Au Parc de Tivoli : Andrise Pierre, écrivaine et femme engagée

Venez découvrir Andrise Pierre ce samedi 12 décembre à 18h, dans le Parc naturel de Tivoli à Fort-de-France, à l’invitation de ETC-Caraïbe, en partenariat avec L’Institut Français et Terre d’Arts

Qui est Andrise Pierre ?  Faisons sa connaissance sur le site D’île en île !

À l’occasion de l’ouverture à Limoges du Festival “Les Francophonies – des écritures à la scène”, la SACD a désigné l’écrivaine haïtienne Andrise Pierre lauréate 2020 du “Prix de la Dramaturgie Francophone”, pour son texte Elle voulait ou croyait vouloir et puis tout à coup elle ne veut plus !

Partenaire des Francophonies en Limousin, devenues en 2019, sous l’impulsion de leur directeur Hassane Kassi Kouyaté, Les Francophonies – Des écritures à la scène, la SACD¹ défend la francophonie dans le spectacle vivant. Durant Les Zébrures d’automne qui se tiennent à Limoges du 23 septembre au 3 octobre 2020, à l’occasion de la remise de son Prix la SACD met à l’honneur la vitalité des écritures francophones venues du monde entier. Elle réaffirme son soutien sans faille à la défense de la culture et de la diversité, enjeu devenu encore plus fondamental avec cette crise sanitaire qui traverse le monde et qui n’a pas de frontières.

Le “Prix SACD de la Dramaturgie francophone” récompense l’auteur d’une œuvre d’expression française choisie parmi une sélection de textes que propose la Maison des Auteurs de Limoges. Andrise Pierre est le deuxième auteur haïtien qui reçoit ce prix, après Jean-René Lemoine² en 2009, primé  pour sa pièce Erzuli Dahomey, déesse de l’amour, qui par ailleurs est entrée au répertoire de la Comédie-Française en 2012, au Théâtre du Vieux-Colombier.

Ayant effectué une partie de ses études en France, Andrise Pierre vit à Port-au-Prince où elle enseigne la littérature française et haïtienne. Déjà distinguée en 2019 pour sa pièce Vidé mon ventre du sang de mon fils, qui a remporté le 3ème Prix du concours d’écritures théâtrales Etc-Caraïbes, elle témoigne de la place éminente qu’occupe Haïti dans la littérature et la dramaturgie francophones, comme de la vitalité des liens qui unissent Haïti et la France dans le domaine de la culture.

Aujourd’hui, elle participe aussi à des conférences autour de la littérature, du personnage féminin dans la littérature haïtienne, et présente des études critiques sur certains auteurs classiques et contemporains de cette même littérature. Parallèlement à ses projets d’écriture dramatique, elle réalise avec le Centre PEN Haïti, dans le cadre du projet baptisé  Être une femme, écritures de l’altérité, une série radiophonique intitulée Jiji ak zanmil yo. Kwonik yon adolesans ayisyèn. Cette série, destinée à un public adolescent et jeune adulte, traite des questions centrées sur une adolescence haïtienne féminine au regard de la problématique de la masculinité.

Les textes mis en lecture à Tivoli seront extraits de trois œuvres d’Andrise Pierre, interprétés par Alexandra Déglise, Rita Ravier, Virgil Venance, l’accompagnement musical étant assuré par Jean-Louis NGuyen

– Vidé mon ventre du sang de mon fils

Interrogée en juin, Andrise parlait ainsi de sa pièce : « C’est une œuvre très personnelle. La pièce parle de l’assassinat de mon frère en 2015. J’écrivais depuis quelques années, sans vraiment finaliser mes projets mais avec “Vidé mon ventre du sang de mon fils”, je suis allée au bout de l’écriture. C’est une pièce de théâtre, comme plusieurs monologues. Il y a peu de personnages ; je me concentre sur la mère. Dans cette mère, il y a un peu de moi, de ma petite sœur, de ma mère aussi forcément. C’est une voix plurielle.

J’ai toujours aimé lire les pièces de théâtre. Les grands classiques me passionnent. Je m’inspire d’ailleurs de l’héroïne tragique par excellence : Antigone. Fille d’Œdipe, elle a donné une sépulture à son frère Polynice malgré l’interdiction du roi Créon. Dans ma pièce, c’est le contraire. Le mort, enterré hâtivement pour oublier une injustice jamais réparée, va être déterré par sa propre mère. Une mère qui, plus que tout, veut régler cette histoire de violence.

C’est vraiment le récit des relations mère – enfant, questionnant le viol, le deuil, l’impunité ; un récit d’une existence ravagée par des hommes et des femmes muets dans une ville qui se détériore. C’est aussi un tableau social mettant en exergue la condition des plus défavorisés, des années après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. »

– Elle voulait ou croyait vouloir et puis tout à coup elle ne veut plus !

De sa pièce, écrite en résidence au “Centre Intermondes La Rochelle”³, où elle se trouvait depuis février, Andrise Pierre dit qu’elle correspond à une nécessité, celle « d’aborder un sujet d’actualité, un sujet sensible, mais qu’on a tendance à banaliser ». Il s’agit de parler « du viol, de la possession de la femme, de son infantilisation ». De montrer aussi « l’immobilisme, l’enfermement » d’une communauté…

Féministe, Andrise Pierre s’intéresse à la problématique d’équité de genre, et rêve d’une société plus juste où les droits des femmes et des enfants seraient respectés. Dramaturge féministe, c’est ainsi qu’elle se définit (sur le site “île en île”)

– Que Dieu ne noircisse pas nos matrices

La dramaturge s’est aussi lancée lors du premier confinement dans l’écriture de son premier roman. À la question posée «  Et quelle est la trame de ce roman ? », elle répondait par ces mots :

« Je pars d’une histoire simple : celle d’une enfant qu’on adopte, suite au décès de sa mère migrante. Se sentant différente des autres et mal à l’aise dans son environnement, cette enfant décide, une fois adulte, de partir à la recherche de ses racines. En parallèle, je parle de la mère adoptive qui attend le retour de sa fille. Ce retour aura lieu quelques années plus tard. C’est une histoire qui dit la filiation, la migration, l’adoption et creuse la question des rapports parents-enfants. Et puis j’aborde aussi ce malaise de se sentir seule dans une ville, dans une société. Seule et différente. »


  1. Les prix SACD, en France, sont des récompenses décernées depuis 1995 par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques dans les domaines du cinéma, de la danse, de la musique, de la radio, de la télévision et du théâtre. Outre le Grand prix, qui récompense une personnalité dont l’œuvre est particulièrement marquante, les prix, dans chaque discipline, sont attribués à un auteur confirmé et à un nouveau talent. (Wikipédia)
  2. Jean-René Lemoine est un dramaturge, directeur de troupe et metteur en scène de théâtre, né en 1959 en Haïti (et installé à Paris depuis 1989).
  3. Espace ouvert à toutes les formes de création, de débats et de rencontres à La Rochelle.