Le constat dressé par l’UNICEF France et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) est alarmant. Selon leur huitième baromètre consacré aux enfants sans domicile, au moins 2 355 enfants se sont retrouvés sans solution d’hébergement après avoir sollicité le 115, dans la nuit du 18 au 19 août 2026.
Parmi eux, 514 sont âgés de moins de trois ans, dont 173 ont moins d’un an. Ces enfants risquent ainsi de commencer l’année scolaire dans des conditions marquées par l’instabilité, l’errance et l’absence de logement.
Le phénomène est loin de se résorber. En un an, le nombre d’enfants concernés a progressé de 9 %. Depuis 2022, l’augmentation atteint 42 %. Pour l’UNICEF France et la FAS, cette évolution traduit une dégradation continue de la situation du logement et de l’hébergement d’urgence.
Des chiffres qui ne reflètent qu’une partie de la réalité
Le nombre de 2 355 enfants doit par ailleurs être considéré comme un minimum. Le baromètre repose sur les demandes adressées au 115 et ne recense donc pas les familles qui ne parviennent pas à joindre le service ou qui ont renoncé à appeler. Les mineurs non accompagnés vivant dans la rue, ainsi que les personnes installées dans des squats ou des bidonvilles, ne figurent pas non plus dans ces statistiques.
À l’échelle nationale, 6 840 personnes ont été recensées comme étant en demande non pourvue faute de places d’hébergement. Les familles représentent près des deux tiers de ces situations, avec environ 4 300 demandes, dont 1 755 émanant de femmes seules avec enfants.
L’Île-de-France concentre une part particulièrement importante des demandes sans solution, devant l’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie. Paris et la Seine-Saint-Denis figurent parmi les départements les plus concernés.
Une crise qui s’inscrit dans un contexte de pauvreté croissante
Cette aggravation intervient alors que la pauvreté touche une part toujours plus importante de la population. En 2023 et 2024, le taux de pauvreté en France a atteint 15,4 %, soit près de 9,8 millions de personnes, un niveau inédit depuis le milieu des années 1990. Les enfants sont particulièrement exposés : 22,4 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, soit près de trois millions de mineurs.
Dans le même temps, l’accès au logement social reste extrêmement difficile. Fin juin 2025, 2,9 millions de ménages étaient en attente d’un logement social, tandis que le nombre de personnes sans domicile atteignait environ 330 000.
Si le parc d’hébergement a fortement progressé au cours des dernières années, notamment pendant la crise sanitaire, sa capacité s’est ensuite stabilisée autour de 203 000 places. Le recours aux nuitées hôtelières s’est également développé : elles représentaient près de 64 000 places en 2025, soit environ un tiers du parc.
Cette solution, pensée comme temporaire, tend par ailleurs à se prolonger. En Île-de-France, 13 % des ménages hébergés à l’hôtel y séjournaient depuis plus de dix ans.
Les expulsions aggravent encore les parcours
La situation est également alimentée par la progression des expulsions locatives. En 2025, 30 500 expulsions ont été réalisées, soit une hausse de 25 % en un an et de 88 % depuis 2022.
Pour les familles concernées, la sortie du logement ne débouche que rarement sur une solution durable. Seuls 28 % des ménages avec enfants expulsés ont ensuite accédé à un logement. D’autres ont été orientés vers l’hôtel, hébergés provisoirement chez des proches ou contraints de vivre dans des solutions précaires, voire de connaître l’errance.
« Zéro enfant à la rue » : une promesse toujours pas tenue
Ces chiffres résonnent avec les engagements politiques pris ces dernières années. En décembre 2017, Emmanuel Macron affirmait vouloir « apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont sans abri ». Cinq ans plus tard, son gouvernement affichait un nouvel objectif : parvenir à « zéro enfant à la rue ».
Près d’une décennie après les premières promesses, le nombre d’enfants privés de logement continue pourtant d’augmenter.
Pour l’UNICEF France et la FAS, le sans-abrisme des enfants n’est pas une fatalité. Les deux organisations estiment qu’une politique de long terme doit permettre de passer de l’hébergement d’urgence à un véritable accès au logement. Elles réclament notamment une programmation pluriannuelle allant « de la rue au logement », accompagnée d’un effort massif en faveur de la construction de logements sociaux et très sociaux.
L’UNICEF demande également la création d’un observatoire national du sans-abrisme afin de disposer d’une mesure plus complète et régulière du phénomène.
Des conséquences qui peuvent durer toute une vie
Au-delà des statistiques, les associations alertent sur les conséquences de l’absence de logement sur les enfants. Vivre dans la rue ou dans des conditions d’hébergement précaires peut compromettre leur santé physique et mentale, leur alimentation, leur développement, leur scolarité et leurs relations sociales. L’exposition aux violences et à une insécurité permanente fragilise davantage encore ces parcours.
La situation peut parfois devenir mortelle. Selon le collectif Les Morts de la rue, 14 enfants âgés de moins de quatre ans et 12 adolescents de 15 à 18 ans sont morts dans la rue en 2025.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, l’UNICEF France et la FAS demandent donc que le logement, l’hébergement et la lutte contre la pauvreté deviennent des priorités politiques. Pour les deux organisations, le nombre d’enfants contraints de vivre sans toit constitue un indicateur majeur de la capacité de la société à protéger les plus vulnérables.
Derrière les 2 355 situations recensées par le 115, ce sont autant d’enfants qui s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école sans savoir où ils dormiront.
