Serge Letchimy : L’accord sur la Nouvelle Calédonie illustre la voie possible : conjuguer reconnaissance des identités locales et égalité nationale »
Le président du Conseil exécutif de la Martinique, Serge Letchimy, salue l’annonce de l’accord institutionnel trouvé à Bougival entre l’État français et les forces politiques de Nouvelle-Calédonie. Cet accord crée un « État de la Nouvelle‑Calédonie » inscrit dans la République, prévoyant notamment la création d’une nationalité calédonienne.
Cette avancée historique ouvre le champ à un renouveau politique et économique et Serge LETCHIMY se réjouit que la France ait su répondre aux spécificités calédoniennes dans le cadre de la République, en reconnaissant l’existence d’un « État dans l’État », au service de la paix, de la stabilité et de l’émancipation politique. Cette réussite témoigne de la capacité de la République à conjuguer unité nationale et reconnaissance des singularités.
Cet accord résonne de manière particulière avec la dynamique engagée au sein de l’ensemble des pays d’outre-mer signataires de l’Appel de Fort-de-France et plus particulièrement en Martinique où les élus, réunis en Congrès au cours de 5 sessions, se sont mobilisés pour définir les modalités d’exercice d’un pouvoir normatif local, tout en restant pleinement dans la République, et ont adopté une résolution visant à inscrire dans la Constitution un nouveau cadre institutionnel.
« L’accord trouvé pour la Nouvelle-Calédonie montre qu’il est possible de bâtir des institutions respectueuses des identités, ancrées dans la République et ouvertes à l’émancipation. La Martinique, forte des travaux engagés lors des Congrès des élus et de l’Appel de Fort-de-France, est prête à ouvrir, elle aussi, un nouveau chapitre de son histoire institutionnelle. J’appelle à un dialogue sincère, respectueux et ambitieux avec l’État, pour construire ensemble un avenir fondé sur la responsabilité, la dignité et l’égalité des droits. » a déclaré Serge LETCHIMY, Président du Conseil Exécutif de Martinique.
Fort de l’exemple Calédonien, le Président du Conseil Exécutif appelle l’Etat à apporter une réponse concrète aux nombreuses propositions des élus Martiniquais et des pays d’Outre-mer pour la définition de nouvelles modalités institutionnelles, renforçant l’autonomie locale tout en affirmant la cohésion nationale. Le processus est essentiel pour co-construire un avenir partagé, garantir la démocratie locale, élargir les droits citoyens, promouvoir le développement économique et social, et reconnaître les aspirations propres à chacun.
Matinik, 12 juiyé 2025
Lire dans le Monde : Un accord à l’arraché crée un « Etat de la Nouvelle-Calédonie » de Nathalie Gaubert
Emmanuel Tjibaou : « Nous continuerons à croire à la conjugaison de ce nous »
Le député de la seconde circonscription est revenu, depuis l’Élysée, sur le « chemin parcouru » depuis l’ouverture des discussions dix jours plus tôt. « Je veux dire la détermination que nous avons à poursuivre ce que nous avons engagé à Bougival. Nous n’avons renoncé en rien à nos engagements, qui étaient partagés ou divergents. Le compromis, c’est le jeu qui était posé autour des discussions : savoir ce que l’on était capable de faire pour que notre pays se dépasse et se révèle dans ses tensions, ses contradictions, dans sa haine aussi. »
« Le rendez-vous d’aujourd’hui, si on dit que c’est historique, c’est aussi parce que c’est une étape qui, pour nous, peuple kanak, nous permet d’envisager des perspectives [vers] lesquelles on chemine, vers une trajectoire que l’on choisira ensemble. Choisir ce chemin qui est difficile, qui est nouveau, c’est aussi se mettre à l’épreuve de la critique. On va se faire insulter, menacer, parce que nous avons choisi un chemin différent, qui n’était pas le maintien de manière indéterminée et indéfinie dans la France, qui n’était pas une solution immédiate pour accéder à la pleine souveraineté, mais qui était la nécessaire convergence d’intérêts pour dire combien les uns et les autres nous sommes attachés à ce territoire. »
« On a cette crainte que cet espoir, que l’on a pour nous-mêmes et pour nos enfants, ne puisse pas être pleinement accompli, si les uns et les autres ne prennent pas leurs responsabilités pour aller au-devant de ceux qui contestent la volonté de faire un pas vers l’autre. Nous continuerons à croire à la conjugaison de ce ‘nous’. »
Veylma Falaeo présidente du Congrès: « Trouver un compromis nécessite de renoncer à soi-même pour retrouver le nous »
« Ce sommet représentait le dernier espoir pour la Nouvelle-Calédonie, a dit Veylma Falaeo en préambule. Tant sur le présent avec les immenses difficultés quotidiennes des Calédoniens, que sur l’avenir immédiat, comme plus lointain, sans plus aucune visibilité. Trouver un compromis nécessite de renoncer à soi-même pour retrouver le nous. Et je suis fière de ce que nous avons pu réaliser, parce que nous avons prouvé ici que nous étions capables ensemble de relever notre pays. »
« C’est surtout un pari sur la confiance, la confiance entre vous et nous, et nous-mêmes et les nôtres. Ce que je souhaite c’est que de retour au pays, nous puissions continuer ensemble sur ce chemin de solidarité et de confiance les uns envers les autres. »
Victor Tutugoro membre de la délégation indépendantiste: « Un compromis équilibré »
. “Les uns et les autres, salue Victor Tutugoro, ont su faire le pari sur l’intelligence au-delà de nos convictions, de nos positionnements et de nos postures. On est arrivé à mettre de côté toutes ces choses pour le bien du pays”. Car “après une longue nuit de réflexion, de discussion, nous sommes parvenus ce matin à signer un compromis politique”, formule l’élu du groupe UNI.
“Un compromis, par essence même, on ne peut pas être satisfait à 100 %. Mais c’est un compromis équilibré pour les uns et les autres, estime-t-il. Surtout, c’est un compromis qui nous permet de dérouler devant nous un accord politique équilibré et qui nous permet de construire ensemble la Nouvelle-Calédonie, une citoyenneté calédonienne et de bâtir ce destin commun que l’on clame les uns et les autres depuis beaucoup d’années.” En concluant que “c’est une manière de projeter devant nous et donc d’aider à la reprise de l’économie”.
Sonia Backès présidente de la province Sud, membre de la délégation Loyalistes:
“Ce compromis ne satisfera pleinement personne. Mais je suis pleinement convaincue qu’il nous permet de sortir la Calédonie de la spirale de la violence, des incertitudes et de la destruction”, exprime Sonia Backès sur les réseaux sociaux. Interrogée par Outre-mer la 1ère elle exprime ensuite « un soulagement ».
« C’est le début d’un processus qui va être compliqué, dit-elle, puisque les Calédoniens seront consultés. Mais c’est un accord équilibré puisqu’il permet de respecter la parole des Calédoniens, des trois référendums. Il permet également d’avoir une solution pérenne tout en donnant aux indépendantistes des symboles qu’ils attendaient. Ça a demandé la recherche d’un consensus, avec des équilibres de part et d’autre, mais on a préservé notre essentiel : le maintien dans la République, le fait de ne plus avoir de référendum couperet et la réouverture du corps électoral. »