Faut-il pénaliser le féminicide?

Huit corps de femmes, victimes de féminicide, retrouvés dans la ville de Juarez au Mexique.

Féminicide (n. f.) : homicide directement causé par la condition féminine de la victime, comprenant souvent un mobile machiste ou misogyne.

À la maison, au travail, dans la rue… en temps de paix comme en temps de guerre, la violence envers les femmes est un fléau mondial qui ne connaît ni les frontières géographiques ni les barrières sociales. Trop souvent tue, insuffisamment réprimée, elle conduit pourtant des milliers de femmes à la mort.

Moins de 40% des femmes victimes de violence demandent de l’aide. Celles qui font la démarche s’adressent pour la plupart à leur famille ou leurs amis. Très peu se dirigent vers des institutions telles que la police ou des services de santé. Un travail de sensibilisation est donc nécessaire non seulement auprès des autorités, mais aussi des familles et des communautés dans leur ensemble, car ce sont les premières capables d’aider les victimes ou de prévenir les violences.De plus, certaines caractéristiques telles que l’orientation sexuelle, la condition économique, l’appartenance ethnique, ou des situations telles que les crises humanitaires, les conflits et les situations de post-conflit, peuvent accroître la vulnérabilité des femmes face à la violence. C’est pourquoi les projets que développe Terre des Hommes visent particulièrement les populations marginales, pour leur permettre de connaître et de défendre leurs droits.

La France doit-elle pénaliser le féminicide ?

Voici quelques tristes exemples de féminicide à travers le monde :

  •  La tuerie de Polytechnique à Montréal en 1989, quand un homme abat 14 étudiantes au hasard, par ce qu’il « hait les féministes».

  • Les 1000 femmes victimes de crimes d’honneurs au Pakistan en 2013.

  • La disparition brutale de 370 femmes à Juarez, au Mexique, qui a propulsé la question du féminicide sur la scène internationale.

“Tuer une femme ne constitue pas un féminicide, mais tuer une personne parce qu’il s’agit d’une femme l’est.” Kiteri Garcia

Quelles motivations derrière le féminicide ?

Dans le contexte actuel d’une société de plus en plus violente, le féminicide, lié aux violences domestiques, est souvent qualifiée de « crime passionnel ». L’acte de vengeance, déclenché par la jalousie où la trahison, reproduit le schéma structurel de domination patriarcale, où la femme, propriété de l’homme, peut être tuée en toute impunité. Le féminicide est aussi associé aux circuits du crime organisé, notamment en lien avec les trafics humains. Il est également utilisé dans la violence de gang pour contrôler les femmes des communautés urbaines marginalisées, et ainsi dissuader toute résistance de leur part.

Meurtre conjugal = féminicide ?

Oui, tant que les statistiques entre les victimes (hommes et femmes) de violences conjugales ne sont pas équilibrées, on peut parler de discrimination liée au genre et donc de féminicide. En France, 80% des victimes décédées de violences conjugales sont des femmes.

Un terme utilisé, mais pas encore inscrit dans la loi en France

Le féminicide est déjà inscrit dans la législation de 16 pays latino-américains comme le Pérou, l‘Argentine, la Colombie et, plus proche de chez nous, l‘Espagne, l‘Italie ou la Belgique, qui considèrent le féminicide comme circonstance aggravante d’un homicide. La France, elle, ne reconnait toujours pas le terme dans sa législation. Les termes d’infanticide ou de parricide y sont pourtant inscrits.

Pourquoi est-il important de reconnaitre le féminicide dans la législation française ?

Selon l’association Osez le féminisme, la première raison est qu’il faut mettre le doigt sur cette réalité bien présente en France. Comme Simone de Beauvoir le précisait : « Nommer c’est dévoiler. Et dévoiler, c’est déjà agir ».

Ainsi, les associations défendent le terme « féminicide » parce qu’il supprime la nature neutre du genre de l‘homicide et indique la véritable intention du crime – tuer une femme en raison de son sexe. En recensant les victimes de féminicide, qui jusqu’à aujourd’hui sont considérées comme des cas isolés ou des faits divers, il est plus facile de mener un plaidoyer et d’influencer les politiques publiques afin de continuer à agir pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Comme le soulignent Elisa Leray et Elda Monsalve, dans leur article consacré à la nouvelle loi sur la citoyenneté : p« Il semble qu’en refusant de consacrer le concept de féminicide sous couvert de préserver la neutralité du droit, on continue d’invisibiliser les violences dont les femmes sont victimes.»

Quelles sont les actions en France menées par les associations ?

L’association Osez le féminisme a lancé une pétition en 2014 pour reconnaitre le féminicide, qui recevra près de 5000 signatures. Elle a aussi mené une campagne de communication « pLe machisme tue ». Grâce à cette campagne, un projet de loi a été adopté par l’Assemblée nationale en juin 2016.

Pourquoi certain.e.s sont reticent.e.s à l’idée de reconnaître le féminicide ?

En refusant d’inscrire le féminicide dans la loi, la France fait « respecter, le principe de neutralité du droit pénal qui ne distingue quasiment pas entre les genres » (Elisa Leray et Elda Monsalve). Selon Me Antoine Fabre, avocat spécialiste en droit pénal, la législation traite déjà des crimes sexuels (dont 80% des victimes sont des femmes), il n’y aurait donc pas lieu de créer une nouvelle qualification pénale.

Audrey Noeltner pour Terre des Hommes

 

Qu’est-ce que je peux faire ?
Selon l’association Osez le féminisme, voici deux comportements à adopter :

  • Décrypter différemment les « faits divers » relatant les meurtres de femmes, à l’aune de la notion de féminicide.
  • Être attentif et à l’écoute, dans votre quotidien : les femmes qui sont victimes de meurtre ont, dans la grande majorité des cas, donné l’alerte précédemment, en signifiant à leur entourage la violence de leur compagnon (verbale ou physique). Le meurtre est la dernière étape d’un continuum de violences : savoir les repérer, savoir accompagner les femmes qui en sont victimes permet d’éviter le pire.

En Martinique joindre Culture Egalité et/ou Union des Femmes de Martinique

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