Dossier des terres volées : L’urgence et le durable !

Ladjé Pinto !

— Le n° 343 de « Révolution Socialiste », journal du G.R.S. —

L’urgence de l’urgence reste la libération pure et simple de Pinto, et la fin du harcèlement à son encontre. Il est incroyable qu’une victime qui a fait preuve de tant de constance dans la volonté d’obtenir de la justice le respect de ses droits, soit encore dans les geôles du pouvoir !

Le motif de l’embastillement est à la fois mensonger et dérisoire : s’être trouvé sur la terre de ses ancêtres dans les environs du hameau construit illégalement sur une autre partie de cette même terre.

Les propos de la procureure, à savoir que Pinto serait libéré sans problème sil acceptait de se rendre… en Guadeloupe, ne font que souligner le cynisme règnant dans toute cette affaire, du côté des autorités.


Le visage permanent de l’État colonial

La mobilisation devant la prison mardi 3 avril, a inauguré une semaine de mobilisation combative. À chaque étape, les militantes et militants se sont trouvé·e·s face à des hordes de policiers armés jusqu’aux dents, en nombre bien plus conséquent que dans les actions contre le trafic de drogue.

Devant la prison mardi, cars et barrages ! Devant la CTM jeudi cars et barrages ! Devant les impôts et le siège de l’ordre des notaires vendredi, cars et barrages ! Tel est le visage de l’État. NOU PA PÈ, continueronsnous de répondre.


Frilosité majoritaire

À la CTM, où il s’agissait de rencontrer une délégation des élu·e·s pour discuter d’une proposition de motion, d’obtenir un temps de parole, le mouvement s’est trouvé confronté à une triste frilosité de la majorité CTM.

Frilosité quant à la motion discutée, atermoiements quant au temps de parole réclamé, frilosité quant à la motion votée. Tout s’est passé comme si le souci principal était de ne pas faire trop de peine à la bande à Macron et Darmanin.

L’alibi de ne pas « interférer dans une affaire de justice » pour ne pas réclamer la libération immédiate de Pinto, rappelle toutes nuances sacrifiées, le silence de la bourgeoisie mulâtre lorsque le tribunal militaire condamnait à mort ou au bagne les insurgés de 1870, le refus des anti-dreyfusards de dénoncer les condamnations iniques frappant Dreyfus, le refus aux USA de dénoncer les injustes condamnations de Sacco et Vanzetti ou de Abu Jamal, pour ne prendre que des exemples très célèbres.

La mobilisation devant le siège du conseil de l’ordre des notaires visait à interpeller une institution scandaleusement muette quand la Martinique entière attend ses explications sur l’attitude de quelques uns des siens.

Depuis, toujours la grogne contre des notaires et des géomètres-experts plus ou moins véreux se fait entendre.


Terres volées, emplois, logements, crédits

Aujourd’hui, malgré l’acharnement des bonnes âmes qui cherchent à tuer la mobilisation en cours en parlant « d’affaire privée » pour laquelle Hervé Pinto n’avait qu’à s’adresser à la justice (sic !), le sujet des vols de terre est sur la table, des centaines de cas ont émergé, sont aux mains des organisations citoyennes comme l’assaupamar ou le Kolectif Jistis Matinik.

C’est bien pour cela, que le stade de la simple protestation est dépassé. Il s’agit de faire que la lutte engagée débouche sur des victoires et sur une mise à plat sérieuse du problème, pour aboutir à la fin des malversations dans lesquelles des aigrefins locaux et des chasseurs de terres venus de France, se démarquent jour après jour.

L’enjeu est important quand on connaît le processus de recolonisation de peuplement auquel nous sommes confrontés. Ironie du calendrier ou concordance caractéristique des temps, la Kanaky se révolte contre la volonté du pouvoir de nier son droit à l’autodétermination, en élargissant le corps électoral amené à se prononcer sur le destin du pays aux personnes installées après l’accord gelant le corps électoral.

Nous n’avons pas oublié la circulaire MESSMER que nous avions révélée en Martinique après l’avoir reçue de nos camarades français de la LCR grâce à leur travail dans les comités de soldats de l’époque. MESSMER appelait à « faire du blanc », c’est-à-dire à tuer dans l’œuf les aspirations kanaks naissantes, à l’autodétermination.

En ce moment chez nous, les manœuvres d’appropriation frauduleuse ou légale, de terres par des Hexagonaux, se combinent avec leurs accès favorisés aux emplois, aux logements, aux crédits bancaires et ne peuvent être regardées comme des phénomènes anecdotiques d’ordre privé.


Et le mouvement ouvrier ?

Il appartient au mouvement ouvrier de se saisir du problème pour le poser et participer à sa résolution à partir des valeurs et des méthodes du mouvement ouvrier.

Il est évident que trop peu de syndicats, et à l’intérieur de ceux-ci, trop peu de syndiqué·e·s se retrouvent parmi les forces mobilisées sur l’affaire Pinto et la question des vols de terre.

La victoire dans ces affaires, suppose un travail opiniâtre dans la durée, une mobilisation dans la transparence sur les dossiers, dans la définition partagée des objectifs, des voies de sorties, dans l’implication de celles et ceux que nous appelons les élu·e·s dignes, caractérisation il est vrai non classique, mais visant à désigner des élu·e·s soucieux de l’intérêt général, à l’abri de toute corruption, et ne craignant pas de faire face aux Profiteurs de tout acabit, protégés par un État complaisant ou complice.

Nous n’avons aucun besoin de nous aligner sur le « caractère inviolable et sacré de la propriété » et la constitution qui le proclame, pour refuser catégoriquement la spoliation des héritiers Gratt ou de tout autre propriétaire légitime d’une terre qui ne doit pas échapper à celles et ceux qui, génération après génération, l’ont arrosée de leur sueur et trop souvent de leur sang.

Dans le respect des objectifs définis en commun, dans la combinaison des luttes communes et des initiatives fructueuses, nous pouvons, nous devons gagner.

Nou péké moli ba yo !