A Rome, le traditionnel œuf de Pâques se sublime en œuvre d’art

Rome – Dans un quartier populaire du sud de Rome, des badauds restent captivés devant la vitrine d’une pâtisserie où de somptueux œufs de Pâques multicolores s’alignent sur d’élégants présentoirs dignes d’une joaillerie de luxe.

Chaque œuf en chocolat est sculpté en hommage à un artiste choisi par le maître des lieux, Walter Musco, un Romain de 47 ans sanglé dans sa veste immaculée qui déambule avec nonchalance au milieu de ses créations: deux personnages de Keith Haring s’agitent sous un cœur, un œuf jaune tournesol est orné d’incisions comme les toiles du peintre argentin Lucio Fontana, une colombe s’est échappée d’une photo de l’Américain Robert Mapplethorpe. 

“L’idée est très simple: j’éprouve une grande passion pour l’art, et ensuite j’ai élargi mon champ d’action à la littérature, à la musique et au cinéma”, explique Walter dans un entretien avec l’AFP à l’occasion d’une exposition de ses plus belles réalisations avant les fêtes de Pâques. 

Tous les artistes figurant dans cette exposition représentent dix années de production. Ce sont les plus représentatifs et ceux qui me plaisent le plus. Il y a beaucoup d’artistes italiens (…) et au niveau international, il y a surtout le pop art: Keith Haring, Roy Lichtenstein…” Mais aussi un oeuf revêtu d’une robe rouge velours inspiré du styliste Azzedine Alaïa. 

Pour s’offrir un œuf de cet acabit, il faut compter de 150 à 400 euros. “Certains œufs sont rapides à réaliser, d’autres en revanche nécessitent plusieurs jours pour les mener à terme“, justifie Walter, dont le crâne rasé se marie parfaitement avec ses créations. 

A ce prix-là, on n’est pas obligé de les manger! “L’important est de les conserver dans des endroits où la température n’est pas trop élevée, donc pas au-dessus d’une cheminée ou d’un radiateur, ou près d’une fenêtre exposée au soleil. Il n’y a pas de problème jusqu’à 26-27 degrés”. 

– “Autodidacte” – 

Les œufs exposés sont tous en vente, à part quelques-uns qui font partie des collections privées de vieux clients qui les ont achetés mais jamais mangés.  

Mais pour l’instant, pas de vente en ligne pour ces œufs uniques car “il est très difficile de les expédier en raison de leur fragilité“. 

Walter utilise un chocolat noir 55% d’origine française pour ses œufs entièrement réalisés de façon artisanale. “Tous les colorants sont alimentaires et sont mélangés à du beurre de cacao dans des proportions précises“, précise-t-il. 

Dans le laboratoire situé au sous-sol de sa pâtisserie du quartier de Tor Marancia, Walter se prête volontiers à une démonstration: armé d’un couteau chauffé à blanc et concentré comme un chirurgien devant sa table d’opération, il dessine d’un geste sûr dans la coque en chocolat des entailles nettes à la manière de Fontana, artiste italo-argentin du XXe siècle, connu pour ses toiles monochromes lacérées.  

Comment Walter est-il arrivé à produire ces œufs d’exception? “Je suis autodidacte. J’avais une galerie d’art il y a de nombreuses années. Je vendais principalement de l’art africain, du sud-est asiatique, d’Océanie, des Aborigènes d’Australie. Puis m’est venue la passion pour cet autre forme d’art plus eurocentrée“, glisse-t-il dans un sourire qui fait pétiller ses yeux bleu perçant. 

Pour choisir ses inspirations, il se concentre sur “tout ce qui est abstrait et pas évident à comprendre mais qui a un fort impact émotionnel“. A terme, il voudrait “continuer à réaliser ces œufs en collaboration avec des acteurs du monde de l’art. C’est un moyen pour échanger des opinions et des idées, et donc évoluer!” 

Source : AFP / Le Courrier Cauchois