La chanteuse Ayo, une lumière royale

Un chant profond et doux, une spiritualité ardente, une beauté radieuse : la chanteuse Ayo, de retour avec l’album Royal, est une des plus fascinantes voix de la folk.

— par Nathalie Lacube —

Joy Olasunmibo Ogunmakin a choisi comme nom de scène Ayo qui signifie « joie » en Yoruba la langue de son père Nigérian. / Sophie Koella

En 2006, Ayo créait une énorme sensation musicale avec Down on my knees. Sur un rythme reggae, seule avec sa guitare, la jeune chanteuse déployait les volutes de sa voix suave et sensuelle sur une complainte dont l’intensité ne cessait d’augmenter jusqu’aux incantations finales : « I’m dying/I’m crying/I’m begging/Don’t leave me » (« Je me meurs/Je pleure/Je supplie/Ne me quitte pas »). Jamais depuis Billie Holiday ou Jacques Brel la brûlure de l’amour non partagé n’avait été clamée avec autant de force et de sensibilité. L’album Joyful qui contenait ce tube, enregistré à New York en 5 jours avec Jay Newland, le producteur de Norah Jones, s’est vendu à un million d’exemplaires dans 40 pays.

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Rayonnante à nouveau, la chanteuse allemande revient à 39 ans, avec un sixième disque, lui aussi puissamment émotionnel, aussi Royal que le proclame son titre. Avec douceur et gravité, Joy Olasunmibo Ogunmakin, qui a choisi comme nom de scène Ayo parce qu’il signifie « joie » en Yoruba la langue de son père Nigérian, fait entendre qu’elle a muri. La chanteuse a eu trois enfants – Nile 14 ans, Billie-Eve, 9 ans et Jimi-Julius, 2 ans –, qu’elle évoque avec fierté, et a traversé des épreuves, dont une récente dépression.

Le chant, inséparable de la foi

« Je suis reconnaissante d’avoir pu retourner en studio, grâce à Freddy Koella », confie-t-elle de sa voix douce et profonde, aux fêlures délicates. Le guitariste, qui a joué avec Bob Dylan et Willy Deville, l’accompagne et a produit les douze chansons de Royal. Un disque entre ombres et lumière, où des titres mélancoliques comme Rosie Blue, côtoient des morceaux énergiques, dont Throw it away reprise d’Abbey Lincoln ou Fool’s Gold, créé par la chanteuse Lhasa.

En une chanson belle et simple, I’m in love, Ayo célèbre le bonheur avec une légèreté radieuse. « Aimer l’amour, la vie, Dieu, porter un chant de joie qui embrasse le monde et rend heureux même quand on a mal à crever. Accepter que la tristesse n’arrive jamais sans raison et qu’il y a aussi de la beauté en elle, en dépit du mal qu’elle vous fait. » C’est ainsi qu’Ayo puise dans le chant, inséparable de sa foi, son équilibre de vie.

« J’ai l’impression de chanter pour Dieu. Quand j’ai enregistré Royal, je n’étais pas seule, je sentais Sa présence. J’étais là en studio, au sein d’un groupe, parce que chanter avait un sens, une signification plus profonde que moi. En chantant, on ressent des émotions, de bonnes choses, on trouve un équilibre, on mûrit et on s’enrichit de nouvelles énergies », médite l’artiste.

Né quelque part, reprise de Maxime Le Forestier

Elle reprend avec grâce Né quelque part de Maxime Le Forestier, en écho à son histoire personnelle. Née en Allemagne d’un père Nigérian et d’une mère tsigane roumaine, petite dernière d’une fratrie de quatre enfants, elle a assisté à la déchéance de sa mère toxicomane, puis connu les familles d’accueil et l’orphelinat, quand leurs deux parents ont été jugés inaptes à les élever par les services sociaux.  « C’était une expérience épouvantable », raconte la jeune femme qui a fugué de l’orphelinat à 14 ans pour retrouver enfin son père.

Ayo a forgé dans ces épreuves la spiritualité ardente qui l’anime. « J’ai toujours senti qu’on pouvait se tourner vers Dieu pour trouver du réconfort. Car nous sommes tous nés avec une étincelle divine, et cette lumière qui s’allume quand nous venons au monde nous accompagne. Cette lumière brille pour moi, je la ressens  : quand on donne naissance à un enfant, c’est comme tenir le soleil dans ses mains, c’est d’une telle puissance  ! », s’exalte la jeune mère qui tient sur ses genoux tout en parlant son dernier né qui babille gaiement.

Cette lumière intérieure a surgi de façon inattendue sur la photo de Sophie Koella qui orne la pochette de Royal, éclairant la stature altière de la chanteuse. Entre folk, soul et reggae, à l’instar de Tracy Chapman ou Sade, son vibrato résonne avec une nudité authentique sur des instruments acoustiques. Ainsi dans Fix me up plaidoyer amoureux rappelant Down on my knees, Ayo s’épanouit pleinement, retrouvant son credo personnel : « la musique est aussi puissante que l’amour, c’est son expression spirituelle ».

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Joy Olasunmibo Ogunmakin alias Ayo

1980. Naissance près de Cologne d’un père Nigérian et d’une mère tsigane roumaine.

1986. Les quatre enfants sont placés par les services sociaux allemands.

1994. Joy fugue pour vivre avec son père, mécanicien et DJ amateur. Elle écoute Pink Floyd, Fela Kuti, Bob Marley, Jimmy Cliff, Django Reinhardt et apprend seule la guitare.

2006. Premier disque, Joyful, avec Down on my knees et Help is coming.

2013. Album Ticket to the world et duo avec le rappeur Youssoupha sur Fire.

2020. Royal, sixième disque, avec Né quelque part de Maxime le Forestier.

Nathalie Lacube

 

Royal, un CD Wagram/3e Bureau, 15,99 €

Concerts   : En tournée, dont au Printemps de Bourges le 25 avril, et salle Pleyel à Paris 24 novembre

 

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