Histoire et usages politiques de l’esclavage

Comment restituer l’expérience de l’esclavage alors que si peu d’archives sont disponibles pour en témoigner directement ? Du fait de la condition des esclaves, les récits biographiques comme celui de Solomon Northup que Steve McQueen a adapté au cinéma dans “Twelve Years A slave” sont rarissimes. Esclavages et post-esclavages est le titre d’une nouvelle revue qui paraît en libre accès sur la plateforme Openedition. Au sommaire de ce premier numéro des contributions qui couvrent cette histoire aussi bien au Mexique, qu’au Chili, en Haïti, au Cameroun, qui traitent de la question des droits de la diaspora des travailleurs indiens et s’emparent d’un des points de vive discussion entre ceux qui élaborent cette histoire : comment restituer l’expérience des esclaves eux-mêmes alors que si peu d’archives sont à disposition qui en témoignent directement ? 

Une revue pluridisciplinaire

_Esclavages et post-esclavage_s promet de relater la vitalité des recherches en cours en affirmant que la notion de post-esclavage répond à un effacement contraint de cette histoire : puisque les esclaves étaient désormais libres, il n’était plus souhaitable d’en parler après l’abolition.

 La réconciliation se devait d’être instantanée et sans transition, une véritable injonction à l’oubli. Les études sur ce moment d’après répondent à cette invisibilité imposée qui masquent les structures sociales héritières de l’esclavage en analysant la présence de ce passé dans notre monde contemporain. Une initiative salutaire si l’on en croit les interprétations fantaisistes et les usages politiques discutables de cette histoire.

 

 

 

 

(Cette vidéo de Martinique Première montre des militants pacifiques guidés par Kémi Séba, fondateur de la tribu Ka, organisation dissoute pour haine raciale en 2006)

La bévue historique de Kémi Séba et de ses disciples

L’action du 25 février 2018 se déroule dans un supermarché situé à Fort-de-France en Martinique, et veut protester contre la prépondérance économique des Békés, les descendants des premiers colons. Une action spectaculaire au cours de laquelle chaque participant se saisit d’un paquet de sucre de canne de couleur rouge. Dans la revue numérique Zist, Zaka Toto signait une série d’articles intitulée « Le sucre » en 2018, dans laquelle il relate, notamment, la bévue historique de Kémi Séba et de ses disciples : si le supermarché, théâtre de cette mise en scène, appartient bien à une famille béké, ce n’est pas le cas de ces sacs de sucre, investis de la mémoire des plantations et de la colonisation. L’usine Galion qui les produit est la dernière sucrerie encore en activité en Martinique après l’effondrement de cette filière sur l’île, grâce à un capital majoritairement public et incarne le combat des descendants d’esclaves tout au long du XXe siècle pour se réapproprier les outils de production. Zaka Toto conclut en dénonçant la manipulation historique opérée par Kémi Séba : “un effacement de l’histoire concrète, tangible, bien réelle, d’un peuple qui travaille à son émancipation“. 

par Anaïs Kien 

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Source : France Culture