Delta, faut il rester sur un échec ?

 — Par Caroline Romney —

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Après 13 mois d’exploitation effective avec la Martinique et la Guadeloupe, Delta Airlines a effectué ses dernières liaisons à partir de son hub d’Atlanta vers les deux îles, samedi 05 avril2008 . Cet arrêt brutal n’est pas si surprenant ; il intervient après quelques signes annonciateurs de taille. Des coefficients de remplissage sur les dessertes Antilles françaises très médiocres. Un coût du baril du pétrole qui ne cesse de grimper (aujourd’hui, il dépasse les 110$). Un taux de change euro/dollar défavorable qui rend les Antilles françaises chères pour les américains. Et des produits touristiques sur nos îles qui ne correspondraient pas toujours aux attentes des touristes américains dans leur grande majorité.Le Pr Crusol a étudié cette chronique d’un arrêt annoncé dans un article, Delta airlines, les vraies raisons de l’échec (www.jeancrusol.com), raisons sur lesquelles je ne reviendrai pas. Pour autant, faut-il se dire que l’immense marché nord-américain, de quelque 260 millions d’âmes, doit être abandonné au vu de la conjoncture actuelle et du bilan très mitigé de la desserte opérée par Delta Airlines ? Non, bien sûr. Des pistes alternatives existent aujourd’hui en réponseau départ silencieux de Delta Airlines.

 

Quelques réponses préliminaires :

 

S’il faut s’arrêter sur l’envolée du coût du baril de pétrole et la parité défavorable euro/dollar, c’est un risque devenu structurel qui pèse sur l’ensemble des compagnies aériennes qui nous desservent et pas seulement sur les compagnies américaines; même si elles sont plus fragiles financièrement depuis les évènements du 11 septembre, la faiblesse du dollar compensant le surcoût du kérosène pour des billets vendus en euros. Quant aux produits touristiques de Guadeloupe et Martinique, il serait faux de croire que nos îles n’ont rien à offrir aux américains qui nous visitent. Bien au contraire ! Un produit différent des « all inclusive » des îles voisines est une chance pour nos destinations françaises de la Caraïbe qui regorgent d’activités sportives, culturelles, patrimoniales et gastronomiques de grande qualité. Des campagnes de communication adaptées sur des types de clientèles clairement identifiés avec des montages de« produits découvertes » qui correspondent à la clientèle ciblée sont des pistes d’actions qu’ilc onviendrait de déployer. Il faut savoir ce que nous voulons, comment nous le voulons, et les moyens humains et financiers que nous entendons déployer pour l’obtenir. Peut être cette réflexion n’a-t-elle pas été suffisamment aboutie dans le « dossier Delta »… Peut-être des cellules de réflexions doivent-elles être mises en place afin d’appréhender plus en amont des dossiers nouveaux et complexes réunissant institutions publiques et privées (aéroport, conseilr égional, comité du tourisme, prestataires locaux). Peut-être des investissements significatifs comme le ” dossier Delta ” méritent-ils des modalités de pilotage et suivi plus aboutis.

 

Sur les autres dessertes aériennes possibles :

 

La Guadeloupe et la Martinique bénéficient de dessertes aériennes opérées par American Egale, filiale du géant américain American Airlines depuis plus de 25 ans. Tous les jours, voire deux fois par jours en haute saison, des liaisons directes au départ de Pointe-à-Pitre et de Fort-de-France sont proposées vers San Juan (Porto Rico), le hub régional caribéen d’American Airlines qui offre des dizaines de vols par jour vers les plus grandes capitales américaines. Le hub de Porto Rico traite annuellement plus de 10 millions de passagers (contre 1.8 million sur l’aéroport Pôle Caraïbe). Pourquoi ne pas envisager un plan de communication commun « Caraïbes françaises » avec ce transporteur historique comme cela a été fait pour Delta Airlines ? Ce ne serait pas American Eagle qui refuserait un tel partenariat qu’elle sollicite de longue date !Air France a reçu en novembre dernier son nouvel A320 bi-classe de 171 sièges et renforce ses dessertes vers Miami passant de 3 vols hebdomadaires à une rotation quotidienne désormais.2L’aéroport de Miami est le 27° aéroport mondial traitant 32.5 millions de passagers par an(source 2006, aéroport de Miami), en hausse de 4.9% (variation 06/05). En renforçant ses rotations sur Miami, Air France pourrait connecter ses vols avec ceux en provenance d’autres capitales américaines et offrir un plus large éventail de correspondances avec des vols domestiques et internationaux vers la Caraïbe Française. Avons-nous abordé ce point avec la compagnie française ?Et puis encore, dans le cadre de diversification des arrivées de nos clientèles touristiques, pourquoi ne nous tournons-nous pas plus vers nos proches voisins qui accueillent de nombreuses compagnies aériennes américaines de façon quotidienne. Saint-Martin par exemple, où l’aéroport de Juliana offre des dessertes régulières vers Atlanta (encore et toujours !), Charlotte, Chicago, Fort Lauderdale – Miami, New York – Newark, Philadelphia, Washington. L’aéroport de Juliana est le second plus important de la Caraïbe ; il traite annuellement plus de 1.6 millions de passagers par an dont une grosse majorité provient des Etats-Unis. L’île d’Antigua également, à 20 minutes de vol de Pointe-à-Pitre, reçoit des passagers en provenance directe de grandes capitales européennes et américaines représentant respectivement 38 et 28% de ses arrivées touristiques. Pourquoi ne pas nous associer à ces plateformes voisines ? Pourquoi ne pas apprendre de ces plateformes et s’inspirer des raisons de leur dynamisme ? Pourquoi ne pas mutualiser nos moyens humains et financiers ? Vous avez dit coopération régionale ?

Caroline Romney – Consultante Transports / Tourisme – Cabinet Aiguillage : aiguillage_at_wanadoo.fr