La libre circulation, un droit au XXIe siècle ?

— Par Huguette Emmanuel Bellemare, membre de Culture Egalité

Une copine de l’Association m’a déposée au terminus de Mahaut après notre réunion. Tout en attendant le bus qui doit me ramener à Trinité, j’admire cette belle réalisation qui change quand même la vie de pas mal de personnes modestes, et tout particulièrement de femmes.

Le bus tarde… je me prends à rêver de ce qui pourrait être encore amélioré ici : pas de panneau indiquant les destinations. Des numéros inscrits seulement au front des bus… Serait-ce gravement pécher contre leur esthétique que d’afficher le numéro de la ligne sur chaque côté des bus ? Ça éviterait à chaque passager.e d’avoir à en faire le tour chaque fois !.. Des bancs nullement abrités du soleil… ni de la pluie !…

Soudain, une voix désincarnée fend le silence et ma rêverie : “Suite à un mouvement social d’une entreprise extérieure, le TCSP ne fonctionne pas jusqu’à nouvel ordre !”… Drôle de notion de l’ordre ! Les gens rouspètent. Des élèves avec leur cartable. De jeunes travailleurs (un d’entre eux va jusqu’à Case Pilote !) Des femmes avec leurs paquets et, souvent, leurs enfants en bas âge.

La voix « s’excuse de la gêne occasionnée » et nous « remercie de notre compréhension » !!! La compréhension, les excuses, c’est un luxe de riches ! Celles et ceux qui n’ont ni petit.e ami.e (ni grand.e), ni père, ni mère, ni sœur ni frère… pourvu.es de voiture pour leur porter secours, ils font quoi ? Ils campent sur place ? Ils “le prennent à pied” ? Celles et ceux qui sont bloqué.es à Fort-de-France, ils cherchent un hébergement en ville… jusqu’à nouvel « ordre » ? A côté de moi, une femme immobilisée ici essaie de gérer au téléphone le retour à la maison de son fils bloqué là-bas : ” Dites-lui qu’il rentre à pied, Madame, s’il vous plaît, qu’il-ren-tre-à-pied ! ”

La voix off s’est tue, mais les usagers continuent d’arriver :

« – Excusez-moi, Monsieur ou Madame, vous attendez quoi ?

– Le TCSP !

– Mais il ne viendra pas ce soir !

– QUOI ? »

…Je ne vais quand même pas faire le tour du parking pour les mettre au courant de leur infortune… ! D’ailleurs, il me faut surveiller mon propre bus !… Car son horaire, affiché nulle part, doit être un secret d’Etat !…

Bref. Tout se passe comme si la libre circulation n’était pas un droit humain reconnu à tous et toutes par l’ONU ainsi que l’élément de base d’une politique publique démocratique … mais plutôt une faveur, une charité concédée par des Dieux d’essence supérieure, lointains et indifférents !

Ce jeudi 20 mai 2021,

Huguette Emmanuel Bellemare, membre de Culture Egalité