Dixon, emploie Dewey Redman et Jack De Johnette, côtoie même Jimi Hendrix. En 1968 à Woodstock, un an avant le grand festival pop, il prend part aux activités musicales d’une commune d’artistes.

Des raisons familiales le poussent à s’établir de nouveau en Californie en 1969. Il y enregistre trois autres disques avec sa femme, pour Arhoolie et Contemporary, et continue de se produire à la tête de ses propres groupes ou au sein des Firebirds avec Prince Lasha (festival de Monterey, 1970).

Une conjonction de circonstances adverses le contraignent peu à peu à une semi-retraite musicale ; à partir du début des années 80, en dehors d’engagements sporadiques dans des bars de quartier et de deux enregistrements bouleversants mais confidentiels (dont Backwoods Suite avec Billy Higgins), la rue de San Francisco devient sa scène principale.

En 1994 pourtant, la sortie du magnifique Ancient Ritual chez Qwest-WEA et un passage d’une semaine au club La Villa à Paris, amorcent la reprise d’une carrière enfin internationale pour un musicien qui n’a jamais laissé sa longue traversée du désert entamer son intégrité artistique.

2002 : à 69 ans, “la vieille mule de jazz”, Sonny Simmons, continue obstinément à labourer le champ de cette musique.

Marc Chaloin*

* Marc Chaloin est un collaborateur de la revue Improjazz qui travaille sur l’autobiographie de Sonny Simmons.

Discographie
Sonny Simmons Quintet Mixolidis – Marge 29 (2001)
Hello World! (Introduction: Ode To Thelonious Monk – My Favorite Things – The Promise – Exotic Study – My Favorite Things – Blues For Everyday Life – Out Of Love), enregistré en août 2006 à Romainville et en décembre 2006 à Paris.
Filmographie
Le film Together with Sonny Simmons (2005) lui est consacré.

Notes et références, à lire le superbe article de Francis Marmande, « Le musicien américain de jazz Sonny Simmons est mort » [archive], sur lemonde.fr, 13 avril 2021 (consulté le 13 avril 2021)