Boubacar Ould Messaoud, ancien esclave devenu figure de la lutte antiesclavagiste, est mort

Le militant mauritanien des droits humains Boubacar Ould Messaoud, fondateur de l’ONG SOS Esclaves, est décédé jeudi 12 mars 2026 à Nouakchott à l’âge de 80 ans. Figure majeure du combat contre l’esclavage en Mauritanie, il aura consacré plus d’un demi-siècle à défendre les droits des personnes réduites en servitude et à porter la cause des Haratines sur la scène nationale et internationale.

Né le 15 mai 1945 à Rosso, dans le sud de la Mauritanie, Boubacar Ould Messaoud est issu d’une famille d’esclaves. Son accès à l’école, rendu possible grâce à l’intervention d’un directeur d’établissement, marque le début d’un parcours exceptionnel vers l’émancipation. Après des études à Nouakchott puis à l’École nationale d’ingénierie de Bamako, au Mali, il obtient une bourse pour poursuivre sa formation en Union soviétique. Il étudie à l’université d’État de Moscou avant d’intégrer l’Institut d’architecture de Moscou, où il obtient un diplôme d’architecture avec mention excellente. De retour en Mauritanie en 1974, il participe à l’élaboration de plusieurs projets architecturaux à Nouakchott, notamment le quartier de la Socogim.

Parallèlement à sa carrière d’architecte, il s’engage très tôt dans la lutte contre l’esclavage, un système officiellement aboli en 1981 mais qui perdure dans certaines régions du pays. Dans les années 1970, il rejoint le mouvement antiesclavagiste El Hor, qui milite pour l’émancipation des Haratines. Son activisme lui vaut d’être arrêté à plusieurs reprises. En 1980, après des manifestations contre la vente d’une esclave, lui et plusieurs militants sont condamnés à des peines de prison par un tribunal militaire dans ce qui sera connu comme « l’affaire Boubacar Messaoud et consorts ».

Dans les années 1980 et 1990, il poursuit son engagement malgré la répression du régime du président Maaouiya Ould Taya. Cofondateur du parti Action pour le changement, interdit par les autorités, il subit arrestations, privations de droits et mise à l’écart professionnelle. En 1991, il est relevé de ses fonctions de directeur général de la Société de construction et de gestion immobilière (Socogim). Il dénonce également les violences et les exactions visant les populations négro-mauritaniennes lors des événements de 1989-1992.

En 1995, il fonde SOS Esclaves, organisation dédiée à la lutte contre les pratiques esclavagistes et à l’accompagnement des victimes. Longtemps interdite, l’ONG obtient finalement une reconnaissance officielle en 2005. Elle se distingue par son action judiciaire, la documentation de cas d’esclavage et la sensibilisation de l’opinion publique nationale et internationale. Boubacar Ould Messaoud lui-même est condamné en 1998 à treize mois de prison pour « administration d’organisation non autorisée » et de nouveau arrêté en 2002 après avoir dénoncé un cas d’esclavage sur les ondes de Radio France Internationale.

Au fil des décennies, son action contribue à maintenir la pression pour une meilleure prise en compte de cette réalité par l’État mauritanien. Si l’esclavage est aboli en 1981, il faudra attendre les années 2000 pour que des lois le criminalisent explicitement, notamment en 2007 puis en 2015, avec un durcissement des sanctions.

Malgré les obstacles et l’âge, Boubacar Ould Messaoud continue jusqu’à la fin de sa vie à plaider pour l’égalité des droits et l’éducation des Haratines, estimant que l’éradication durable de l’esclavage passe par la justice sociale et l’accès aux responsabilités publiques.

Son engagement lui vaut plusieurs distinctions, dont l’Anti-Slavery International Award en 2009 et le Prix des droits de l’homme de la République française en 2010. En 2023, il reçoit également la médaille d’officier du mérite national en Mauritanie.

Une prière mortuaire a été organisée jeudi à la grande mosquée de Nouakchott avant son inhumation à Rosso, sa ville natale. Avec sa disparition, la Mauritanie perd l’un des pionniers et symboles de la lutte contre l’esclavage et pour la dignité humaine.