Didier Meynard : Sous la peau du paysage

15 janvier – 07 mars 2026 | L’Artocarpe – art contemporain

— Par Sarha Fauré —
À l’occasion de cette exposition présentée à L’Artocarpe, Didier Meynard déploie une proposition artistique inédite, profondément liée à la Guadeloupe, territoire de l’enfance et de la mémoire. Ce retour sur une terre longtemps tenue à distance devient le moteur d’un travail pictural intense, traversé par l’émotion, la sensation et l’attention portée au vivant. L’exposition réunit un ensemble d’œuvres réalisées dans un contexte de réactivation mémorielle, où peindre revient à renouer avec une géographie intime autant qu’avec un héritage culturel et sensible.

La peinture de Didier Meynard se situe à la croisée du paysage et de la figure, du corps et de son environnement. Une large part des œuvres présentées est consacrée au végétal, envisagé non comme un simple motif décoratif mais comme une matière active, un milieu vivant chargé de mémoire et de résistances. Feuillages denses, herbes entremêlées, troncs, sols et clairières composent des espaces picturaux traversés par une temporalité lente, organique, presque méditative. Le végétal y devient un véritable espace de pensée, un lieu où s’inscrit le temps long du vivant et où se superposent sensations, souvenirs et perceptions.

La peinture se construit par strates successives, par frottements, effacements, reprises, laissant apparaître des paysages mentaux autant que physiques. La lumière circule dans ces espaces parfois opaques, parfois traversés de respirations chromatiques, révélant une attention minutieuse portée à la matière picturale. Le geste de Meynard est physique, engagé, presque rituel : il explore la couleur et la texture dans une relation directe, incarnée, où la peinture devient un acte de présence au monde.

En contrepoint de ces paysages végétaux, l’exposition présente un ensemble d’œuvres consacrées au carnaval, moment fondamental de la mémoire collective guadeloupéenne. Musiciens de group a po, masques, costumes, instruments et figures en mouvement apparaissent comme des éléments totémiques, porteurs d’une énergie de transformation. Insérées dans l’univers pictural caractéristique de l’artiste, ces scènes carnavalesques entrent en résonance avec les motifs végétaux, créant une symbiose entre l’humain et le vivant.

Le carnaval, chez Didier Meynard, n’est pas seulement une fête : il est un espace de métamorphose collective où corps et esprits se transforment, tout comme la végétation environnante semble animée par l’énergie du masque, du rythme et du mouvement. Les toiles font vibrer les pulsations du tambour et la dynamique des processions à travers des couleurs telluriques, profondes, parfois incandescentes, qui ramènent à des origines ancestrales. À la frontière du rituel, du jeu et du politique, ces œuvres interrogent les liens entre identité, résistance et mémoire.

Né en 1960 à Bar-le-Duc (Meuse) de parents guadeloupéens originaires de Petit-Bourg, Didier Meynard débute très tôt la peinture. Dès les années 1990, il expose en France et à l’international. Membre de la Maison des Artistes depuis 1994 et de la Fondation Taylor, son parcours est marqué par de nombreux voyages — notamment en Inde et aux États-Unis — et par des rencontres décisives avec différentes traditions picturales et pratiques visuelles contemporaines. Ces expériences nourrissent une œuvre exigeante, en constante exploration.

Sa peinture est souvent décrite comme un espace instable, où des figures émergent, se transforment, résistent à toute narration linéaire. Ces présences, traversées de traces, de sillages et de tensions, évoquent un état métamorphique de l’être : fragile, mais intensément vivant. L’artiste prolonge également cette recherche dans le volume, notamment à travers des objets chargés de mémoire — telle une robe réalisée en hommage à sa grand-mère — où le trait, la matière et la texture donnent forme à des récits fragmentés et à des paysages intérieurs.

Figure majeure de l’art contemporain, Didier Meynard développe une pratique picturale exigeante, fondée sur un rapport attentif, presque spirituel, au médium. À travers cette exposition, il rend hommage au territoire guadeloupéen, à ses paysages végétaux, à ses rites populaires et à ses figures en mouvement, proposant une œuvre où la peinture devient un lieu de dialogue entre mémoire individuelle et histoire collective, entre corps, nature et culture.

L’Artocarpe – art contemporain
55 rue Victor Hugo, 97160 Le Moule, Guadeloupe