Aux États-Unis, une “querelle” de Présidents 

Critiqué par Barack Obama, Donald Trump se déchaîne sur Twitter

“Les deux personnes les plus admirées des États-Unis” se livreraient sur les médias à un affrontement sérieux, dans le contexte de la pandémie, et des futures élections présidentielles de novembre.

Les États-Unis, qui approchent les 80 000 morts, sont avec plus d’un million de cas confirmés le pays au monde le plus touché par le Coronavirus. Récemment, Barack Obama s’en est pris vertement à la façon dont Donald Trump gère la crise sanitaire. L’ancien Président des États-Unis a estimé que, si « la situation aurait été compliquée pour le meilleur des gouvernements », la gestion de la pandémie par son successeur a été « anémique et inégale », avant de conclure : « Mais là, c’est tout simplement un désastre chaotique absolu ».

Cette critique, la plus explicite à ce jour de sa part, l’ex-Président démocrate l’a faite vendredi soir, lors d’une conversation téléphonique d’une demi-heure avec d’anciens collaborateurs de son gouvernement, dont “Yahoo News” s’est procuré un enregistrement repris en boucle par les médias américains.

Encore très populaire chez les démocrates, Barack Obama avait déjà laissé entendre que le milliardaire républicain avait « rejeté les avertissements » sur les risques de pandémie. Donald Trump est accusé par ses détracteurs d’avoir d’abord minimisé la menace, puis d’avoir donné des consignes contradictoires et confuses, entre les appels à la prudence et la hâte de voir l’économie redémarrer.

En réponse à Barack Obama, Donald Trump s’est livré sur Twitter à une véritable attaque en ligne. En effet, il n’a pas du tout apprécié que Barack Obama abandonne la réserve qu’adoptent d’ordinaire les anciens présidents. Il a notamment repris à son compte un tweet se lamentant contre la perte de la « tradition de décence et de bienséance », dont se serait rendu coupable Barack Obama, quand lui-même n’a eu de cesse de repousser les frontières de ce qui constituerait une “attitude présidentielle”. À son tour, il a  multiplié les critiques contre son prédécesseur, dans des tweets citant son nom, ce dimanche 10 mai 2020.

Le Président républicain a aussi défendu son bilan face au Covid-19 : « Nous obtenons de super notes pour notre gestion de la pandémie de coronavirus, en particulier avec l’interdiction des gens venant de Chine, la source de l’infection, à l’entrée aux États-Unis. Comparez ça avec le désastre de Barack Obama et “Joe l’endormi”… Mauvaises notes, mauvais sondages… Ils n’avaient rien compris ». Trump fait là allusion à la crise de la “grippe porcine” due au virus H1N1 en 2009, où après le décès de plus de 1 000 personnes dans le pays depuis le printemps, le Président américain Barack Obama avait proclamé le samedi 24 octobre un état d’urgence sanitaire aux États-Unis (Le Monde avec AFP-Publié le 24 octobre 2009).

Par ailleurs, Barack Obama invoquait notamment la réponse à cette crise sanitaire pour justifier la nécessité de choisir de bons dirigeants, et pour appeler ses ex-conseillers à s’investir dans la campagne de Joe Biden, son ancien vice-président, actuel candidat démocrate à la présidentielle de novembre face à Donald Trump. « L’élection qui arrive, à tous les niveaux, est tellement importante car nous n’affronterons pas seulement un individu ou un parti politique » a-t-il dit, selon des propos rapportés par plusieurs médias. Il estime que le véritable adversaire, ce sont des « tendances de long terme » comme « être tribal, être divisés, voir les autres comme des ennemis », qui risquent de caractériser « la vie américaine ».

Des cas positifs dans l’entourage de Donald Trump

Ces derniers jours, deux employés de la “West Wing” où se trouve le Bureau ovale, un militaire au service du milliardaire républicain puis la porte-parole du vice-président Mike Pence, ont été testés positifs au coronavirus.

Trois membres de l’équipe de lutte contre le coronavirus de la Maison-Blanche sont placés en isolement après de possibles expositions au coronavirus : l’épidémiologiste Anthony Fauci, le directeur du Centre de prévention des maladies infectieuses (CDC) Robert Redfield, et le directeur du régulateur du médicament (FDA) Stephen Hahn.

Récemment, le Président Trump a visité une usine de fabrication de masques, sans en porter lui-même.

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Dans la conversation de vendredi, Barack Obama, président de 2009 à 2017, est aussi revenu sur la décision controversée du Ministère américain de la Justice de retirer le dossier d’accusation contre Michael Flynn, un ex-conseiller de Donald Trump poursuivi pour avoir menti sur ses contacts avec un diplomate russe.

« Il n’y a aucun précédent que l’on puisse trouver sur une personne inculpée de parjure qui s’en tire impunément », a-t-il dit. « C’est le genre de situation où l’on peut commencer à redouter que (…) notre lecture basique de l’État de droit soit menacée (…) Quand on prend ce chemin, cela peut aller très vite, comme on l’a vu ailleurs » a-t-il ajouté, appelant à ne pas sous-estimer cet événement. Là aussi, il souligne y voir une raison pour soutenir son ancien vice-président : « C’est pourquoi je vais passer autant de temps que nécessaire à faire campagne aussi intensivement que possible pour Joe Biden ».

(Janine Bailly, rédigé d’après des extraits de Huffpost du 9 mai, de l’Express du 10 mai 2020, de RFI le 10 mai, du Monde de 2009)