Catégorie : Echos d’éco

Adhésion de la Martinique à la CARICOM

Analyse prospective des Enjeux historiques, économiques et géopolitiques de l’Intégration régionale (2025-2035)

— Par Justin Daniel (*) —

L’adhésion de la Martinique à la Communauté des Caraïbes (CARICOM) en tant que membre associé, officialisée le 20 février 2025 à Bridgetown (Barbade), marque un tournant dans l’histoire des collectivités françaises d’Amérique (CFA). L’accord signé par le président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), Serge Letchimy, et par la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, ne se limite pas à une simple formalité diplomatique ou à une victoire symbolique. Il marque le point culminant d’une stratégie de «diplomatie territoriale» élaborée sur plus de deux décennies et visant à sortir la Martinique de son isolement régional pour la réintégrer dans son «bassin maritime transfrontalier». Malgré l’élan politique et les discours sur la «fraternité caribéenne», des obstacles techniques, juridiques et économiques d’une ampleur intimidante se dressent. La Martinique, région ultrapériphérique (RUP) de l’Union européenne, tente ici une manœuvre inédite : concilier son appartenance verticale à l’ensemble juridique et économique européen avec une intégration horizontale dans l’espace caribéen.

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Loi sur l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer

« Pour la Guyane, ce serait moins un levier d’émancipation qu’une nouvelle forme de dépendance »

Une ribune collective  a été publiée dans Le Monde le 28 janvier 2026, signée par des responsables d’ONG environnementales, de collectifs citoyens et de représentants des peuples autochtones. Elle s’inscrit dans le débat parlementaire autour d’une proposition de loi examinée au Sénat le 29 janvier 2026, visant à lever l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer, interdiction issue de la loi Hulot de 2017.

Les auteurs dénoncent une proposition de loi qui, sous couvert de développement économique, reproduirait des logiques extractivistes anciennes, renforçant la dépendance économique et politique de la Guyane et des autres territoires ultramarins, au détriment de l’environnement, de la démocratie locale et de la transition écologique.

  1. Un mirage économique

    • Les gisements pétroliers en Guyane sont hypothétiques, comme l’a montré l’échec des explorations de TotalEnergies en 2019.

    • Les bénéfices annoncés sont jugés largement surestimés et mal répartis : la Guyane supporterait les risques environnementaux pour une part marginale des recettes fiscales (environ 6 %).

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La Martinique sur la voie de la CARICOM

Chronique d’une adhésion historique et stratégique

— Par Jean Samblé —

L’adhésion de la Martinique à la Communauté des Caraïbes (CARICOM) constitue l’une des évolutions géopolitiques et institutionnelles les plus marquantes de son histoire contemporaine. Elle est l’aboutissement d’un long cheminement, à la fois juridique, diplomatique et politique, qui traduit une volonté affirmée de réinscrire pleinement le territoire dans son environnement caribéen naturel, longtemps tenu à distance par les héritages coloniaux et les cadres institutionnels européens.

Un processus engagé de longue date

Dès 2012, la France donne son feu vert à la demande de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) visant à engager un rapprochement formel avec la CARICOM. Cette autorisation marque un premier tournant, reconnaissant la légitimité pour un territoire ultramarin français de renforcer son intégration régionale. Toutefois, la démarche s’annonce complexe. La CARICOM, créée par le traité de Chaguaramas en 1973, est une organisation intergouvernementale dont les membres à part entière sont exclusivement des États souverains. La Martinique, territoire non indépendant, ne peut donc prétendre qu’au statut de membre associé.

Ce statut spécifique, déjà accordé à d’autres territoires non souverains de la région, permet une participation active aux travaux de la communauté sans remise en cause de l’ordre institutionnel existant.

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Antilles-Guyane : le pari Mercosur

Pourquoi l’accord du Mercosur est une chance à saisir pour le développement économique des Antilles-Guyane ?

— Par Jean-Marie Nol —

L’accord d’association entre l’Union européenne et le Mercosur, longtemps perçu en France hexagonale comme une menace pour certaines filières agricoles traditionnelles, pourrait paradoxalement constituer une opportunité stratégique majeure pour la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, à condition d’en changer radicalement la lecture et l’usage économique. Dans ces territoires ultramarins, où le modèle économique hérité de la départementalisation repose historiquement sur l’importation massive de biens, la production agricole ainsi que la consommation subventionnée et un secteur tertiaire hypertrophié, l’ouverture commerciale avec l’Amérique du Sud peut devenir le levier d’un basculement vers un nouveau modèle économique productif fondé sur la transformation industrielle locale et la création de valeur ajoutée.
Le Mercosur regroupe des puissances agricoles mondiales, au premier rang desquelles le Brésil et l’Argentine, capables de produire en quantité et à des coûts très compétitifs des matières premières agricoles. L’accord conclu avec l’Union européenne, aujourd’hui en attente de ratification définitive assortie d’un protocole environnemental sur les normes , prévoit une suppression progressive de la quasi-totalité des droits de douane entre les deux blocs.

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Clap de fin pour le modèle économique et social de la départementalisation ?

— Par Jean-Marie Nol —

Nous sommes à un point de bascule avec le changement de paradigme économique induit par le nouvel ordre mondial et l’intelligence artificielle, avec pour voie de conséquence la remise en cause du modèle  de la départementalisation en corrélation avec le changement statutaire.

La Guadeloupe et la Martinique se trouvent aujourd’hui à la croisée de plusieurs ruptures historiques qui, mises bout à bout, annoncent la fin progressive d’un modèle économique hérité de la départementalisation et l’entrée, contrainte plus que choisie, dans un nouveau paradigme façonné par la révolution numérique et l’intelligence artificielle. L’Intelligence Artificielle va bouleverser le socle du financement du modèle social de la départementalisation en Guadeloupe, mais personne n’ose encore parler. C’est le modèle économique et social de la Guadeloupe et de la Martinique qui est menacé dans ses fondements. L’intelligence artificielle est en train de s’imposer en Guadeloupe et Martinique dans beaucoup d’activités en modifiant profondément l’organisation du travail, mais l’IA va aussi nous obliger à changer profondément la fiscalité, ce dont personne ne parle. L’arrivée très rapide de l’intelligence artificielle dans les entreprises, les services de l’administration et la vie quotidienne a déjà alimenté une multitude de débats sur les mutations que cette technologie va entraîner dont l’apparition d’une nouvelle économie et une rupture de notre actuel modèle économique :

 l’économie repose aujourd’hui sur un contrat simple — on échange son travail, mental ou physique, contre un salaire.

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Vieillissement, dette et dépendance : les vrais défis des Antilles

Des effets pervers de la dangereuse fuite en avant des élus dans l’exercice des compétences locales ?

— Par Jean-Marie Nol —

L’idée d’une autonomie accrue pour la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane revient avec insistance dans le débat public, portée par des discours identitaires ou présentée comme une réponse aux blocages du modèle actuel de départementalisation . Pourtant, cette revendication se heurte à une réalité beaucoup plus brutale : celle de territoires déjà en grande difficulté dans l’exercice même des compétences dont ils disposent aujourd’hui. Poser la question d’un élargissement des pouvoirs locaux sans avoir préalablement réglé les dysfonctionnements structurels de la gouvernance, de l’économie et des finances publiques relève moins d’une stratégie de développement que d’une fuite en avant.

Les Antilles françaises ne traversent plus une simple zone de turbulences conjoncturelles. Elles sont engagées dans un basculement structurel profond, marqué par l’épuisement d’un modèle économique fondé sur la consommation, les transferts sociaux et la dépendance à la commande publique. La perspective d’une récession sévère à partir de 2028, dans un contexte d’austérité budgétaire inévitable en France, n’est plus une hypothèse théorique.

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53 milliardaires français possèdent plus de richesses que 32 millions de Français

Rapport Oxfam 2026 : l’ascension des milliardaires menace la démocratie mondiale

Dans son rapport publié le 19 janvier 2026, Oxfam dresse un constat alarmant : jamais les inégalités économiques et politiques n’ont atteint un tel niveau. Intitulé « Résister au règne des plus riches : défendre la liberté contre le pouvoir des milliardaires », le document montre comment l’explosion de l’ultra-richesse nourrit la pauvreté, affaiblit les États et met en danger les fondements mêmes de la démocratie.

Une concentration de richesses sans précédent

L’année 2025 marque un tournant historique. Pour la première fois, le monde compte plus de 3 000 milliardaires, dont la fortune cumulée atteint 18 300 milliards de dollars, un record absolu. En un an, leur patrimoine a progressé de 16 %, soit 2 500 milliards de dollars supplémentaires, une augmentation trois fois plus rapide que durant les cinq années précédentes. Cette somme colossale équivaut presque à la richesse détenue par la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit plus de quatre milliards de personnes.

Oxfam souligne un chiffre particulièrement frappant : les 12 personnes les plus riches du monde possèdent à elles seules davantage que la moitié la plus pauvre de la population mondiale.

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La dette comme impensé politique : chronique d’une austérité annoncée

L’outre-mer sur la sellette avec la politique budgétaire de l’État qui préfigure d’ores et déjà en 2028 une violente crise d’austérité pour la Guadeloupe et la Martinique.

— Par Jean-Marie Nol —

Le budget actuellement débattu apparaît moins comme un exercice de redressement des finances publiques que comme un budget de renoncements successifs, révélateur d’une incapacité persistante de l’État à se projeter au-delà de l’urgence politique immédiate. Derrière l’affichage d’une trajectoire de déficit prétendument maîtrisée et la répétition incantatoire de l’objectif de retour sous la barre des 5 % du PIB, se dessine une réalité beaucoup plus préoccupante : celle d’un pays qui ne prépare en rien le choc budgétaire désormais inévitable à partir de 2028, faute d’économies structurelles, de réformes de fond et surtout d’une stratégie crédible de désendettement.

La question de la dette publique est traitée comme un sujet périphérique alors qu’elle constitue le cœur du problème. En dépit des engagements pris dans le cadre du nouveau traité européen, le gouvernement n’a apporté aucune démonstration tangible de sa capacité à inverser durablement la dynamique de l’endettement. Les choix opérés privilégient une opération de compromis et une logique d’équilibre politique à court terme : renoncement à certaines recettes fiscales pour éviter la censure, maintien ou extension de dépenses sociales significatives, et recours à des mesures temporaires comme la surtaxe ciblant un nombre limité de grandes entreprises, érigée en variable d’ajustement commode mais insuffisante.

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Le néolibéralisme contre le lien social

Comment l’égoïsme et l’individualisme inhérent au modèle économique du néo libéralisme fracture la société antillaise et la conduit désormais à une violence inarrêtable ?

— Par Jean-Marie Nol —

La société antillaise, et singulièrement la Guadeloupe, semble aujourd’hui engagée dans un processus de délitement profond dont la montée spectaculaire de la violence juvénile n’est que la manifestation la plus visible et la plus tragique. Les faits divers se succèdent à un rythme qui sidère autant qu’il inquiète : meurtres par arme à feu, règlements de comptes, banalisation de la mort violente dans des communes autrefois perçues comme paisibles. Le quatrième décès par balle enregistré dès les premières semaines de l’année en Guadeloupe n’est pas un accident de parcours, ni un simple échec ponctuel des politiques de sécurité publique. Il est le symptôme d’une rupture beaucoup plus profonde, enracinée dans les transformations économiques, sociales et morales imposées depuis plusieurs décennies par le modèle néolibéral français et sa déclinaison ultramarine.
Face à cette violence devenue structurelle, l’impuissance affichée de l’État et des élus locaux nourrit un sentiment de sidération collective. Pourtant, cette impuissance n’est pas seulement institutionnelle, elle est conceptuelle.

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L’imposture idéologique et méthodologique de l’économie mainstream

— Par Nestor Radjou, mathématicien et économiste —

Alors qu’il est indispensable de développer en Guyane l’esprit rationnel et critique, l’enseignement académique et les médias français imposent et enferment la pensée populaire guyanaise dans la vision dogmatique de l’économie mainstream, d’inspiration néolibérale (le modèle standard actuel en Occident). Pourtant, il existe d’autres approches de l’économie, que cette théorisation de l’économie au service du capitalisme libéral, dont le principal corollaire est la politique de l’offre et de la croissance. Or, pour industrialiser et développer la Guyane, il nous faut absolument changer nos grilles d’analyse et les adapter à notre contexte régional. Nous ne pouvons pas assimiler la production occidentale des connaissances sans nous questionner sur leurs fondements et leur adaptabilité à notre environnement. Dans cette perspective, et au vu des égoïsmes, des inégalités et des insécurités que nourrissent les politiques libérales mises en œuvre, nous ne pouvons pas nous dispenser d’une réflexion sur l’économie libérale et ses alternatives.

Tout d’abord, l’économie nous concerne tous et nous en sommes les principaux acteurs. Elle imprègne notre vie quotidienne et nous implique en tant que producteur, consommateur, salarié … et même comme électeur, puisqu’il s’agit toujours d’un choix de société, dont l’économie est le substrat.

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L’interrègne antillais

Un nouveau monde est entrain de naître aux Antilles : lignes de force, lignes de fracture ?

— Par Jean-Marie Nol —

Le vieux monde de la départementalisation se meurt, un nouveau monde chaotique est entrain de naître , alors de fait , quelles sont les lignes de force du changement de paradigme du désengagement de l’État français en cours en Guadeloupe et Martinique ?

La Guadeloupe et la Martinique abordent l’année 2026 dans un climat de trouble profond et de violence , nourri par l’intuition diffuse que quelque chose d’essentiel sur le plan politique et sociétal est en train de se défaire dans l’ordre du monde. Longtemps, les sociétés antillaises ont vécu dans un cadre relativement stabilisé, protégées des grands soubresauts géopolitiques et économiques par la solidité des institutions françaises, par l’appartenance à l’Union européenne, par un modèle social généreux et par un niveau de vie sans équivalent dans la région caribéenne. Cette situation, héritée de la départementalisation, a permis d’assurer une relative paix sociale, d’élever les conditions matérielles d’existence et de contenir les fractures issues de l’histoire longue de l’esclavage et de la colonisation.

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Antilles et Guyane à l’heure du monde dur

Le nouvel ordre mondial qui se dessine devrait inciter les élus et intellectuels Antillo – guyanais à l’heure de nouveaux choix parmi les plus clairvoyants. 

— Par Jean-Marie Nol —

L’instauration d’un nouvel ordre mondial et la fin de la mondialisation telle qu’elle s’est structurée depuis la fin de la guerre froide n’ouvre pas une ère de souverainetés retrouvées, mais inaugure au contraire une phase de brutalisation des rapports de force où la puissance technologique, financière et militaire prime désormais sans fard sur le droit, les règles communes et les récits universalistes. Cette mutation affecte directement la France et surtout l’Union européenne, conçue pour un monde de compromis multilatéraux et de commerce pacifié, mais elle produit un effet encore plus déstabilisant dans ses marges ultramarines, en Guyane et aux Antilles françaises, où les anciens schémas de la décolonisation se heurtent frontalement à la réalité d’un retour des empires.

Le monde et particulièrement l’Europe traversent aujourd’hui un moment de bascule historique. Pour la première fois depuis 1945, les piliers qui ont fait son succès – la paix, la prospérité, la prévisibilité stratégique et la croyance dans le primat du droit – vacillent simultanément.

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Antilles françaises : l’avertissement vénézuélien

Le droit international est mort : alors quels enseignements tirer pour les Antilles françaises du retour de la politique du Big Stick des USA dans la caraïbe et notamment au Venezuela ?

— Par Jean-Marie Nol —

L’intervention militaire américaine au Venezuela, annoncée comme une « attaque de grande envergure » ayant conduit à l’enlèvement du président Nicolas Maduro ainsi que de son épouse, marque un tournant brutal et sans ambiguïté dans la géopolitique régionale. Elle signe le retour assumé de la diplomatie de la force dans la Caraïbe, renouant avec une tradition interventionniste ancienne des États-Unis, théorisée au début du XXe siècle par Theodore Roosevelt sous le nom de politique du Big Stick autrement dit du « gros bâton » . Derrière les discours officiels invoquant la lutte contre le narcotrafic, la défense des droits humains ou la restauration de la démocratie, se dessine une réalité plus crue : celle du rapport de force, de la captation des ressources stratégiques et de la sécurisation des zones d’influence dans un monde redevenu ouvertement impérial, et surtout contrer l’influence chinoise dans la zone de l’Amérique du Sud .

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Guadeloupe et Martinique : La montée en puissance d’une classe moyenne

En 2026 , la surprenante résilience matérielle de la classe moyenne des Antilles à la crise ne doit pas être masquée par des considérations politiques et idéologiques.

— Par Jean-Marie Nol —

La montée en puissance de la classe moyenne en Guadeloupe et en Martinique depuis plusieurs décennies ne relève plus aujourd’hui d’un simple ressenti sociologique ni d’une construction intellectuelle défensive face aux crises contemporaines. Elle s’observe de manière concrète, mesurable et quotidienne dans les pratiques de consommation, les choix patrimoniaux et les comportements économiques des ménages. En dépit d’un discours dominant insistant sur l’inflation, la vie chère et l’essoufflement supposé du modèle départemental, les faits traduisent une réalité bien plus complexe et souvent dérangeante pour ceux qui ont fait de la dénonciation permanente du système un levier idéologique. Loin d’un effondrement social, la Guadeloupe et la Martinique donnent à voir l’existence d’un pouvoir d’achat réel, concentré mais suffisamment diffus pour structurer durablement la société antillaise autour d’une classe moyenne désormais centrale.

La consommation de champagne constitue à cet égard un indicateur emblématique. En 2025, plus de trois millions de bouteilles ont été importées sur les deux territoires, soit près de cinq bouteilles par habitant, plaçant la Guadeloupe et la Martinique en tête du palmarès mondial de la consommation proportionnelle de ce vin effervescent d’exception.

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Enquête « Consommation et budget » dans la commune du Lorrain

La Commune du Lorrain (Martinique) informe la population de la réalisation de l’enquête statistique « Consommation et budget », également appelée Enquête Budget de famille, menée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

Cette enquête, obligatoire et reconnue d’intérêt général, se déroulera du 1er janvier au 31 décembre auprès d’un échantillon de logements tirés au hasard dans la commune.

Elle a pour objectif de mieux connaître les habitudes de consommation et les budgets des ménages : dépenses liées au logement, aux transports, à l’alimentation, à l’habillement, ainsi qu’aux achats de biens et services. Les résultats permettront de comparer les modes de consommation selon le revenu, l’âge ou le territoire et contribueront notamment au calcul de l’indice des prix à la consommation.

Les ménages concernés recevront un courrier de l’Insee. Un enquêteur habilité, tenu au secret professionnel et muni d’une carte officielle, prendra ensuite contact afin de fixer un rendez-vous.
L’enquête comprend deux entretiens en face-à-face et une période durant laquelle les participants devront noter leurs dépenses pendant une semaine, soit sur un carnet, soit via une application mobile.

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L’autonomie comme défausse politique

Autonomie : une opportunité ou un piège délibéré pour les Antilles ?

— Par Jean-Marie Nol —

Avec l’autonomie politique voulue par les élus avec l’acquiescement tacite de l’État français , semble se dessiner la fin du modèle de départementalisation, et la paupérisation de la classe moyenne .

Cette manœuvre politique avec à la clé l’effacement relatif de toute solidarité nationale, marque subrepticement une volonté de substitution du modèle actuel de consommation à un autre modèle dit de production .

La crise silencieuse qui s’installe en Guadeloupe et en Martinique ne peut plus être analysée comme une simple défaillance conjoncturelle ni comme la conséquence abstraite de forces économiques mondialisées échappant à toute maîtrise politique. Elle est avant tout le produit d’un système économique construit, organisé et consolidé dans le temps par des choix politiques assumés, au premier rang desquels ceux de l’État français dans le cadre de la départementalisation. Les blocages actuels, l’extraversion de l’économie, la faiblesse chronique de l’appareil productif local et l’incapacité croissante à intégrer les jeunes diplômés dans le monde du travail engagent donc directement la responsabilité politique de l’État, non comme simple acteur parmi d’autres, mais comme architecte central du modèle en vigueur.

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Le désengagement des millionnaires antillais : un problème structurel

Pourquoi les antillais exilés en France et à l’étranger n’investissent pas aux Antilles, alors comment expliquer cette absence de patriotisme ?

— Par Jean-Marioe Nol —

L’absence quasi totale d’investissement aux Antilles de la part de personnalités millionnaires originaires de Guadeloupe et de Martinique, installées durablement en France hexagonale ou à l’étranger, constitue aujourd’hui un angle mort du débat public, rarement abordé frontalement tant il met en tension les discours identitaires, la responsabilité individuelle des élites économiques et les failles structurelles du modèle de développement antillais. Cette question dérange, car elle oblige à dépasser l’explication confortable d’un territoire prétendument « peu attractif » pour interroger un phénomène plus profond : celui d’un désengagement volontaire, rationnel et assumé, de celles et ceux qui disposent pourtant du capital financier, symbolique et relationnel susceptible de transformer durablement l’économie locale.

L’attractivité d’un territoire se mesure d’abord à sa capacité à capter des investissements durables, et notamment des investissements directs étrangers, entendus comme des prises de participation significatives dans le capital d’entreprises locales permettant d’influer sur leur gouvernance et leur stratégie. Investir n’est jamais un acte neutre : c’est un pari sur la stabilité institutionnelle, la lisibilité des règles, la qualité du capital humain et la profondeur des marchés.

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Guadeloupe–Martinique : sortir de l’économie de dépendance

Le combat contre la vie chère est une impasse tant que le modèle économique antillais demeure inchangé.
— Par Jean-Marie Nol —

La vie chère aux Antilles n’est ni un accident conjoncturel ni une dérive temporaire des marchés, mais l’expression la plus visible d’un modèle économique profondément déséquilibré, hérité de l’histoire coloniale et perpétué sous des formes modernes. En Martinique comme en Guadeloupe, le combat contre la cherté de la vie revient de manière cyclique dans le débat public, porté par des mobilisations populaires, des négociations institutionnelles et des promesses politiques de textes de lois récurrentes. Pourtant, malgré l’intensité des colères et la légitimité des revendications, rien ne change fondamentalement. Les prix restent durablement plus élevés qu’en France hexagonale, le pouvoir d’achat s’érode et le sentiment d’injustice sociale s’enracine. Cette répétition de l’échec n’est pas le fruit du hasard : elle révèle une impasse structurelle.

Le coût de la vie aux Antilles est sensiblement supérieur à celui de l’Hexagone, avec des écarts sur l’alimentation qui atteignent en moyenne plus de 40 % selon les données de l’Insee. Cette situation est souvent expliquée par des facteurs techniques — éloignement géographique, surcoûts de transport, petitesse des marchés, faibles volumes importés — qui, bien que réels, ne constituent que la surface du problème.

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Changer de statut, fuir l’essentiel ?

Ary Chalus vs Guy Losbar, où l’art de la rupture consommée sans le dire ouvertement, mais à demi mot .

— Par Jean-Marie Nol —

Le slow dumping est un processus indirect et progressif par lequel un partenaire prend ses distances. C’est là exactement le cas de figure qui se profile entre le président du conseil régional et le président du conseil départemental de la Guadeloupe.La Guadeloupe donne aujourd’hui le sentiment paradoxal de consacrer une énergie considérable à penser son avenir institutionnel tout en dilapidant ce qui devrait constituer sa ressource la plus rare : le temps long de la vision prospective. Dans un contexte marqué par la désorganisation des priorités publiques et par une incapacité chronique à hiérarchiser les urgences économiques et sociales, le débat institutionnel semble avancer comme une évidence politique, alors même qu’il repose sur des postulats fragiles. Or, dans un territoire où la perte de productivité, l’inefficacité administrative et la mauvaise allocation du temps institutionnel coûtent cher, récupérer ne serait-ce que 10 % d’heures utiles pourrait suffire à relancer la croissance, créer de l’emploi et dégager des marges de manœuvre pour financer des politiques publiques plus ambitieuses et plus efficaces.

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La crise de l’igname en Martinique : un héritage local en péril

Les fêtes de fin d’année approchent, et avec elles, l’espoir de déguster des plats traditionnels à base d’ignames locales. Pourtant, cette année encore, les tables martiniquaises risquent de se voir privées de cette précieuse racine, autrefois symbole de notre culture culinaire. Si les ignames péyi, cultivées sur notre sol, ont toujours occupé une place de choix dans les assiettes locales, la production s’effondre sous le poids de deux maladies dévastatrices : la rouille et l’anthracnose.

Des maladies dévastatrices

L’agriculteur Éric Fage, installé au Vauclin, déclare dans France Antilles avoir vu ses terres ravagées par ces infections fongiques. La rouille, notamment, a attaqué ses plantations d’ignames, et en particulier l’igname portugaise, sur laquelle il fondait ses espoirs économiques. Après plusieurs tentatives infructueuses de relance, il n’a plus que quelques variétés résistantes à cultiver, telles que l’igname jaune de Guinée. Malheureusement, même cette variété se trouve aujourd’hui menacée, victime de la rouille qui continue de détruire les récoltes avant leur maturation complète.

« J’avais quatre variétés de Saint-Vincent, l’igname atoutan, la portugaise, mais aussi la dominiquaise et l’igname jaune. Aujourd’hui, je n’arrive plus à produire qu’une petite quantité », se désole-t-il.

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GBH dans le viseur de la justice financière

Le groupe Bernard Hayot visé par une enquête judiciaire pour pratiques anticoncurrentielles et escroquerie présumée

Le groupe Bernard Hayot (GBH), acteur majeur de la distribution et de l’automobile en outre-mer, fait désormais l’objet d’une information judiciaire ouverte par le parquet national financier. La procédure, engagée au mois d’août et confiée à des juges d’instruction parisiens, porte sur des soupçons d’escroquerie en bande organisée, d’abus de position dominante et d’entente, en particulier dans le secteur automobile ultramarin.

Selon des éléments révélés par le journal Libération, les activités automobiles du groupe seraient au cœur des investigations. Les concessions détenues par GBH, qui occupent une place prépondérante sur ces marchés, dégageraient des marges nettement supérieures à celles observées en France hexagonale, pouvant aller jusqu’à trois ou quatre fois plus. Les enquêteurs s’intéressent notamment à de possibles déclarations trompeuses de certains concessionnaires, soupçonnés d’avoir minoré leurs marges réelles auprès des constructeurs automobiles.

La justice cherche également à déterminer s’il a pu exister des accords illicites entre GBH et d’autres acteurs économiques locaux, susceptibles de fausser la concurrence dans plusieurs territoires ultramarins. Ces soupçons s’inscrivent dans un contexte de critiques récurrentes visant le groupe, régulièrement accusé par des syndicats, des élus et des associations de contribuer au niveau élevé des prix, notamment aux Antilles.

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Liquidation de Lasotè : la fin d’une structure, pas d’un héritage

Liquidation judiciaire de Lasotè : la fin d’une structure emblématique du Nord-Caraïbe, l’héritage d’une culture toujours vivante

— Par Jean Samblé —

Le tribunal mixte de commerce de Fort-de-France a prononcé, le 17 décembre, la liquidation judiciaire de l’association Lasotè, mettant un terme à une aventure associative et culturelle majeure en Martinique. Malgré un sursis accordé à l’automne, la structure n’est pas parvenue à redresser une situation financière devenue critique. Endettée à hauteur de plus de 1,2 million d’euros, Lasotè n’a pas réussi à mobiliser les ressources nécessaires pour poursuivre ses activités, entraînant la cessation définitive de son fonctionnement et le licenciement de ses quatre derniers salariés.

Placée en redressement judiciaire depuis le mois de juin, l’association faisait face à un passif lourd, composé en grande partie de charges sociales et de subventions non recouvrées, notamment celles issues du Fonds social européen (FSE), via la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM). Un contentieux administratif opposant Lasotè à la CTM sur le versement de ces fonds a pesé durablement sur la trésorerie de la structure. Malgré les efforts de la direction et la reconnaissance, par le tribunal, du caractère actif et emblématique de l’association, le délai supplémentaire accordé n’a pas permis d’inverser la tendance.

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Quand l’histoire empêche la bourgeoisie

Analyse inédite du rôle historique de la bourgeoisie locale dans la perte de contrôle de l’économie de la Guadeloupe .

— Par Jean-Marie Nol —

Le paysage économique guadeloupéen contemporain, marqué par la domination d’intérêts martiniquais békés et de groupes métropolitains, ne peut être compris sans revenir à une donnée structurante et largement méconnue du débat public : l’absence durable d’une bourgeoisie nationale endogène capable de se reproduire, de s’organiser et de porter un projet politique et économique autonome. Cette absence n’est ni le fruit d’une fatalité culturelle ni celui d’un simple retard de développement, mais le résultat d’un enchaînement historique singulier, violent et profondément différencié de celui qu’a connu la Martinique, qui a brisé très tôt les conditions matérielles et symboliques de l’émergence d’une classe bourgeoise guadeloupéenne au sens plein du terme.

Dans toutes les sociétés capitalistes, la bourgeoisie ne se définit pas seulement par la richesse, mais par un faisceau de caractéristiques objectives : la détention durable des moyens de production, la capacité à transmettre un capital économique et symbolique sur plusieurs générations, l’existence de lignées familiales solidement ancrées dans un territoire, une sociabilité spécifique, des réseaux d’alliance et une conscience de classe suffisamment structurée pour produire une idéologie justifiant sa domination.

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De la plantation à la consommation : l’évolution de la classe moyenne

Le poids économique singulier de la classe moyenne de la Guadeloupe qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans la Caraïbe.

— Par Jean-Marie Nol —

Au cœur de la société guadeloupéenne, la classe moyenne occupe une place singulière dont le poids économique et social ne trouve que peu d’équivalents dans l’ensemble de la région caraïbe. Loin d’être une catégorie marginale ou en voie de dissolution, elle constitue au contraire un socle central, à la fois numériquement, culturellement et symboliquement, qui structure les dynamiques de consommation, d’éducation, de mobilité et de cohésion sociale de l’archipel. Alors que dans la France hexagonale la classe moyenne est souvent décrite comme fragilisée, inquiète de son avenir et menacée de déclassement, la Guadeloupe présente un visage contrasté, marqué par une résistance relative à ces tendances lourdes et, sur certains indicateurs, par une progression tangible de cette catégorie socio-économique.

Par définition, la classe moyenne regroupe la population située au centre de l’échelle sociale, entre les 30 % les plus modestes et les 20 % les plus aisés. En 2024, selon l’Observatoire des inégalités, elle correspond à des niveaux de vie mensuels compris entre 1 530 et 2 787 euros pour une personne seule, entre 2 300 et 4 200 euros pour un couple sans enfant, et entre 3 800 et 7 000 euros pour un couple avec deux enfants.

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La pauvreté en Martinique : un enjeu social et économique complexe

— Par Jean Samblé —

La pauvreté en Martinique, comme dans de nombreux autres départements d’Outre-Mer, est une réalité profondément ancrée, qui touche une large proportion de la population. Malgré des progrès dans certains domaines, les défis économiques, sociaux et structurels demeurent majeurs. Selon les données récentes de l’Insee et d’autres études sur les inégalités dans les DOM, la Martinique présente des caractéristiques spécifiques, à la fois dans les causes et les impacts de la pauvreté. L’île fait face à une pauvreté relative marquée, exacerbée par la faiblesse des revenus, le chômage, le travail précaire, et les disparités sociales. Une analyse plus poussée de cette situation montre qu’il s’agit d’un phénomène multiforme, dont les conséquences affectent durablement la vie des Martiniquais.

Le contexte économique : des revenus disparates

Le niveau de vie des habitants de la Martinique est significativement inférieur à celui observé en France métropolitaine. En 2017, le revenu médian des Martiniquais était d’environ 1 360 euros par mois, soit près de 20 % de moins que celui des métropolitains (1 700 euros par mois). Ce faible niveau de vie est l’une des causes principales de la pauvreté, mais il en est aussi une conséquence : la faible rémunération générale des emplois locaux, couplée à une économie peu diversifiée et fortement dépendante des secteurs publics et parapublics, limite les perspectives de croissance économique et l’accès à des emplois bien rémunérés pour une large part de la population.

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