En père et contre toutes

— Par Gaëlle Dupont

pere_filsEn ce début 2013 a eu lieu un événement inédit : le “printemps des pères”. Le 21 mars, à Caen, au Puy-en-Velay, ou encore à Ploufragan (Côtes d’Armor), des hommes sont montés sur des grues, des toits et des pylônes pour accrocher le plus haut possible leurs slogans : “Un père est aussi important qu’une mère” ou “Liberté, égalité, coparentalité”.

Le 15 février à Nantes, Serge Charnay avait inauguré ce mode d’action pour réclamer la garde de son fils. “Benoît, deux ans sans papa”, affirmait la banderole de ce père qui est resté trois jours sur sa grue.

Que disent en substance ces hommes ? Que les pères sont malheureux. Qu’ils souhaitent être des pères modernes et s’investir auprès de leurs enfants, mais en sont empêchés par les femmes. La leur, en premier lieu, mais aussi les juges aux affaires familiales, en grande majorité de l’autre sexe.

TABLEAU TROMPEUR

Ils avancent une preuve de ce pouvoir jugé exorbitant : 75 % des enfants de divorcés vivent chez leur mère. Comme une légitimation de ce discours, l’association SOS Papa a été reçue par la ministre de la justice, Christiane Taubira, et la ministre déléguée à la famille, Dominique Bertinotti.

Mais ce tableau est trompeur. Si 75 % des enfants de divorcés vivent chez leur mère, c’est parce que les pères réclament rarement la garde complète ou la résidence alternée.

Autre réalité ignorée : une fois seules avec leurs enfants, ces femmes s’appauvrissent, voient leur carrière professionnelle entravée et refont difficilement leur vie sentimentale, contrairement à leurs ex-maris. Les impayés de pension alimentaire sont en outre légion – ils concernent un tiers des pensions, selon les dernières statistiques disponibles.

Quant au partage des tâches à la maison, il reste très inégalitaire. En 2010, le travail domestique occupait 4 heures de la vie quotidienne d’une femme contre seulement 2 h 13 dans la vie d’un homme, soit… six minutes de plus qu’en 1986.

“La participation des hommes aux soins et à l’éducation des enfants progresse peu, constatent les démographes Carole Brugeilles et Pascal Sebille dans le dernier numéro de la revue Informations sociales. L’image du nouveau père participant activement aux activités d’éducation des enfants, souvent présentée comme une avancée, n’est donc pas observée dans les faits.”

ÉMULES DU “MASCULINISME”

Parce qu’elles gagnent moins d’argent que les hommes, ce sont en outre les femmes qui aménagent leur temps de travail ou prennent un congé parental pour s’occuper des enfants. Ce qui enclenche un cercle vicieux : elles auront ensuite plus de risques de se retrouver au chômage ou dans un emploi précaire.

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http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/05/02/en-pere-et-contre-toutes_3170097_3224.html
LE MONDE CULTURE ET IDEES | 02.05.2013 à 19h16 • Mis à jour le 03.05.2013 à 15h12