— Par Patrick Chamoiseau —
Argiles
Ce qui persiste, qui ne cède pas
Bouches de terre sans parole
Tessons de peuples
Dieux sans autels
Anicet
La bonne mémoire c’est vrai
est un lit de mémoires
Mains de terre d’où monte l’infime d’une présence. Signe de rien, mais qui concentre à fond l’insigne de plusieurs mondes
Adornos
Pierres à trois pointes
Rire salvateur de la chauve-souris dans le désastre du passage
Obscures puissances
C’est dire l’éclat des premiers gestes dans l’absence (t’obéissant soudain) devenue créatrice
(Ici, c’est le feu
qui escorte les mondes abolis)
(les cendres font la naissance)
Je vois l’étrange vaisseau des trays
leurs cargaisons d’époques, ces continents soudain achalandés, toutes ces formes, toutes ces forces, ces matières, et ce bleu à nul autre pareil
ensemble
sans ensemble
dans la secousse d’une longue vision
Victor
Il y aura l’argile, et les signes
et les traces et les feux
dedans les fours qui veillent tout à l’arrière de ces vitraux dont la lumière (ramenée du soleil) défait les chaînes de nos prières
Il y aura
tous les vaincus, et tous les hommes de connaissance qui valent bien mieux que les barrières au-devant des taureaux
Kosto
tes mains sont pleines
l’argile est chaude
des diablesses qui ne craignent plus le sel suspendent des formes sans nom aux fromagers qui tremblent
et parmi nous
là comme ça
la puissance affectueuse du Poète
tient déjà ton sillage.
P.C.
26 0ctobre 2026.

