Avignon 2018 : “Le voyage de D. Cholb ou penser contre soi-même”, de Bernard Bloch (Off)


—Par Dominique Daeschler —
En 2013, Bernard Bloch, (Dranreb Cholb est son anagramme), effectue un voyage en autocar organisé par Témoignage Chrétien en Cisjordanie (qu’il prolongera en Israël). Il est le seul juif athée au milieu d’un groupe de catholique. . De cette expérience essentielle il tirera un livre « Dix jours en terre ceinte » qu’il a souhaité adapter au théâtre.
C’est bien l’envie de comprendre la permanence du conflit, de rencontrer des civils de part et d’autre, de confronter ses souvenirs avec ses liens familiaux, d’aller au centre de aveuglements perpétués de part et d’autre qui le motivent.
Bernard Bloch, assis de dos sur scène, confie le récit du voyage à Patrick le Mauff, reprécise, commente, interroge. Ce dialogue en fraternité pourrait être celui d’Israël et de la Palestine ? Il est donné dans une volonté d’ouverture qui n’exclut pas la subjectivité au sens premier du terme. Une vidée fait défiler paysages et visages. Les échanges vécus sont reconstitués avec des comédiens qui jouent le jeu de points de vue différents, constituant un fil rouge. Cette mise à distance est servie par des comédiens exceptionnels dont on sent la proximité avec Bernard Bloch, comme un engagement. Le vécu d’un Etat (Israël) qui se sent constamment remis en question et d’un pays constamment attaqué (La Palestine) est mis en exergue. Deux demandes de légitimité qui ne justifient ni la violence, le vol des terres, le mur, le harcèlement économique.
Ce qui est très intelligent c’est d’avoir choisi le théâtre pour dire l’incompréhension car, au-delà du documentaire, on entre dans l’imaginaire de chacun : les souvenirs recréés, la symbolique, galopante, les mythes. Dans le dépassement de soi, le rêve d’une fédération Isratine -Palestaël prend corps. Bernard Bloch et Patrick le Mauff sont à la hauteur de leur réputation d’acteurs et…de metteurs en scène dans l’esprit de Blin : la mise en scène c’est ce qui ne se voit pas.
D D