Des artistes antillais dans le métro parisien

Par Alex Lollia —

Thierry Alet, responsable de la POOL ART FAIR a pris l’initiative d’organiser une campagne d’affichage dans le métro parisien.

A cette occasion les œuvres d’une douzaine d’artistes seront présentées au public du 20 au 26 Avril 2026. Cet événement sera sans doute un acte singulier dans l’histoire de la création artistique aux Antilles.

Depuis une quinzaine d’années, on assiste à une impressionnante éclosion dans le domaine des arts plastiques. Cette explosion de formes et de couleurs est d’autant plus surprenante que parallèlement, nos sociétés semblent en pleine dérive. Elles étouffent sous la cloche du mutisme. La philosophie politique et les sciences humaines ne nous disent plus rien à propos de nous-mêmes.

Alors, l’art serait-il en avance sur les concepts, dont nous avons besoin pour penser notre réel ?

Dans les entrailles du métro parisien, où les femmes et les hommes du Tout-Monde se mêlent et s’entremêlent, des artistes guadeloupéens ont choisi de faire signe. Faire signe à l’autre, quel que soit cet autre, dans cet espace de correspondances où les identités se frôlent, se frottent, se font et se défont. Mais faire signe, n’est-ce pas déjà une façon de résister à l’oubli de dire :

« Je suis là. J’existe. Je pense. » ?

Car, quoi qu’on en dise, les Antilles dans l’imaginaire de la plupart des Français se réduisent à un cliché : un amas de collines vertes étalé paresseusement sur une mer bleue émeraude.

Patricia LOLLIA , artiste peintre et sculptrice est fière d’avoir été sélectionnée pour promouvoir l’art et la culture des Antilles. A travers ses œuvres, elle a bien l’intention de réaffirmer que la Guadeloupe et la Martinique sont bien plus que cela. Elles sont le lieu d’une histoire complexe faite de résistances, de luttes, de victoires, de défaites, de créations et de rêves. Elles sont le lieu d’une identité plurielle qui se construit dans la rencontre avec l’autre, dans la confrontation avec l’histoire.

Les artistes auront à rappeler cela, dans le métro parisien où les regards se détournent souvent, s’affrontent parfois mais se croisent de temps en temps. Ils auront à dire que nos îles ne sont pas un simple paradis tropical mais un espace de création et de réflexion sur le devenir de notre monde.

Mais au-delà de cette volonté de dire et de montrer, il y a une recherche plus profonde : une quête de sens, de reconnaissance et de connexion.

Il s’agira de jeter des ponts entre les mondes, entre les cultures, entre les histoires. C’est en ce sens que l’art doit être considéré comme un acte de foi en l’humanité, en sa capacité à se reconnaître dans l’autre, à se comprendre dans la différence. Et, c’est dans ce langage qu’il dit les mots les plus purs : terre, frère , sœur, maternité, HUMANITÉ….

Peut-être, est-ce dans cette rencontre entre l’art et le public du métro que seront trouvées les clés pour définir un style pictural singulier : cette ‘Peinture Antillaise » qui nous échappe encore, mais qui nous appelle.

Alex LOLLIA Professeur de philosophie à la retraite .