Catégorie : Les chroniques de Jean-Marie Nol

Qui Sommes-Nous Devenus ?

Si la victoire idéologique de l’assimilation s’avère désormais incontestable , mais alors quid de la pertinence du concept en gestation de créolisation qui devrait changer la donne pour la nouvelle génération des Antilles ?

— Par Jean-Marie Nol —

Longtemps, le combat identitaire aux Antilles françaises s’est présenté comme une résistance à l’assimilation. Il s’agissait de préserver une mémoire, une culture, une langue, une manière d’être au monde face à la puissance uniformisatrice du modèle républicain français. Depuis la départementalisation de 1946, la Guadeloupe et la Martinique ont été intégrées à la République dans une logique d’égalité juridique et sociale qui, pendant plusieurs décennies, a profondément transformé les sociétés antillaises. L’accès aux services publics, à l’éducation, à la consommation de masse et à la mobilité sociale a produit une élévation du niveau de vie, mais aussi une mutation silencieuse des imaginaires. Car derrière l’égalité promise, l’assimilation culturelle a progressivement imposé ses normes, ses références et ses modèles de réussite. Aujourd’hui, force est de constater que cette assimilation a largement gagné la bataille des modes de vie, même si elle n’a jamais totalement effacé le besoin de reconnaissance identitaire.

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Mémoire contre développement

Quand la quête mémorielle devient obstacle à toute pensée en capacité de se projeter sur l’avenir du développement économique ?

— Par Jean-Marie Nol —
La Guadeloupe vit aujourd’hui une contradiction silencieuse mais profonde : jamais le devoir de mémoire n’a été aussi présent dans le débat public, et jamais, dans le même temps, l’avenir économique et social du territoire n’a semblé aussi incertain. La mémoire collective de l’esclavage, de la colonisation, des humiliations historiques et des blessures identitaires occupe en ce mois de mai une place centrale dans le discours politique, culturel et militant. Pourtant, à mesure que cette mémoire devient le principal prisme d’analyse du présent, une question dérangeante s’impose progressivement : et si le passé, lorsqu’il devient une obsession permanente, finissait par empêcher la société guadeloupéenne de construire son avenir ?
Les neurosciences contemporaines apportent un éclairage particulièrement intéressant sur cette interrogation. Contrairement à l’idée longtemps admise d’une mémoire figée, les chercheurs montrent aujourd’hui que les souvenirs se reconstruisent continuellement. Le passé n’est pas un fichier immobile conservé intact dans l’esprit humain ; il est réinterprété à chaque rappel, influencé par les émotions, les discours, les relations sociales et les préoccupations du présent.

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Antilles-Guyane : penser le monde tel qu’il est

Quels sont les enseignements doctrinaux à tirer pour les intellectuels des Antilles -Guyane, de la nouvelle realpolitik mondiale, et de la fin programmée de l’idéologie tiers mondiste ?

— Par Jean-Marie Nol —

Le retour en force de la realpolitik dans les relations internationales marque une rupture profonde avec les cadres idéologiques qui ont structuré une grande partie du débat politique dans la seconde moitié du XXe siècle. Alors dans ce contexte que signifie encore de faire état d’un quelconque projet de société pour la Guadeloupe et la Martinique qui pourrait se réduire à être une utopie vide de sens. Force est de souligner que nous sommes aujourd’hui confronté à une refondation doctrinale de la pensée aux Antilles -Guyane. Longtemps dominé par des lectures morales, idéologiques ou héritées des luttes de décolonisation, l’ordre mondial se recompose désormais autour d’un principe beaucoup plus brut : celui du rapport de force. Dans cette nouvelle configuration, les États ne se définissent plus prioritairement par leurs valeurs affichées, mais par leur capacité à peser économiquement, militairement et stratégiquement. La realpolitik, entendue comme la primauté des intérêts nationaux sur les considérations politiques et idéologiques, s’impose ainsi comme la grille de lecture dominante d’un monde redevenu conflictuel, hiérarchisé et structuré par des blocs de puissance .

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La Guadeloupe n’hésite pas, elle avance

La Guadeloupe , une entité géopolitique européenne atypique ou une future composante politique et économique de la caraïbe ?

— Par Jean-Marie Nol —

La Guadeloupe serait-elle européenne ou caribéenne ?

On pose mal la question depuis trop longtemps. Le débat revient, inlassablement, comme un vieux disque rayé, nourri de postures idéologiques plus que d’analyses concrètes.Et si le véritable sujet était ailleurs ?

Car la Guadeloupe n’est ni un territoire hésitant entre deux mondes, ni une identité en quête d’elle-même. Elle est déjà une réalité géopolitique singulière : une société caribéenne ancrée dans un système européen. Et c’est précisément cette singularité qui constitue son principal levier d’avenir. Dans un environnement régional marqué par l’instabilité économique, les fragilités monétaires et les dépendances extérieures, la Guadeloupe dispose d’atouts que beaucoup sous-estiment.

Elle appartient à l’espace de Union européenne.

Elle utilise l’euro.

Elle bénéficie de transferts publics massifs, d’infrastructures financées et d’un cadre juridique robuste.

À l’échelle de la Caraïbe, ce statut n’est pas banal. Il est exceptionnel.

Pendant que certains États voisins peinent à stabiliser leur économie, à l’image de Venezuela ou restent enfermés dans des logiques d’isolement comme Cuba, la Guadeloupe évolue dans l’un des ensembles économiques les plus puissants du monde avec un marché de 450 millions d’habitants .

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Illusions perdues aux Antilles

Quels sont les enseignements doctrinaux à tirer pour les intellectuels des Antilles -Guyane, de la nouvelle realpolitik mondiale, et de la fin programmée de l’idéologie tiers-mondiste ?
— Par Jean-Marie Nol —

Le retour en force de la realpolitik dans les relations internationales marque une rupture profonde avec les cadres idéologiques qui ont structuré une grande partie du débat politique dans la seconde moitié du XXe siècle. Alors dans ce contexte que signifie encore de faire état d’un quelconque projet de société pour la Guadeloupe et la Martinique qui pourrait se réduire à être une utopie vide de sens. Force est de souligner que nous sommes aujourd’hui confronté à une refondation doctrinale de la pensée aux Antilles -Guyane. Longtemps dominé par des lectures morales, idéologiques ou héritées des luttes de décolonisation, l’ordre mondial se recompose désormais autour d’un principe beaucoup plus brut : celui du rapport de force. Dans cette nouvelle configuration, les États ne se définissent plus prioritairement par leurs valeurs affichées, mais par leur capacité à peser économiquement, militairement et stratégiquement. La realpolitik, entendue comme la primauté des intérêts nationaux sur les considérations politiques et idéologiques, s’impose ainsi comme la grille de lecture dominante d’un monde redevenu conflictuel, hiérarchisé et structuré par des blocs de puissance .

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De la périphérie à l’intégration européenne

Vers une adhésion institutionnelle graduelle de la Guadeloupe à l’UE : passer des paroles aux actes, maintenant !

— Par jean-Marie Nol —

L’idée d’un rattachement institutionnel direct de la Guadeloupe à l’Union européenne, longtemps reléguée au rang de spéculation intellectuelle, s’impose progressivement comme une hypothèse crédible d’une nouvelle doctrine de décolonisation en lieu et place de la doctrine tiers mondiste désormais obsolète, pourtant toujours défendue par les autonomistes et indépendantistes des Antilles françaises, voire comme une alternative structurante dans le débat sur l’avenir institutionnel de l’archipel. Dès l’abord, un constat s’impose avec une évidence rarement contestée mais trop souvent éludée dans le débat public : la Guadeloupe vit, circule et échange d’abord avec l’Europe, et de manière très marginale avec son environnement caribéen immédiat. Les flux de voyageurs comme ceux de marchandises traduisent une réalité économique profonde qui dépasse les discours politiques. L’essentiel du trafic aérien de passagers relie l’archipel à l’Hexagone et, plus largement, au continent européen, faisant de cette relation un axe vital pour la mobilité des personnes, qu’il s’agisse de déplacements familiaux, professionnels, éducatifs ou touristiques. De la même manière, les flux commerciaux témoignent d’une dépendance structurelle aux importations en provenance de l’espace européen, tant pour les biens de consommation que pour les équipements, les produits industriels ou les intrants nécessaires à l’activité économique locale.

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Départementalisation et émancipation

De la contradiction jaillit la lumière sur le débat de l’évolution statutaire de la Guadeloupe et Martinique.

— Par Jean-Marie Nol —

Il est des débats dont la vigueur éclaire davantage qu’elle ne divise, et l’histoire politique et sociale de la Guadeloupe et de la Martinique en offre une illustration particulièrement féconde lorsqu’on s’attache à comprendre le rôle de Aimé Césaire et des communistes dans la mise en œuvre de la départementalisation. Loin des caricatures rétrospectives qui tendent à juger ce moment fondateur à l’aune des impasses économiques contemporaines, il convient de replacer leur démarche dans le cadre intellectuel et historique qui l’a vu naître, celui d’un monde encore profondément marqué par les séquelles de l’ordre colonial et par l’urgence sociale qui en découlait. À cet égard, la célèbre intuition de Nicolas Boileau selon laquelle c’est au choc des idées que jaillit la lumière prend ici tout son sens : c’est précisément de la confrontation entre visions divergentes — assimilation, autonomie, indépendance — qu’émerge une lecture plus fine des choix opérés à l’époque.

Lorsque Césaire et les communistes portent la loi de départementalisation de 1946, leur priorité n’est pas de redessiner immédiatement les mécanismes économiques hérités du système colonial, mais de répondre à une urgence autrement plus tangible : la misère noire sociale, l’inégalité des droits et l’absence de protection pour les populations locales.

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Évolution des institutions de la Guadeloupe et Martinique : que penser et surtout que faire ?

— Par Jean-Marie Nol —

En l’état actuel du débat entre partisans du maintien du droit commun et chantres du changement statutaire : alors aujourd’hui que penser de l’état des lieux et surtout que faire à l’avenir ?

À l’heure où ressurgissent avec insistance les débats sur une éventuelle évolution statutaire de la Guadeloupe et de la Martinique, il est frappant de constater que ces interrogations se construisent souvent sur un diagnostic incomplet, voire biaisé, du modèle issu de la départementalisation. Car avant de proclamer l’essoufflement d’un cadre institutionnel, encore faut-il en mesurer rigoureusement les effets sur le temps long. Or l’état des lieux du modèle économique hérité de 1946 impose une évidence trop souvent reléguée au second plan : la départementalisation constitue, au regard de la situation initiale, un levier de transformation historique dont les résultats relèvent moins de l’échec que d’un rattrapage spectaculaire, certes inachevé, mais profondément structurant, et qui révèle l’aboutissement positif de la mission des anciennes générations.

Il faut d’abord rappeler d’où partaient ces territoires. Au sortir de la période coloniale, la Guadeloupe, comme la Martinique, se trouvait dans une situation de sous-développement extrême, marquée par une misère sanitaire, éducative et sociale d’une intensité aujourd’hui difficile à imaginer.

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Autonomie de l’article 74 : vers une impossibilité matérielle ?

— Par Jean-Marie Nol —

À l’heure où la question de l’évolution statutaire de la Guadeloupe et de la Martinique revient avec insistance dans le débat public, une réalité s’impose avec une acuité croissante : le contexte économique mondial, national , et local rend aujourd’hui toute transformation institutionnelle non seulement incertaine, mais potentiellement dangereuse.

Les problèmes économiques ne sont pas derrière nous, ils sont devant nous. Et force est de constater que  l’évolution à risque de la situation économique ne permet aucunement d’envisager un changement statutaire .

Loin d’être un simple débat juridique ou idéologique et politique, la question statutaire se heurte à un mur bien plus déterminant, celui de la confiance et de la solidité économique, deux piliers aujourd’hui profondément fragilisés.

Car dans toute société moderne, la confiance constitue un capital invisible mais essentiel. Elle conditionne à la fois l’adhésion démocratique et le bon fonctionnement de l’économie. Or, aux Antilles françaises, cette confiance est en train de se fissurer dangereusement. Défiance envers les responsables politiques, scepticisme face aux institutions, doute sur la capacité collective à piloter un changement de cap : tous les signaux convergent vers une crise profonde du lien entre gouvernants et gouvernés.

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Antilles : le paradoxe d’un modèle décrié

Les acquis positifs du droit commun de la départementalisation sont à prendre beaucoup plus en considération dans le cadre du débat institutionnel actuel .

— Par Jean-Marie Nol —

En Guadeloupe comme en Martinique, le débat sur l’avenir institutionnel et statutaire s’intensifie à mesure que s’accumulent les crises économiques, sociales et politiques, donnant du grain à moudre aux partisans d’une autonomie accrue qui décrivent volontiers le modèle départemental comme épuisé, inefficace et générateur de dépendance. Et dans ce concert de critiques du modèle départemental, que pouvons nous penser des propos schizophréniques de Christianne Tobira, ancienne ministre de la justice, tenus dans le journal France Guyane à l’occasion des 80 ans de la départementalisation, et je cite à dessein madame Taubira « Le département c’est une absurdité, un artifice »

Pourtant, à rebours de ce récit dominant chez les partisans de l’autonomie et de l’indépendance, une observation rigoureuse des dynamiques sociales et économiques à l’œuvre révèle une réalité bien plus nuancée, voire paradoxale : loin d’avoir produit un effondrement, la départementalisation a permis l’élévation rapide du niveau de vie et l’émergence progressive d’une classe moyenne solide, structurée et résiliente, dont l’existence même constitue aujourd’hui l’un des héritages les plus tangibles et les plus sous-estimés de ce cadre institutionnel.

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Antilles : la spirale du ralentissement

Économie : pourquoi et comment les choses vont fortement se compliquer aux Antilles ?

— Par Jean-Marie Nol —

L’horizon économique de la Guadeloupe et de la Martinique devrait s’assombrit dangereusement, et les signaux faibles de marasme observés en 2025 pourraient bien annoncer une dégradation de l’activité économique plus profonde encore en 2026. Derrière les chiffres déjà préoccupants dressés par l’IEDOM et l’INSEE pour l’année 2025 , se profile une mécanique économique redoutable, où les facteurs internationaux viennent percuter de plein fouet des économies insulaires structurellement fragiles. L’éclatement du conflit au Moyen-Orient, notamment autour de l’Iran, agit comme un catalyseur brutal d’une crise déjà latente, transformant un ralentissement en risque d’enlisement durable.
Au cœur de cette spirale, le choc pétrolier constitue le premier maillon d’une chaîne inflationniste qui menace de s’emballer. Dans des territoires où la dépendance aux importations est quasi totale, la hausse du prix de l’énergie ne se limite pas à la pompe : elle se diffuse immédiatement à l’ensemble des biens de consommation. Transport, alimentation, produits de première nécessité, aucun secteur n’échappera à cette inflation importée. Cette dynamique rappelle que les économies antillaises restent extrêmement exposées aux fluctuations des marchés mondiaux, sans véritable capacité d’amortissement.

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De la France au Canada : Toujours avoir deux fers au feu !

— Par Jean-Marie Nol —

À l’heure où le nouvel ordre mondial et la crise économique et financière redéfinissent les équilibres économiques et sociaux à l’échelle mondiale, les sociétés de Guadeloupe et de Martinique se trouvent à un tournant historique. Le modèle traditionnel, largement hérité de l’assimilation à la France et à l’Europe, pourrait vaciller sous l’effet des difficultés financières de l’État providence et des nouvelles dynamiques de type identitaire portées par une génération émergente, plus mobile, plus connectée et moins dépendante des circuits institutionnels classiques.

Dans ce contexte de recomposition profonde des pouvoirs et des savoirs, une interrogation centrale s’impose : faut-il poursuivre l’intégration dans un cadre déjà connu, ou s’engager dans une trajectoire hasardeuse de souveraineté pouvant aller jusqu’à l’autonomie et puis inéluctablement vers l’indépendance ?

Derrière cette alternative apparemment binaire se dessine en réalité une troisième voie, encore en construction, qui pourrait bien constituer la véritable mission des nouvelles générations antillaises.

Cette voie intermédiaire ne consiste ni à rompre brutalement avec l’ordre existant, ni à s’y conformer passivement. Elle repose sur une capacité d’invention politique et économique, fondée sur des partenariats stratégiques ciblés, capables de redéfinir les marges de manœuvre des territoires.

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La Martinique au bord du choc

Pourquoi l’économie de la Martinique est en chute libre,  et comment cela va s’accélérer fortement en 2026 ?

— Par Jean-Marie Nol —

La guerre en Iran va chambouler les perspectives de reprise de l’économie pour la Martinique.
Le conflit en Iran pourrait faire grimper cette année l’inflation à 3,6 % en Martinique , et amputer la croissance de 2 points . Un retournement de scénario brutal pour la collectivité territoriale de la Martinique .Force est de souligner que la crise iranienne pourrait compliquer l’équation budgétaire pour la CTM. L’hypothèse d’un choc énergétique majeur ne serait pas sans conséquence sur des finances publiques déjà exsangues.On a connu le quoi qu’il en coûte. Je crois qu’on peut dire que la maîtrise des finances publiques en transparence doit se faire quoi qu’il arrive désormais », a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu, en introduction d’une réunion avec les ministres chargés de l’économie et du budget.L’effort pour réduire le déficit est passé très majoritairement, à ce stade, par la hausse des prélèvements. De nombreux économistes s’accordent à dire que le plus facile a été fait, tandis que le plus difficile politiquement, réduire les dépenses, reste à venir.

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Vers une aggravation des inégalités économiques en Guadeloupe et Martinique ?

Comment et pourquoi le crédit sera plus cher en Guadeloupe et Martinique et quelles seraient les conséquences sur l’économie ?

— Par Jean-Marie Nol —

La montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, cristallisées par la guerre en Iran, agit désormais comme un révélateur brutal des fragilités économiques structurelles des territoires ultramarins français, en particulier la Guadeloupe et la Martinique. Ce choc exogène, initialement énergétique, se propage aujourd’hui à l’ensemble des circuits financiers mondiaux, avec un effet direct et potentiellement durable sur les taux d’intérêt, et par ricochet sur le pouvoir d’achat des ménages antillais.

Le mécanisme à l’œuvre est désormais bien identifié par les économistes , c’est la stagflation qui est un processus par lequel l’économie souffre simultanément d’une forte inflation et d’une croissance faible, voire nulle. La stagflation s’accompagne souvent d’un taux de chômage élevé. Force est de souligner que dans un contexte de stagflation, le produit intérieur brut (PIB) progresse faiblement, voire pas du tout. L’activité peine à se développer, les entreprises ont du mal à augmenter leurs ventes, et les consommateurs hésitent à dépenser et préfèrent augmenter leur épargne.

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De la décolonisation à la domination technologique

Cuba est – t- il devenu l’exemple emblématique de la nouvelle géopolitique de recolonisation ?

— Par Jean-Marie Nol —

Au large de la Floride, à seulement 150 kilomètres des côtes américaines, Cuba apparaît aujourd’hui comme le laboratoire d’une nouvelle forme de domination internationale, et le futur exemple d’un scénario inédit de recolonisation. Aucun pétrolier n’y serait entré pour ravitailler l’île depuis le 9 janvier, conséquence d’un blocus énergétique de facto attribué à Washington. L’asphyxie progressive du secteur touristique – deuxième source de devises de l’île après l’exportation de services médicaux – menace près de 300 000 emplois. Fragilisée par la pandémie puis par le durcissement des sanctions américaines, l’économie cubaine se retrouve prise dans un étau financier et énergétique qui dépasse la seule logique bilatérale. Pour de nombreux observateurs, il s’agit moins d’un simple épisode de tension que d’un signal fort : celui d’une ère où la domination ne passe plus par l’occupation militaire classique, mais par la pression économique systémique et la supériorité technologique.

La séquence récente illustre ce basculement. La capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines début janvier, suivie de l’arrêt par Venezuela – sous pression de Washington – des livraisons de pétrole vers La Havane, a ravivé les tensions entre Cuba et les États-Unis.

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La recolonisation technologique

— Par Jean-Marie Nol —

Clap de fin du cycle de décolonisation et émergence d’un nouveau cycle de recolonisation par la puissance technologique ?

À l’ère de l’intelligence artificielle et de l’hyperconnectivité, la domination coloniale d’un pays sur un autre pays ne passe plus nécessairement par l’occupation administrative territoriale visible comme auparavant, ni par la présence massive de troupes militaires au sol, mais par la maîtrise des technologies capables d’anticiper, de surveiller, de cibler et de frapper avec une précision chirurgicale. La guerre du type de l’ex domination coloniale change de nature, et avec elle l’équilibre du pouvoir mondial. Dans ce nouvel environnement stratégique, la technologie devient l’arme décisive d’une forme contemporaine de recolonisation, où la supériorité algorithmique et la maîtrise des systèmes d’armes avancés permettent à certaines grandes puissances d’imposer leur volonté à distance, sans administration directe pour exploiter les ressources minières ou encore un simple contrôle géostratégique , mais avec une efficacité redoutable du fait de la  supériorité écrasante de la maîtrise technologique . C’est le cas aujourd’hui du Venezuela et demain de l’Iran et de Cuba. Ce sont des exemples parmi d’autres qui éclairent ce qui pourrait se généraliser à l’avenir dans les prochaines décennies qui s’ouvrent sur un monde trouble et dangereux.

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Produire local : rêve et réalités

Quid de l’illusion de la souveraineté alimentaire et de l’utopie de la responsabilité locale avec l’autonomie article 74 ?

— Par Jean-Marie Nol —

À l’heure où les discours sur la souveraineté alimentaire se multiplient dans les allées du Salon international de l’agriculture, une question traverse les esprits avec une acuité particulière sous nos latitudes caribéenne avec la situation dramatique de Cuba : la Guadeloupe peut-elle réellement prétendre à l’autonomie alimentaire et à la responsabilité locale ?

Derrière les slogans de nature identitaire et les déclarations d’intention, la réalité économique, agricole et halieutique du territoire dessine un constat bien plus rude. La souveraineté alimentaire du « pays Guadeloupe » apparaît moins comme un horizon concret que comme une illusion tenace, entretenue par la nostalgie d’un passé agricole révolu et par une méconnaissance des profondes fragilités structurelles du modèle productif local.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les estimations de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, près de 76 % des produits alimentaires consommés dans les territoires ultramarins sont importés. Cette dépendance massive n’est pas un simple indicateur statistique : elle révèle une vulnérabilité stratégique majeure comme le prouve l’exemple dramatique actuel de Cuba.

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Guadeloupe : Menaces et impacts d’une crise financière en France

Somme toute, devons nous continuer à vivre, comme si de rien n’était , en dépit des menaces de crise budgétaire, financière et économique en France ?

— Par Jean Marie Nol —

Selon le gouvernement par la voix de la ministre des comptes publics et du budget, l’échec budgétaire actuel pourrait conduire la France à une impasse budgétaire de nature à provoquer une grave crise . Ceux qui présentent le plan du premier ministre comme une violente cure de rigueur n’ont pourtant rien vu, avertit l’Institut Montaigne dans une note riche et assez alarmiste, publiée mercredi 26 novembre par le journal Les échos.  » Selon le cercle de réflexion libéral, financé par plus de 150 grandes entreprises, les efforts sur lesquels se déchirent aujourd’hui les élus ne donnent qu’un avant-goût minime de ceux qui attendent le pays. Car l’heure des vrais sacrifices approche, selon l’Institut Montaigne, qui en propose un chiffrage inédit. Une façon pour le patronat de préparer le terrain à l’adoption de mesures impopulaires, dans le budget en discussion mais surtout les suivants. Les dépenses risquent de croître plus vite que les recettes, donc d’aggraver le déficit, notamment en raison d’une forte hausse de coûts jugés incompressibles : le paiement des intérêts de la dette, la contribution de la France à l’Union européenne, et le budget militaire » .

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« Chaque génération affronte sa mission » : les boomers face à l’héritage de Fanon

Les boomers issus de la départementalisation ont-ils remplis ou trahis leur mission ?

— Par Jean-Marie Nol —

L’année dernière , les boomers ont été pointés du doigt par celui qui était alors 1er ministre, François Bayrou, qui les accusait d’avoir creusé la dette et contribué à pauperiser les générations futures.

Les boomers, ce sont ces Français nés après la Seconde Guerre mondiale, jusqu’au milieu des années 1960, et qui ont bénéficié de la dynamique des 30 glorieuses.

Ils ont aujourd’hui entre 62 et 80 ans, et représentent 21,8 % de la population en 2025.

Ces seniors sont-ils des privilégiés ? Les jeunes générations sont-elles les victimes directes de boomers trop dépensiers et vautrés dans leur confort ?

C’est le moment d’entrer dans la controverse du débat sur la mission des boomers des Antilles-  Guyane qui se caractérise en des termes très différents de ceux de la France hexagonale.

En 1961, dans Les Damnés de la terre, Frantz Fanon prophétisait les luttes de libération des peuples colonisés et théorisait la violence du colonisé comme réponse à la violence structurelle du colonisateur.

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La classe moyenne antillaise en sursis ?

Chronique d’une mort à  petit feu, annoncée comme vraisemblable, de la classe moyenne antillaise ?

— Par Jean-Marie Nol —

Le spectre du déclassement hante désormais une grande partie des sociétés occidentales, et la France hexagonale en offre l’illustration la plus commentée. Depuis plusieurs années, la classe moyenne y est décrite comme fragilisée, prise en étau entre une pression fiscale accrue, une stagnation des revenus intermédiaires et une hausse continue des dépenses contraintes. D’après le chroniqueur et écrivain Martial You dans son ouvrage – » Les dindons – Comment on vole les classes moyennes « –

Dindons :  » « le mot n’est pas plaisant, ni flatteur. Il est lucide. Il est rageur. Les classes moyennes sont-elles condamnées à la nostalgie d’une époque définitivement perdue ? Pas forcément , mais le risque est réel .

Depuis 1981 et l’élection de François Mitterrand, on vole les classes moyennes… parfois avec les meilleures intentions du monde !

Chaque décision a affaibli leur poids dans la société et leur pouvoir d’achat.

Rien ne leur a été épargné : réduction du temps de travail, dévalorisation des diplômes, éloignement des grands centres-villes, abonnements multiples (téléphone, internet, voiture…) qui grèvent le budget, piège des réseaux sociaux qui radicalisent les opinions…

Au fil du temps, les classes moyennes, qui avaient forgé la France des Trente Glorieuses, sont devenues les DINDONS de l’Histoire.»

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Entre Dépendance et Transition

Quel est le véritable impact de l’économie sur l’équilibre du fonctionnement de la société antillaise ?

—Par Jean-Marie Nol —

L’économie n’est pas une abstraction réservée aux spécialistes ; elle constitue la trame invisible qui structure la vie quotidienne des Guadeloupéens et Martiniquais . Derrière chaque emploi, chaque commerce, chaque décision publique, chaque projet familial, se déploie un ensemble d’échanges, de productions et de consommations qui forment l’ossature de la société antillaise . Comprendre l’économie, ce n’est pas seulement manier des chiffres ou des indicateurs ; c’est saisir la manière dont une communauté organise l’usage de ses ressources rares pour répondre à ses besoins essentiels et construire son avenir collectif. En Guadeloupe, cette réalité prend une dimension particulière, tant l’économie influence directement le fonctionnement social, les équilibres territoriaux et la cohésion culturelle même du corps social.

L’économie encadre d’abord nos choix individuels. Le niveau des salaires, le coût de la vie, l’inflation, les taux d’intérêt ou encore la fiscalité déterminent les décisions en matière de consommation, d’épargne, d’investissement ou de formation. Lorsqu’un ménage guadeloupéen arbitre entre l’achat d’un bien, le financement d’un logement ou le départ d’un enfant pour des études en Hexagone, il agit dans un cadre façonné par des paramètres économiques globaux.

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Municipales 2026 : l’enjeu caché de l’économie communale

La myopie antillaise face aux enjeux économiques et financiers de l’élection municipale.

— Par Jean-Marie Nol —

À l’approche des élections municipales de mars 2026, la Guadeloupe et la Martinique se préparent, une fois encore, à une séquence politique intense, rythmée par les promesses, les invectives et les professions de foi de candidats assurés d’être les seuls à pouvoir résoudre l’ensemble des difficultés quotidiennes de la population. Le hic , c’est que la fête est finie , et que nous sommes à l’aube de la rigueur voire de l’austérité. Thierry Breton

l’ex-commissaire européen estime que tous les avantages sociaux obtenus en France ont été payés par la dette. Par exemple, la France s’est «payé» la retraite à 60 ans, ou encore la 5e semaine de congés payés, grâce à l’endettement public. Comme à chaque scrutin local, le discours dominant repose sur une idée profondément ancrée : celle selon laquelle le pouvoir d’agir sur la société, l’économie, la sécurité et même l’avenir du territoire serait presque exclusivement concentré entre les mains des élus municipaux. Tout cela est démenti par les faits. Cette croyance, largement partagée, relève pourtant d’une illusion persistante, voire d’une forme de forfaiture intellectuelle, tant elle occulte la complexité réelle des mécanismes économiques et sociaux à l’œuvre, ainsi que la responsabilité collective des citoyens eux-mêmes.

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Municipales : l’angle mort économique

Les véritables raisons de s’inquiéter pour les guadeloupéens et Martiniquais de l’avenir qui s’annonce périlleux ?

— Par Jean-Marie Nol —

À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars, les Guadeloupéens s’apprêtent à choisir leurs édiles locaux dans un climat politique qui, paradoxalement, laisse de côté une question pourtant centrale : celle de l’avenir économique et financier de la France et de ses conséquences directes sur la Guadeloupe. La campagne électorale, officiellement ouverte début mars, se focalise sur des enjeux de proximité, des promesses de gestion communale et des rivalités de personnes, sans jamais réellement interroger la future trajectoire globale du pays auquel la Guadeloupe est institutionnellement, financièrement et socialement arrimée. Or, pour un territoire ultramarin largement dépendant des subventions publiques, des transferts publics et sociaux , de la solidarité nationale et des choix budgétaires de l’État, l’évolution de la situation française devrait constituer une préoccupation majeure, tant pour la classe politique locale que pour les électeurs. À l’aune de ces élections municipales , les Guadeloupéens s’apprêtent à choisir leurs édiles locaux dans un contexte qui ne peut plus être analysé uniquement à l’aune des problématiques communales.

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Préemption des emplois ou échec du modèle économique antillais ?

Comment et pourquoi l’IA va-t-elle bouleverser l’économie et impacter l’emploi, voire profondément influencer l’avenir des compétences professionnelles en Guadeloupe et Martinique, en raison de l’absence d’anticipation politique ?

— Par Jean-Marie Nol —

Aux Antilles françaises, et plus particulièrement en Guadeloupe et en Martinique, le débat sur l’emploi est devenu un révélateur brutal de la querelle identitaire et des déséquilibres structurels qui minent ces économies depuis des décennies. À mesure que les difficultés d’insertion des jeunes générations s’aggravent, une colère sourde s’exprime contre ce qui est perçu comme une préemption et une occupation croissante des emplois disponibles par des travailleurs et des cadres venus de France hexagonale. Même l’État français en  tant qu’employeur,  est fréquemment accusé de préférer recruter des « métros » aux postes à responsabilité. Ce ressentiment, souvent interprété comme un simple rejet de l’« extérieur qui envahit nos territoires», masque pourtant une réalité plus profonde et plus dérangeante : l’inadéquation persistante entre les formations dispensées localement, les compétences réellement disponibles sur le territoire et les besoins d’un marché du travail en pleine mutation technologique. Le recrutement de personnes originaires de l’Hexagone aux postes d’encadrement du secteur privé et public outre-mer est fréquemment justifié par leurs qualifications : les personnes nées et instruites dans les DOM ayant des niveaux de diplômes et de compétences en moyenne inférieurs, elles ne seraient pas en mesure de répondre aux besoins en main-d’œuvre qualifiée du secteur privé et public.

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Antilles-Guyane : le pari Mercosur

Pourquoi l’accord du Mercosur est une chance à saisir pour le développement économique des Antilles-Guyane ?

— Par Jean-Marie Nol —

L’accord d’association entre l’Union européenne et le Mercosur, longtemps perçu en France hexagonale comme une menace pour certaines filières agricoles traditionnelles, pourrait paradoxalement constituer une opportunité stratégique majeure pour la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, à condition d’en changer radicalement la lecture et l’usage économique. Dans ces territoires ultramarins, où le modèle économique hérité de la départementalisation repose historiquement sur l’importation massive de biens, la production agricole ainsi que la consommation subventionnée et un secteur tertiaire hypertrophié, l’ouverture commerciale avec l’Amérique du Sud peut devenir le levier d’un basculement vers un nouveau modèle économique productif fondé sur la transformation industrielle locale et la création de valeur ajoutée.
Le Mercosur regroupe des puissances agricoles mondiales, au premier rang desquelles le Brésil et l’Argentine, capables de produire en quantité et à des coûts très compétitifs des matières premières agricoles. L’accord conclu avec l’Union européenne, aujourd’hui en attente de ratification définitive assortie d’un protocole environnemental sur les normes , prévoit une suppression progressive de la quasi-totalité des droits de douane entre les deux blocs.

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