Accord-cadre solennel : ne pas laisser le président de l’exécutif décider seul avec l’État.

— Les Contre-Chroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Fort-de-France le 11 juillet 2026

Certes, le célèbre port de Grand’Rivière n’était pas construit, ni l’appontement révolutionnaire du Diamant qui a été interdit le propre jour de son inauguration. Ni édifié le ruineux stade Pierre Aliker qui n’a été, au mieux, utilisé qu’à moitié, une ou deux fois depuis 30 ans. Le TCSP qui est le symbole de la faillite du transport public martiniquais n’était pas ouvert. Pas plus que n’était offert à la nomenclatura en goguette l’éphémère Air Martinique ou mis en œuvre le projet mort-né de la SEMAIR.

La Martinique laissée aux mains autonomistes et indépendantistes.

Pourtant, c’est un département fonctionnant rondement, parfaitement équipé pour l’époque, c’est une collectivité en pleine santé financière, réputé le plus avancé des départements d’Outre-Mer, dont les clés ont été remises à la majorité du Pacte global de la gauche, en 1983. Remises avec des ouvrages en cours d’achèvement, tels la Rocade de Fort-de-France ou les ponts d’entre Ste Luce et Le Marin. Quarante ans après, on peut craindre que ne soient dérangés les mânes du président du Conseil général Emile Maurice, de ses vice-présidents Michel Renard et Jean Maran. Mais aussi ceux de Jean-Baptiste Edmond précurseur du tourisme, Alphonse Jean-Joseph apporteur de l’eau de St Joseph à Ste Anne, Victor Sablé, député de la banane, Jean Bally et l’introduction de l’aquaculture, le député Camille Petit, acteur déterminé de la réforme foncière ainsi que d’autres bâtisseurs dont les jeunes martiniquais ignorent jusqu’à leurs noms. Ces élus avaient légué une Martinique active et prospère dotée à peu près de tous les équipements d’infrastructures en usage aujourd’hui.

Les penseurs ont succédé aux bâtisseurs, l’utopie au pragmatisme.

Bref, les idéologues des années 1960-1970 ont pris le pouvoir. Comme le canard à qui on a coupé la tête, les idéologies se sont envolées et ces idéologues maintenus. Comme les médecins qui avaient voulu donner au peuple l’exemple de l’autonomie en refusant de cotiser pour leur retraite à l’organisme français, se jugeant assez grands pour s’en charger soi-même. Jusqu’à leurs 80 ans, parfois bien après, ils ont continué de travailler au prétexte de ne savoir rien faire d’autre. En effet, la Martinique est la seule collectivité au monde où, les idéologies ayant disparu, leurs porteurs ont survécu et détenu toutes les manettes du pouvoir local : politique, médiatique, culturelle, universitaire, sportive, sociétale. Résultat, comme pour les médecins contestataires qui sont descendus dans la rue à plusieurs reprises, la Martinique est victime d’un échec sans précédent : les institutions sont dégradées, l’économie s’en va, la société se décompose. Cette désintégration advient alors que la France, de moins en moins solidaire, est au plus bas, le monde est imprévisible et la Caraïbe, incertaine. A l’intérieur comme à l’extérieur, la France est en chute et son outre-mer, en butte aux vents du large. Les seules dividendes reçus de l’intégration de la Martinique à la Caraïbe sont le narcotrafic, le trafic des armes et les crimes de sang. Par ailleurs, la Martinique est plus que jamais en proie aux velléités des USA qui souhaiteraient redonner des couleurs à la doctrine Monroe. En définitive, au moment où le monde est en feu et que les éléments menacent, la maison Martinique se découvre.

Appel à un rétablissement démocratique.

Pour les partisans du repli identitaire et de la rupture, c’est du pain béni. Le président du conseil exécutif l’a compris, assuré de l’instinct grégaire de ses suiveurs. Ce serait surement le cas de son prédécesseur qui “s’accommoderait parfaitement que son nom soit attaché à l’indépendance de la Martinique, même si cela devait déboucher sur un échec (il cite l’exemple d’Haïti) et même si sa propre famille devait en souffrir !” (2007). En conséquence, au vu de l’accélérateur de l’accord-cadre solennel, présenté comme la réponse au vœu d’Aimé Césaire, le débat sur les institutions semble vouloir déjà se conjuguer au passé. “Mission accomplie”, proclame le légataire universel du père fondateur du parti progressiste martiniquais (PPM). Comme si l’affaire était conclue. La jeune ministre des DOM Naïma Moutchou ne dit pas non.

Au lendemain des consultations-welto de janvier 2010, on avait laissé Serge Letchimy et Marie-Jeanne seuls avec l’État : ils ont enfanté le monstre institutionnel de la CTM. Si on continue de s’en désintéresser, le président du conseil exécutif et l’État finiront tout seuls le travail. En conséquence, la période de moins de deux ans qui sépare de la future mandature devrait servir d’abord à choisir entre la perpétuation du système totalitaire et le retour à un collège démocratique mixte. Au moment où se regroupent les familles politiques totalitaires qui font assaut à l’Élysée, il convient de ne pas laisser au seul maire de St Joseph le combat pour le salut de la démocratie et de la Martinique.

yLm