La France doit restituer les 30 milliards volés à Haïti

Les Français doivent restituer les 30 milliards d’euros qu’ils ont volés au peuple haïtien…!

— Par Robert Lodimus —

« Il y a deux manières de conquérir et d’asservir une Nation : l’une est par l’épée; l’autre par la dette. »

(John Quincy Adams, 6e président des Etats-Unis)

Tout ce que les populations du Sud ont hérité de l’Occident, c’est la religion et son illusionnisme. La prédication de l’Évangile a permis aux colons européens de commettre des crimes abominables en Amérique et en Afrique au nom de leur « Dieu ». Les Indiens, les Noirs et les Arabes ont grandement pâti de la cruauté de l’esclavage. Le 15e siècle, avec la fameuse expédition colombienne, a ouvert davantage la voie à la « déshumanisation de l’être » par des activités de travail dévalorisantes qui ont fait l’objet d’études et de dénonciation dans les travaux et les essais de plusieurs sociologues et philosophes progressistes, notamment Karl Marx, Friedrich Nietzsche…

L’individu, parvenu au stade de l’état déshumanisant dans lequel les systèmes féodal, capitaliste, impérialiste, néolibéral l’ont précipité et maintenu contre son gré, n’est presque plus capable de réfléchir lucidement et d’organiser son avenir. Il végète dans une atmosphère de dégradation socioéconomique qui le rend amorphe, résigné et léthargique. Il se montre indécis. Et se sent totalement perdu dans sa triste situation de vie. Dans sa descente aux enfers, seul l’instinct de conservation et de survie semble guider ses reflexes. Il n’existe plus en tant qu’être humain. Il est devenu un numéro d’assurance sociale dans la marmite sociétale où le colonat et le patronat le font bouillir, afin de lui extraire tout le jus de sa force de travail. Son cerveau devient un terreau parfait pour les discours creux des charlatans qui vendent « le bonheur éternel », la « paix spirituelle » à chaque coin de rue, et qui ne sont ni plus ni moins – même inconsciemment – que des agents de régulation à la solde du système néocolonial. Leur rôle consiste à calmer les tensions sociales pour éviter qu’elles ne conduisent à des situations de révolte généralisée, d’insurrection et de révolution.

Les États belligérants, riches et puissants, associés à celui du Vatican, ont rabaissé l’être humain à un niveau de sous-humanisation qui avoisine la bestialisation. Et parfois pire encore…! Dans les systèmes esclavagiste et/ou capitaliste, l’homme et la femme sont carrément métamorphosés en objet, robotisés pour faciliter la multiplication et la fructification du Capital. Les animaux des cirques ou des forêts ont beaucoup plus de valeur que le souffreteux de la « case » ou le misérable du « bidonville ».

En 2014, les nouvelles ont rapporté la mort d’un sapeur pompier français survenue au cours d’une opération de sauvetage d’un cygne. Nous n’avons rien contre cet acte de courage et d’amour manifesté envers un animal en détresse. Cependant, cette révélation contraste énormément avec le fait que des milliers d’enfants meurent de faim et de maladie due à la malnutrition toutes les cinq minutes dans le monde, sans qu’ils soient véritablement secourus. Les cas du Soudan, de la Somalie…, quoiqu’ils aient dépassé le stade de la fiction, dirions-nous, par l’ampleur catastrophique des problèmes sociaux et économiques auxquels ces pays sont confrontés, n’interpellent pas pour autant la conscience des milliardaires corrompus et des bailleurs de fonds internationaux sans âme.

La France avoue ses crimes, mais ne répare pas

La date du 10 mai 2013 a été adoptée et retenue en France comme le Jour consacré officiellement à la commémoration de l’esclavage, selon la « loi Taubira ». L’ex-président français, François Hollande, a reconnu sans détour que c’est une honte pour son pays d’avoir le sang des Africains et des Indiens sur la conscience. La France, au même titre que l’Espagne, l’Angleterre, la Hollande …, admet finalement qu’elle a construit sa « civilisation » avec les retombées honteusement bénéfiques du phénomène dégradant de la « destruction » et de la « bestialisation » de la personne humaine. Les descendants de Napoléon Bonaparte ont donc avoué publiquement, officiellement qu’ils se reconnaissent – d’une certaine manière comme l’Allemagne d’Hitler et ses nazis, l’Italie de Mussolini et ses miliciens dans les pogroms juifs – des responsabilités lourdes de conséquences dans cet immense crime commis contre l’humanité, reproché aux puissances esclavagistes et organisatrices de la traite négrière durant une période s’étalant sur trois longs siècles.

Nous n’avons pas besoin de rappeler les cruautés, les horreurs et les abus attribués au « Code noir » de 1685 rédigé sous le règne de Louis XIV, les souffrances que cette « absurdité inqualifiable» a causées à des familles entièrement décimées, d’évoquer la honte dont cette mesure afflictive et criminelle a étendu sur la face gênée, embarrassée de l’humanité. Chacun de nous serait capable, à sa façon, d’expliquer en détail quelques épisodes douloureux de l’histoire bouleversante de l’esclavage en Amérique et en Afrique. Les preuves de cette époque de brutalité inconcevable, de sauvagerie bestiale sont encore présentes dans la mémoire physique et symbolique des peuples qui en furent victimes, et qui le sont d’ailleurs jusqu’à présent.

Il n’y a aucun doute que la traite négrière et l’esclavage ont laissé des séquelles importantes dans les anciennes colonies. Pour échapper aux razzias, éviter les risques de se faire capturer, enlever et d’être vendus en Amérique, certaines tribus africaines désertaient des régions fertiles pour aller se réfugier bien loin, dans des zones où la nature souffrait de l’austérité, de la rudesse climatique. Ils vécurent des situations difficiles qui ont accéléré dans bien des cas le rythme de leur « décroissance démographique ». Les terres sauvages n’arrivèrent pas à produire suffisamment pour leur assurer une alimentation de survie. Les opérations d’enlèvement qui se déroulaient dans une atmosphère de massacre et qui poussaient les indigènes à se retrancher parfois dans des zones inhospitalières, sauvages et désertiques pour échapper aux poursuivants négriers permirent à bien des chercheurs d’étudier et de comprendre, dans une certaine mesure, le phénomène de la répartition de la pauvreté sur le territoire africain. Certains d’entre eux durent lutter ardemment pour s’adapter aux rudes conditions climatiques et y survivre avec leurs familles loin du danger permanent des circuits de l’appareil esclavagiste.

La déportation des Africains a également provoqué un autre dégât tout aussi significatif : le « culturicide », si nous pourrions employer ce néologisme. Les colons se servirent de la « religion » pour « apprivoiser » et « désenforcir » leurs victimes. Ils les convertirent au catholicisme. Ils leur offrirent le « paradis » en échange de leurs souffrances physiques et morales dans l’enfer des mines et des plantations. Les néocolons utilisent la même arme pour casser l’ardeur de la lutte, annihiler l’esprit de la combativité au sein des masses hallucinées par l’espérance d’un « monde à venir ». La femme ou l’homme enchaîné dans les philosophies théocratiques s’auto-identifient comme « servante » et « serviteur » de Dieu. L’individu est donc devenu « l’esclave » de sa foi mystique et de ses croyances spirituelles. Dans le vaudouisme, il se fait appeler le « cheval » des esprits pour lesquels il est confit en dévotion.

La prolifération de la misère a favorisé l’éclosion d’une multitude de doctrines religieuses qui opèrent des ravages dans le cerveau fragile et vulnérables des masses illettrées. Elles demeurent, du fait de leurs conditions d’ignorance, un terrain fertile pour l’illusionnisme qui découle du papisme, du calvinisme ou du luthéranisme, de l’islamisme, du bouddhisme, du judaïsme, du vaudouisme… La religion constitue un sérieux obstacle à l’établissement d’un climat favorable à une prise de « conscience réelle » pour un changement social radical sur la planète.

La quantité de doctrines religieuses qui fourmillent dans les régions périphériques donne le vertige. C’est la religion qui injecte le virus de la division dans le corps sociétal et qui permet à l’impérialisme de battre son beurre aisément et de s’engraisser dans les pays où les couches sociales vulnérables sont devenues les souffre-douleurs de la pauvreté extrême.

David Stannard, historien américain, a écrit un ouvrage accusateur, American Holocaust, contre les pays colonialistes. L’auteur explique qu’en 1910, les statistiques révélaient le nombre de 400 000 Indiens sur le total de 18 à 19 millions qui existaient en 1492, date de l’arrivée du Génois, Christophe Colomb, en Amérique. Dans le cas des Indiens obligés de se retrancher dans la misère quasi totale sur des petits espaces territoriaux qualifiés ironiquement de réserves – comme on le dit pour les animaux dont les espèces sont en voie de disparition – le concept de « génocide » ne suffit plus à exprimer l’ampleur du désastre. Il faut plutôt recourir au terme « démocide » inventé par le politologue américain Rudolph Joseph Rummel, pour qualifier cette réalité immonde.

L’acteur américain, Marlon Brando, dans son autobiographie « Songs My Mother Told Me », a consacré des pages sombres au chapitre de l’extermination des Indiens que les colons blancs qualifiaient de « peaux rouges ». Lisons ce que Brando a écrit :

« Après le vol de leurs terres, les survivants en haillons furent parqués dans des réserves et le gouvernement envoya des missionnaires pour les forcer à devenir chrétiens. Après m’être intéressé aux Indiens d’Amérique, je me suis rendu compte que beaucoup de gens ne les considèrent même pas comme des êtres humains. Il en a été ainsi depuis le début. Cotton Mather les comparait à Satan et affirmait que c’était l’œuvre de Dieu – et la volonté de Dieu – de massacrer les sauvages païens qui faisaient obstacle au christianisme… » (Source : Histoire moderne, 9 octobre 2012)

Entre 15 à 18 millions d’Africains ont connu les dures souffrances de l’expatriement involontaire. Ils se répartissent aujourd’hui dans les Antilles et aux États-Unis. À l’exception de Cuba et de la République d’Haïti, nous pouvons citer Martinique, Guadeloupe, Jamaïque, Porto-Rico…, parmi les îles antillaises qui sont encore maintenues sous la domination des États américains, français et anglais. Elles demeurent des « colonies » rattachées de gré ou de force à la métropole. Tous les mouvements d’indépendance et de souveraineté organisés, soulevés dans ces régions-là ont été boycottés, déboutés ou matés.

La reconnaissance des fautes – surtout lorsqu’elles se révèlent graves – inclut et entraîne automatiquement l’application de sanctions proportionnelles.

Le 10 mai 2014, à Bordeaux, au cours d’une cérémonie fastueuse, farcie de discours creux, l’État français a levé lui-même le voile sur les crimes qu’il a commis dans le cadre de ses expéditions guerrières et de ses conquêtes d’outre-mer. Il a témoigné par la bouche de ses actuels dirigeants qu’il a maltraité, torturé, assassiné des êtres déportés. Déracinés. Il les a dépouillés de leur personnalité citoyenne, abusé de leur force de travail, détruit leur énergie physique, écrasé leur capacité de résilience, et tout cela, aux seules fins d’exploiter, de piller leurs ressources naturelles pour s’enrichir immoralement. Au début de ce XXIe siècle où la soi-disant civilisation occidentale bat du tambour, claironne à provoquer la cophose, ou la perte totale de l’ouïe, « sa démocratie » et « ses droits humains », l’opinion internationale concevrait mal que les « coupables avérés » de pareilles monstruosités soient arrivés à échapper au châtiment qui leur convienne.

Les autorités monarchiques qui ont eu des comportements politiques criminels, répréhensibles – aujourd’hui blâmés et fortement décriés – dans cette affaire d’exploitation, d’extermination et de déshumanisation des Indiens et des Africains ont agi au nom de l’État qui est, en matière de droit public national ou international, une personne morale incarnée à travers des institutions politiques, législatives, judiciaires permanentes et durables.

Les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles

Les nazis, Milosevic, Pinochet, Taylor…, tous ils furent accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité. Il y en a parmi eux qui sont aujourd’hui décédés. D’autres, comme l’ancien président Bush, Benyamin Netanyahou… attendent leur inculpation formelle en prenant la précaution de restreindre leur droit de libre circulation à l’étranger.

Pour l’Europe coloniale, l’esclavage recèle non seulement des périodes de torture, de meurtre et d’assassinat, mais encore des situations fracassantes de pillage et de vol, des cas horribles de violence sexuelle exercée sur des mineures et des adultes… Il existe donc un lot de facteurs aggravants qui culpabilisent les pratiques de domination et d’asservissement développées par les conquistadors européens racistes et qui ont favorisé l’élévation du mercantilisme international et du « corporatisme » au stade suprême de système.

L’histoire retiendra que la France a accepté de dédommager les propriétaires d’esclaves dépossédés et chassés des colonies, alors que les victimes et leurs descendants n’ont obtenu que des excuses tardives et hypocrites comme unique et maigre prix de consolation… pour des centaines d’années de souffrance, de maltraitance et d’humiliation. Et encore, tout aussi grave, pour le dépaysement forcé qui implique l’éclatement des races et des familles. Ces cas de sevrage sauvage et involontaire charrient de l’affliction incurable et permanente. Ils ont produit des conséquences irréparables sur la santé psychologique et physique des victimes et des descendants. Les noirs transplantés en Amérique se sentent jusqu’à présent perdus sur des terres qui n’ont rien à voir avec leur source originelle, qui demeure l’Afrique.

Le vrai repentir d’un État, qui a fait fortune dans le système esclavagiste, doit aller au-delà du simple geste ou de l’acte hypocrite d’auto-inculpation. C’est bien pour la France de s’auto-dénoncer, d’admettre, après des dizaines d’années, ce que tout le monde savait. Cependant, il faut qu’elle parle, utilise aussi le langage de la « RÉPARATION », pour les torts qu’elle a causés à l’Humanité, la honte dont elle accable ses propres citoyennes et citoyens par ses agissements indignes, les douleurs incisives qu’elle a infligées aux individus lésés et dépouillés tyranniquement de leurs droits naturels…

Nous avons la liberté de déduire que l’aisance économique et financière des Français – anciens et contemporains – est en grande partie le produit du vol, du pillage, de la piraterie et du démocide. Paris a extorqué de l’argent aux Haïtiens durant 122 ans pour construire, entre autres, la « Tour Eiffel » qui rapporte environ 100 millions d’euros de chiffre d’affaires par an. 

Le pays de Charles de Gaulle a une dette énorme envers l’Afrique et l’Amérique des Indiens. Et doublement envers Haïti qui fut forcée, sous la menace des armes, de verser à la monarchie française la rondelette somme de 90 millions de francs or pour éponger une soi-disant dette de l’indépendance arrogamment imposée. C’était le prix à payer par Jean-Pierre Boyer en 1825 à la France de Charles X pour obtenir l’acte d’affranchissement et de ce fait, éviter que le jeune État ne retombât dans une guerre interminable et ruineuse qui lui eût coûté finalement sa liberté, sa souveraineté et son honneur.

Le 16 août 2010, plusieurs intellectuels célèbres, parmi lesquels l’on retrouvait Noam Chomsky, Mike Davis, Naomi Klein, Christine Delphy…, ont adressé une correspondance au gouvernement Sarkozy pour lui réclamer la remise de ce montant d’argent volé méchamment au peuple haïtien confronté à la catastrophe provoquée par le puissant et « douteux » séisme du 12 janvier 2010. Nous reproduisons une partie de la déclaration qu’ils ont signée conjointement et publiée dans Le Monde Diplomatique du mardi 17 août 2010 :

« Nous croyons que l’idéal d’égalité, de fraternité et de liberté cher à la France serait beaucoup mieux servi si, au lieu de dilapider les fonds publics dans des poursuites contre les auteurs du canular, le gouvernement français commençait à rembourser à Haïti les 90 millions de francs or qui lui furent extorqués suite à son indépendance . »

La réclamation de cette somme colossale qui est évaluée aujourd’hui à plus de 30 milliards d’euros a valu la complicité du palais de l’Élysée dans le coup d’État planifié par les États-Unis et le Canada contre le régime politique de Jean-Bertrand Aristide en 2004.

Les descendants des victimes de la traite négrière doivent protester énergiquement, faire valoir les raisons de fait et/ou de droit, pour que Paris répare ses « actes honteux » d’homicide, de pillage et d’extorsion.

Voilà donc un dossier dans lequel l’apport de l’Église catholique en Haïti, par l’implication directe du cardinal Chibly Langlois, serait d’une grande et saine utilité… Loin de se faire éclabousser, cette fois-ci, par les « mafiosi » de la bassesse et de la magouille politiques qu’il avait réunis le 14 mars 2004 à l’hôtel El Rancho (Pétionville) aux frais du papisme, le prélat aurait gagné une place au moins digne et louable au sein de la Nation…

Un monde toujours sous le joug de l’esclavage

Plusieurs historiens et chercheurs en arrivent à la conclusion que, dès la fin du XIXe et début du XXe siècle, l’esclavage domestique, appelé aussi esclavage de case, a relayé la forme classique d’asservissement que le monde a connue au cours de la période coloniale.

Qu’est-ce qui a changé effectivement depuis l’abolition officielle – pas officieuse – de l’esclavage en Haïti, aux États-Unis et ailleurs ?

Le néolibéralisme dans le cadre de la mondialisation est venu renforcer l’impérialisme. Les avions, les autobus remplis de migrants qui cherchent à fuir la misère galopante ont remplacé les bateaux négriers. Le système – pour sa survie – a donc changé de stratégie. Les immeubles abritant les manufactures de sous-traitance qui fonctionnent sur la base d’un salaire minimum s’érigent en lieu et place des champs de coton, de canne à sucre, de café, de cacao, d’indigo… Les travailleuses et les travailleurs ont droit à un temps de « repos non rémunéré » évalué à trente minutes pour avaler un bol de spaghetti froid ou une tartine de beurre d’arachides. Ceux qui travaillent à la pièce ont parfois du mal à se tirer d’affaire et sont contraints de faire des heures supplémentaires. Ils hypothèquent même leur temps de pause – donc leur santé – pour obtenir un maigre surplus d’argent. Faute d’une alimentation saine, adéquate et suffisante, il y en a parmi les salariés des usines d’assemblage qui ont fini regrettablement leurs jours dans les sanatoria. Le coût de la vie augmente vertigineusement, mais le patronat ne délie pas les cordons de sa bourse en conséquence.

Les gouvernements – dirigés par la « valetaille » – qui complotent avec les multinationales mettent savamment en place un appareil d’exploitation moderne et efficace qui objective les prétentions malsaines du Capital.

Vous avez sans doute remarqué que les jeunes des quartiers défavorisés, pour la plupart, ne résistent pas longtemps aux démons du décrochage scolaire. Ils commencent à « trimer » très tôt pour aider leurs parents à lutter contre la poussée inflationniste.

La domesticité féminine et juvénile mériterait dans cette approche réflexive une part étoffée. Ainsi que le phénomène de la prostitution. Mais cela ne se situe pas tout à fait sur la voie de notre démarche.

Cependant, dans les deux cas, nous retenons que l’individu exerce un travail dans l’insatisfaction totale en échange d’une rémunération de subsistance. Par rapport à son mode de vie, il nourrit continument un sentiment de dévalorisation. Jacquard parle lui-même de « travail-torture ». (Mon utopie, page 133)

Au sein même des mégapoles ou à quelques kilomètres de là, les bidonvilles sortent de terre comme des champignons sauvages. Des champs de baraquements insalubres ont succédé aux « cases » de l’esclavagisme classique et abritent des centaines de milliers de paysans pauvres, expropriés illégalement, dépouillés de leurs lopins de terre et forcés de venir s’installer en ville pour constituer une main-d’œuvre à bon marché au profit des industriels de la sous-traitance. C’est cela, en infime partie, et en peu de mots, l’esclavage moderne qui a supplée à celui de l’époque coloniale.

La maltraitance subie par les braceros haïtiens sont connus du monde entier. Pourtant, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) n’intervient pas sérieusement pour changer les conditions de vie des « congos » dans les bateys Libertad, Baraguana, Amina… La plupart d’entre eux travaillent dans des plantations de canne qui appartiennent à des grandes firmes sucrières dont les sièges sociaux se trouvent aux États-Unis. Ceux-là qui ont lu « Sucre noir » de Maurice Lemoine ou visionné le film documentaire « Canne amer » de Jacques Arcelin savent dans quel étang de péréclitement, de dépérissement les compagnies sucrières américaines continuent de noyer les « viejos » affectés aux activités harassantes et humiliantes de la zafra (récolte de la canne).

Les paysans haïtiens sont également exploités par les grands agriculteurs floridiens dans les vastes champs de tomates, de maïs, d’oranges… Ils partagent leur misère avec les mexicains. Ceux-là qui n’ont pas de papiers légaux d’immigration sont payés en dessous-du salaire minimum. Ce sont ces misérables travailleurs qui sont persécutés par le « parrain » de la Maison Blanche, comme le surnomme l’essayiste Fabrizio Calvi.

Partout sur la planète, le Capital réserve les mêmes traitements aux masses salariées. Karl Marx remarque : « Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité. »

Seul un mouvement de « Révolution mondiale » permettra aux pauvres de s’affranchir véritablement de l’esclavage et de la misère assassine.

« Les grandes révolutions naissent des petites misères comme les grands fleuves des petits ruisseaux », écrit Victor Hugo.

Une oligarchie contrôle et accapare tous les trésors de la terre. Les statistiques indisposent. 10% d’individus détiennent 83% de la richesse mondiale. Cette situation est régulièrement dénoncée dans les ouvrages et les articles de journaux produits par des essayistes humanistes qui militent contre les inégalités sociales.

Les politologues Anthony Downs et Gordon Tullock soutiennent que l’être humain est égoïste à 95% et altruiste à 5%. Ce postulat nous incite à déduire qu’aucun riche n’acceptera de plein gré de partager sa fortune avec des indigents qui mijotent dans l’huile chaude de la pauvreté crasseuse. La distribution équitable des richesses de la terre ne pourra se réaliser qu’à l’issue heureuse et triomphale d’un mouvement de lutte internationale. Cependant – n’en déplaise aux politiciens traditionnels – cela s’appelle la « Révolution ». Et, dites-vous bien, « pacifisme » rime mal avec « révolution » ! Il n’y a pas de « Révolution » sans bouleversement et bannissement de l’ordre social existant afin d’en établir un nouveau qui corresponde aux désidératas du prolétariat. Parler de changement sociétal pour contrer l’impérialisme de droite ou de gauche et souligner du même coup sa nature « pacifiste » relève de la démagogie et de l’ignardise.

Certes, les Haïtiens ont fondé un État, proclamé une patrie, construit une nation, mais ne sont pas parvenus à s’octroyer une identité citoyenne.

Le meurtre crapuleux du père de la nation haïtienne a court-circuité le mouvement de révolte généralisée des esclaves et en a empêché son aboutissement.

Les États esclavagistes ou conquérants ont dynamité très tôt la butte des efforts collectifs dans les anciennes colonies qui auraient pu déboucher sur l’érection de pays réels, forts et puissants, avec une capacité de nuisance militaire qui les aurait tenus à l’abri des tentations étrangères d’occupation et d’envahissement… Ils ont, pour ainsi dire, miné la route naturelle qui mène vers la « Liberté ».

Les populations pauvres, pour renaître de leurs mauvaises conditions de vie, pour faire atterrir le transporteur de leurs rêves de bien-être, doivent comprendre la nécessité d’aménager intelligemment des chemins attenants à leurs attentes individuelles et collectives. Et ils existent.

Ce sont les « chemins de la Révolution ».

Cependant, aucune « Révolution » n’est spontanée. Encore moins, pacifique. Elle demeure l’aboutissement difficile, le produit complexe de la multiplication des frustrations et des revendications populaires respectivement inapaisées et insatisfaites. Il faut lui préparer une base idéologique. Donc, l’organiser. La concevoir. Puis l’accoucher. Par voie naturelle. Ou par césarienne. L’important est de la faire naître d’une façon ou d’une autre. La nourrir pour la maintenir en vie. Avec un projet de société qui soit bien cadré dans le périmètre des objectifs spécifiques définis et imposés par les impératifs de la lutte. En faisant tomber le mur de l’ordre mondial construit par le « système nomocratique » des « ayants droit » de l’arbitraire, pour en élever un autre avec une architecture sociale humaine et équitable, la terre entière d’une seule voix pourra psalmodier la « Liberté » et changer le futur simple de Jean Jaurès en indicatif actuel:

« La Justice, étincelle divine qui a suffi à rallumer tous les soleils. [1] » 

Le capitalisme a gagné son pari et le communisme a perdu sa guerre, avons-nous écrit dans notre ouvrage « Pauvreté en Haïti et dans le reste du monde : Hara-kiri ou Révolution ». Donc, ni l’exploitationnisme capitaliste ni l’utopisme communiste n’ont pu façonner un monde au goût des catégories d’individus qui habitent dans les quartiers ghettoïsés et qui défeuillent dans la misère comme les branches des arbres à l’approche de la saison hivernale. Le premier cultive l’« exploitabilité ». Le dernier moissonne l’« incapabilité ».

Ni capitalisme… Ni communisme… Alors, c’est quoi ?

Le « quoi » représente l’ « inconnue » dont il faut chercher, trouver et quantifier la valeur afin de solutionner un problème multi-équationnel qui se pose au niveau du malfonctionnement des sociétés mondiales. Et cela ne pourra se faire que par l’application rationnelle d’une formule ou théorème ensemblistes, c’est-à-dire émanés d’une initiative unanimiste provoquée par la réflexivité collective.

Robert Lodimus

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[1] Jaurès a dit lui-même : « La justice, étincelle divine qui suffira à rallumer tous les espoirs»