Césaire et ses héritiers

Douze ans après sa mort, le 17 avril 2008, l’écrivain et homme politique martiniquais Aimé Césaire est l’objet d’un documentaire diffusé  ce jeudi soir sur France Ô à 20h 55.

— Par Sabine Gignoux —

Décédé il y a douze ans, le 17 avril 2008, Aimé Césaire est à l’honneur ce soir… mais sur France Ô, comme si sa voix puissante ne concernait plus aujourd’hui que les territoires d’outre-mer ! Pourtant ce documentaire, en donnant la parole à plusieurs de ses héritiers, montre l’universalité de son message qui résonne autant chez des personnalités antillaises, comme l’ancien footballeur Lilian Thuram ou la journaliste Audrey Pulvar, que chez le Calédonien Emmanuel Kasarhérou, directeur adjoint des collections au Musée du Quai-Branly, la comédienne d’origine sénégalaise Aïssa Maïga, l’écrivaine franco-marocaine Zineb El Rhazoui ou le chanteur Arthur H.

Portrait attachant d’un esprit ironique

Résumer en une heure la personnalité foisonnante de Césaire est une gageure. On aurait aimé entendre ainsi davantage la force poétique et provocante de ses mots qui fascinèrent André Breton. On aurait voulu voir mieux célébrée son œuvre théâtrale et poétique. Par petites touches, Isabelle Simeoni et Fabrice Gardel parviennent tout de même à dresser le portrait attachant de ce jeune normalien, défenseur de la « négritude » avec ses amis Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas et Alioune Diop. Un homme ardent, épris de liberté, qui dénonça, comme député à l’Assemblée dès 1950, les violences du colonialisme. Puis rompit, en 1956, avec le Parti communiste français face aux crimes du stalinisme. Un esprit ironique aussi qui bouda l’Académie et redoutait de se voir statufié en « chantre de la négritude ».

Un certain goût du pouvoir

Le documentaire échappe à ce travers. Il ne cache pas le machisme d’Aimé Césaire et l’effacement, dans son ombre, de son épouse Suzanne Roussi, pourtant très engagée. Il souligne son goût du pouvoir, qui le fit s’accrocher à la mairie de Fort-de-France, pendant plus d’un demi-siècle, jusqu’à l’âge de 88 ans. Les Martiniquais, qui ont accompagné son cercueil en grand nombre, ne lui en ont pas tenu rigueur. « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche », avait écrit Césaire, orateur et leader inspirant pour notre monde métissé.

Sabine Gignoux

Jeudi 16 avril à 20 h 55 sur France Ô

Source : LaCroix.com

 

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Décès de Jacques Césaire
Fils aîné des six enfants du poète Aimé Césaire, Jacques Césaire est décédé mercredi 15 avril à Fort-de-France à l’âge de 82 ans.
Né en mai 1938, Jacques Césaire a développé sa carrière dans le monde de l’audiovisuel, particulièrement au Sénégal, avant d’occuper le poste de directeur du service artistique de RFO Martinique et de France Télévisions outre-mer.
Il a également aidé de nombreux artistes et contribué à la naissance de plusieurs festivals dont le festival de jazz de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.
Madinin’Art présente ses condoléances à sa famille.