“De ce côté”, de Dieudonné Niangouna, à la Comédie Itinérante de Valence

— Par Michèle Bigot —

Dieudonné Niangouna s’invite et nous invite de ce côté. Du miroir, du réel, du continent? Probablement tout cela en un seul en scène – un “tout seul”, selon sa propre expression- où le récit autobiographique, l’expérience théâtrale et le vécu politique sont étroitement entremêlés, indissociables.
Dido (allonyme et raccourci de Dieudonné) est au fond de son bar, comme au fond de son exil. Il est exilé de son pays, le Congo-Brazzzaville, comme il est exilé du théâtre, son autre patrie. Il “fourgue du stand-up à répétition” dans son bar-théâtre et échange avec les clients, tous activistes afro-africains qui ne cessent de le harceler. Sa parole est alors peuplée d’une polyphonie où s’entremêlent les arguments des activistes, le récit de l’explosion du théâtre de Brazzaville , la plainte des victimes, les accusations portées contre lui, sa propre culpabilité d’exilé et la nostalgie de sa vie familiale. Le harcèlement des autorités, les tiraillements de sa conscience, les reproches des activistes, tout ce déferlement de paroles à lui adressées le submergent et finisent pas l’isoler de lui-même. Coupé de son histoire, de ses racines, de sa famille, de son théâtre, il n’est plus que l’ombre de lui-même, non plus un “moi” mais un “moi tout seul”, tout nu et qui hurle sa colère et sa douleur. Il a quitté la scène, à moins que ce soit la scène qui l’ait quitté. Mais un jour, un metteur en scène se pointe dans son bar et lui propose un permier rôle dans son prochain spectacle La Fin de la colère. Voilà comment Dido se retrouve embarqué dans une aventure théâtrale où il devra représenter non plus la colère mais sa fin.
Sera-ce pour lui une issue? Est-ce qu’encore une fois le théâtre lui offrira le salut en représentant ce qu’il est impossible de vivre, en vertu de ce décalage salutaire qu’offre la représentation et le partage avec le public. Ce serait le miracle de la scène, qui est à la fois vérité et fiction, vie et image, catharsis et représentation, lieu de communion et d’incarnation? La scène lui offrirait l’occasion de remonter le temps, de raconter son histoire, d’affronter ses démons et de rendre hommage à ses morts?
Pari gagné! C’est un prodige de la parole que réalise ce spectacle , dans lequel l’homme, l’auteur et l’acteur se fondent totalement. Il est impensable de confier le rôle de Dido à un autre acteur. Comme il est impossible de dissocier l’histoire, le ressassement de la mémoire et le débat politique. Impossible de séparer la parole de l’homme de celle de l’acteur. Dans ce seul en scène hanté par la présence envahissante de l’autre, le spectateur, les activistes, les autorités politiques, les reproches des siens, la voix de sa propre conscience, Dido se débat contre lui-même et assure pourtant son propre salut par la représentation de la parole.
Le jeu de l’acteur, sa voix, ses mimiques, ses changements de ton, sa gestuelle, l’ensemble de son corps se portent au service de la parole. Et c’est peu de dire que cette parole est adressée. En tant que spectateur on la prend en pleine face, elle nous traverse, elle nous ébranle. Ajoutons que la création lumière de Laurent Vergnaud décuple l’émotion , non moins que la vidéo qui embrase la scène finale
Michèle Bigot

09.11-03.12.21

cielesbruitsdelarue.com
Distribution
Texte, mise en scène et jeu: Dieudonné Niangouna
Création lumière: Laurent Vergnaud
Création vidéo: Sean Hart

Spectacle créé le 15 juin 2021 à Les Bancs Publics – Festival Les Rencontres à l’échelle

Production
Production: Compagnie Les Bruits de la Rue