Le jardin botanique de Saint-Pierre (1803-1902), un joyau oublié.

Il était une fois le Jardin des Plantes de Saint-Pierre.

— Par Xavier Chevallier, Conservateur en chef des bibliothèques —

Le Jardin des Plantes (ou Jardin botanique ou Jardin colonial des Plantes) de Saint-Pierre est un site emblématique de l’histoire de la Martinique. Bien qu’ayant marqué son époque et contribué au prestige de l’île pendant près d’un siècle, il a été effacé de la mémoire collective. Il faisait pourtant la fierté de ses habitants et suscitait l’admiration de milliers de visiteurs. Ces derniers, souvent en provenance de l’étranger et de classe sociale aisée – botanistes, écrivains-voyageurs, photographes et autres personnalités -, étaient à la fois étonnés et charmés par le nombre et la diversité extraordinaire d’arbres, de plantes et de fruits, l’exubérance de la végétation, l’ingéniosité de ses infrastructures et ouvrages d’art, ainsi que la forte présence et mise en valeur de l’eau. Créé en 1803, le Jardin botanique de Saint-Pierre avait pour mission l’étude, l’acclimatation et l’échange de végétaux de Martinique, des Antilles, de la Caraïbe, d’Europe, d’Afrique et d’Asie dans le but de développer la colonie sur le plan agricole, alimentaire, médicinal mais aussi paysager et ornemental. Véritable fleuron du patrimoine martiniquais, connu dans la Caraïbe, en métropole, en Europe et aux Etats-Unis, il a été détruit par l’éruption de la montagne Pelée du 8 mai 1902. Retour sur l’histoire, la splendeur et la disparition tragique d’un jardin devenu mythique.

Plan toponymique du Jardin des Plantes, 1823

Plan toponymique du Jardin des Plantes, 1823

Une ambition de prestige et de développement de la colonie

L’idée de créer un jardin botanique à Saint-Pierre revient à l’intendant de la Martinique Joseph-François Foulquier en 1786. Passionné de sciences naturelles, mais aussi peintre et graveur à ses heures, il doit néanmoins renoncer à son projet, le roi Louis XVI n’y étant pas favorable. La décision de créer le jardin sera finalement prise bien après leur décès par Napoléon Bonaparte, Premier Consul et futur empereur des Français, par arrêté du 19 février 1803. Suite à la restitution de la Martinique par les Anglais, il s’agit pour le préfet colonial Bertin et l’amiral Villaret-Joyeuse de reprendre en main la colonie par différents travaux à Fort-de-France et à Saint-Pierre et d’y développer entre autres la botanique. La France n’a en effet plus de jardin botanique à Saint-Domingue, en raison de l’insurrection anti-esclavagiste de 1791 qui conduira à la perte définitive de l’île. Il s’agit aussi de faire jeu égal avec l’Angleterre, grande puissance coloniale rivale, qui possède un jardin botanique à Saint-Vincent, un autre en Jamaïque et un troisième à Trinidad.

Le choix de la Martinique pour y créer le Jardin a sans doute été influencé par Joséphine de Beauharnais, épouse de Napoléon de 1796 à 1809, originaire de l‘île et férue de botanique ; depuis 1799, elle emploie des botanistes et des jardiniers dans son domaine de Malmaison près de Paris et y fait venir des graines et des plantes d’Europe et d’ailleurs. Quant à l’emplacement du jardin à Saint-Pierre, il est exactement celui qui avait a été proposé par l’intendant Foulquier dix-sept ans auparavant : au pied du Mont Parnasse, à l’habitation dite Poirier, à 2 kilomètres sur la route en direction du Morne-Rouge, appelée route des Trois-Ponts. Entre sa création et la fin du 19ème siècle, le jardin colonial fera l’objet de plusieurs agrandissements et modifications, faisant jusqu’à 6 hectares et comprenant plus de 1 200 espèces de plantes différentes. Une partie est aménagée comme un jardin à la française, répondant à l’ambition de la France de transformer et de maîtriser la nature dans ses colonies, affirmant ainsi sa puissance et sa mission « civilisatrice ». Le site saura cependant tirer parti avec habileté du côté « sauvage » de l’environnement tropical.

Lac et château d’eau du Jardin des Plantes, 1858

Une activité scientifique et agricole de premier plan

Comme tout jardin botanique qui se respecte, celui de Saint-Pierre a pour principale mission l’étude et la connaissance des végétaux (plantes, épices, fleurs, fruits, légumes, arbres, graines) s’y trouvant. De 1812 à 1856, quatre catalogues sont publiés, identifiant avec précision plusieurs centaines, voire plus de mille espèces végétales endémiques, indigènes et exotiques. Le Jardin colonial est donc un lieu de savoir, de recherche, d’expérimentation et d’essais, mais aussi d’enseignement et de formation, notamment pour les jardiniers et agriculteurs. Un jardinier-chef envoyé par le Muséum de Paris, un Allemand nommé Ludwig Hahn, y travaillera dès 1863 et écrira en français un livre d’un grand intérêt : Manuel du bon jardinier aux Antilles, travaux de chaque mois, publié à Saint-Pierre en 1880. Le jardin est aussi doté d’un petit musée d’histoire naturelle en 1869 et d’un laboratoire agricole en 1884 ; il s’y trouve également une bibliothèque traitant de la flore des Antilles. Le père Antoine Duss, religieux et botaniste français d’origine suisse, en consultera assidûment les ouvrages pour rédiger sa monumentale Flore phanérogamique des Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique), ouvrage très important paru en 1897. Enfin, trois bulletins agricoles sont publiés par le Comité consultatif du jardin en 1898 et 1899 et sont reconnus pour la qualité de leurs articles ; mais le quatrième numéro préparé à partir de 1901 ne verra jamais le jour à cause de l ’éruption volcanique de 1902.

Ainsi le Jardin botanique de Saint-Pierre joue un rôle fondamental dans la connaissance et la culture des plantes locales, mais aussi de celles provenant de la Caraïbe et du monde entier, pratiquant des échanges avec les jardins botaniques de France, d’Europe, d’Amérique, d’Afrique et d’Asie. On y acclimate, cultive, expérimente et distribue gratuitement (et parfois vend) sur place grains, semis, végétaux qui contribuent au développement de l’agriculture de la colonie et à sa richesse, mais servent aussi à l’exportation en métropole, en Europe et dans les autres possessions françaises et étrangères des Antilles, d’Afrique, de l’océan Indien, de l’Asie et du Pacifique. Les plantes médicinales y tiennent une place non négligeable : un arrêté du préfet colonial de 1806 indique en effet que le Jardin a pour vocation de « distribuer aux personnes de la classe pauvre des plantes médicinales indigènes ». Enfin, on y cultive, donne ou vend des plantes et arbustes d’ornement et paysagers.

 

Grande cascade du jardin des Plantes, vers 1860

 

Un personnel dédié à la gestion et l’entretien du site

De 1803 à 1902, une douzaine de directeurs se succéderont, la plupart arrivant de France hexagonale (en général des botanistes ou agronomes), les autres étant issus de l’élite blanche vivant sur place : Gabriel Castelnau d’Auros (1803-1814), Roland Le Grand (1815-1827), M. Artaud (1827), M. Montfleury de l’Horme (1827-1833), Célestin Desmarinières (1833-1838), M. Mancet (1838-1840) ; de 1840 à 1845, le jardin est confié à la Société d’agriculture et d’économie rurale de la Martinique ; puis on nomme de nouveau des directeurs : Luc Barillet (1845-1852), Charles Belanger (1853-1881) qui sera assisté à partir de 1863 par l’Allemand Ludwig Hahn, Armand-Justin Thierry (1882-1888), Gaston Landes (1888-1889) ; puis c’est la mairie de Saint-Pierre qui l’administre (1889-1890), et enfin Eugène Nollet (1890-1902). Certains se feront remarquer pour les améliorations importantes qu’ils apporteront au jardin, ainsi que pour leurs écrits de haute tenue scientifique ; d’autres seront sévèrement critiqués. Outre un concierge, le personnel est composé de plusieurs hommes et femmes noires de Martinique chargés de l’entretien quotidien des plantes, des bâtiments et infrastructures ; leur nombre varie de six à plus d’une douzaine de personnes, selon les circonstances et les moyens budgétaires que le Conseil général alloue. Ils sont en général encadrés par un jardinier-chef ; un certain nombre d’entre eux apparaissent sur plusieurs photos du site. Parfois, des condamnés sont employés en main-d’œuvre d’appoint. A signaler qu’en 1822, des Noirs africains trouvés enchaînés sur un bateau de traite (l’Amélie) arraisonné non loin de la Martinique (la traite négrière est interdite depuis 1817), y seront affectés pour des travaux de défrichement et d’entretien.

 

Le Jardin botanique avant 1900

 

Un jardin public dont la beauté émerveille ses visiteurs durant près d’un siècle

Plus d’une cinquantaine de dessins, gravures, photos et cartes postales, qui ont été réalisés de 1823 à 1900, nous sont parvenus. Ils nous montrent le Jardin des plantes sous différents aspects : plan topographique, allées, bâtiments, pont, palmeraie, plantes et arbres, bassins, fontaines, rivières, petit lac, petite et grande cascade. De plus, des témoignages écrits laissés par des visiteurs de classe aisée provenant de métropole, d’Europe et des Etats-Unis nous donnent une idée précise de la sensation de dépaysement qu’il procurait. Le lieu séduit, voire émerveille par la profusion d’arbres et de végétaux, leur agencement ainsi que les ouvrages d’art (bassins, canaux, fontaines) et autres aménagements permettant de mettre en valeur la nature tropicale : « paradis floral […]  Jardin enchanteur […] délicieux domaine », selon Christophe Paulin de la Poix, officier de marine et archéologue français qui le visite en 1822. M. Reisser, sous-commissaire de la marine, parle en 1846 d’un « lieu privilégié […] rempli d’enchantement ». En 1858, Edouard Hommaire de Hell, professeur de mathématiques à Saint-Pierre et économiste, décrit un « magnifique jardin, [qui] offre des beautés toujours nouvelles ». Sa mère, Adèle Hommaire de Hell, exploratrice et femme de lettres, écrira en 1870 « tout sollicite et ravit le regard du promeneur qui marche d’enchantement en enchantement ». « Ce jardin est merveilleux », note Charles Mismer, ancien sous-officier de cavalerie et journaliste français séjournant en Martinique dans les années 1860 ; « Lieu enchanteur » selon le peintre, photographe, auteur, inventeur et voyageur américain d’origine juive portugaise, Solomon Nunes Carvalho qui le visite en 1874. Edouard André, jardinier, architecte-paysagiste français renommé, parle en 1877 d’un « lieu célèbre et charmant […] que la nature et le goût se sont plu à embellir », puis ajoutera en 1879 : « J’ai pu admirer le jardin de la Martinique ; il m’a laissé une impression ineffaçable ». En 1883, le richissime industriel suisse Alfred Staehelin-Gruner écrit : « Je n’ai pas manqué de visiter le Jardin Botanique, le plus bel ornement de Saint-Pierre ». Le journaliste britannique Lafcadio Hearn qui séjourne en Martinique de 1887 à 1889 n’est pas en reste : « la nature a accompli ici infiniment plus que l’art de l’homme – bien que cet art ait beaucoup contribué à créer le charme de l’endroit -, et jusqu’à tout dernièrement le résultat obtenu pouvait être considéré comme une des merveilles du monde », précise-t-il. Pour Louis Garaud, vice-recteur de la Martinique de 1889 à 1891, « Le jardin de Saint-Pierre est une des merveilles du monde, mais une merveille inconnu ». « Le Jardin botanique de la Martinique est l’un des plus riches du monde », peut-on lire en 1897 dans le magazine belge L’Illustration horticole. En 1901, l’américaine Ida May Hill Starr dira : « Nous sommes aussi impatients que des enfants d’arriver au Jardin des Plantes, le célèbre jardin botanique de la Martinique » […] « ce jardin est la fierté de l’île et une merveille des Antilles ». Il est « le plus beau jardin de toutes les Antilles », écrit le député de la Guadeloupe Gaston Gerville-Réache dans l’encyclopédie Les colonies françaises parue en 1902.

D’autres personnalités le visiteront : le prince et capitaine Napoléon-Charles Bonaparte en 1864, le baron de Hübner, diplomate et écrivain autrichien en 1887, l’économiste belge Gustave de Molinari également en 1887, le comte Alfred de Lameth en 1891, l’écrivain et éditeur américain Maturin Murray Ballou en 1892, le voyageur et écrivain néerlandais Gerrit Verschuur en 1894. Il est à souligner que les venues du juvénile prince Alfred d’Angleterre en 1861 et du célèbre entrepreneur français Ferdinand de Lesseps en 1879 donneront lieu à de somptueuses fêtes dans le Jardin qui se prolongeront jusqu’à tard dans la nuit.

 

Jardin des Plantes de Saint-Pierre _ Gravure vers 1890

 

Le revers de la médaille du Jardin botanique

Sous son apparence de jardin d’Eden ou de paradis tropical, le Jardin de Saint-Pierre a connu des périodes plus sombres. Tout d’abord, il n’était pas sans danger en raison de la présence de serpents, véritable fléau de l’île. Aussi était-il risqué d’aller à certains endroits luxuriants ou ombragés et de s’attarder en fin d’après-midi, sous peine d’être désagréablement surpris et effrayé, voire attaqué par le trigonocéphale « fer-de-lance » ; plusieurs cas de morsures, souvent mortelles sont survenus. Le Jardin est aussi tristement célèbre pour les duels clandestins à l’épée ou au pistolet qui s’y déroulent de temps à autre, avec parfois mort d’homme.

En outre, les catastrophes naturelles n’ont pas épargné le site qui a été parfois durement affecté : l’éruption du 5 août 1851 recouvrant Saint-Pierre et ses alentours de cendres, l’orage et les pluies diluviennes des 22 et 23 avril 1865, « une crue extraordinaire » de septembre 1868, le grand cyclone de Saint-Pierre du 9 septembre 1872, le cyclone du 8 septembre 1875, et enfin le terrible et meurtrier ouragan du 18 août 1891 détruisant notamment le laboratoire de chimie agricole. Quant aux révoltes et tensions politiques et sociales qui ont secoué l’île au cours du 19e siècle (occupation par les Anglais de 1809 à 1815, révolte d’esclaves du Carbet de 1822, révolte de la Grande Anse (Lorrain) en 1833, révolte anti-esclavagiste de mai 1848 à Saint-Pierre, insurrection du Sud de 1870, crise sucrière à partir de 1884, grèves de février 1900), elles l‘ont assurément impacté à des degrés divers.

En 1840, les infrastructures du jardin sont dans un tel état de délabrement que d’importants travaux y seront entrepris. De plus, en l’absence de clôture jusque vers 1850, il subit assez fréquemment des dégradations et des vols de plantes et de matériel. Ajoutons que des conflits internes et politico-administratifs, des décisions hasardeuses (l’abattage des palmiers, la culture de rosiers, d’indigo et de quinquina), et surtout des moyens insuffisants accordés par le Conseil général ont eu des conséquences particulièrement fâcheuses. A la fin des années 1870 et 1880, plusieurs visiteurs déploreront un manque flagrant d’entretien.

Enfin, à une époque qui reste à préciser, il y aurait eu à l’entrée du jardin une pancarte marquée « interdit aux chiens, aux nègres et aux mulâtres » : information bien évidemment consternante qui m’a été rapportée mais dont je n’ai pas trouvé la source, malgré plusieurs recherches. En tout cas, il est certain qu’en Martinique, l’histoire de bien des lieux prestigieux comporte sa part d’ombre. C’est d’ailleurs une immense tragédie qui mettra un terme à l’existence du jardin : le 8 mai 1902, la nuée ardente qui anéantit Saint-Pierre et tue plus de 26 000 personnes, ravage également le site. Le directeur Eugène Nollet et toute sa famille y trouvent la mort, et probablement d’autres employés.

 

Petite allée du Jardin des Plantes _ Photo colorisée, vers 1890

 

Un lieu à réhabiliter ou à réinscrire dans l’imaginaire collectif ?

La disparition brutale et dramatique du Petit Paris des Antilles a un retentissement mondial et marque la fin d’une époque. L’ancien jardin détruit, quant à lui, fera l’objet de quelques visites, notamment en 1905 quand cessent les éruptions de la montagne Pelée et que commence le tourisme des vestiges de Saint-Pierre ; mais il est vite laissé à l’abandon. En atteste cette annonce parue dans le Journal officiel de la Martinique du 6 février 1912 : « A VENDRE 1° Une grille en fer en mauvais état qui se trouve à l’ancien jardin botanique de Saint-Pierre ». Saint-Pierre étant rayée de la carte, les priorités sont dorénavant à Fort-de-France avec la création à partir de 1902 d’un jardin d’expérimentation à Tivoli sous la houlette d’Armand-Justin Thierry, ancien directeur du Jardin de Saint-Pierre. L’objectif pour ne pas dire l’urgence est de nourrir la population des réfugiés du nord-caraïbe et atlantique qui a afflué par milliers et de les encourager à cultiver. C’est aussi à Fort-de-France que sera créé et inauguré le 14 juillet 1918 le jardin Desclieux, jardin public de plus de 6 hectares conçu par le directeur du service de l’agriculture, Eugène Bassières.

Sur le plan littéraire, entre 1902 et 1930, plusieurs livres, articles scientifiques, historiques et récits paraissent sur la catastrophe de Saint-Pierre ; les auteurs, qu’ils soient américains (William A. Garresche, Charles Morris, James Martin Miller, Angelo Heilprin, John Whitney, Lydia Whittaker), français ou francophones (les spécialistes en agronomie et botanique Edouard André et Jean Dybowski, le journaliste Jean Hess, le religieux Charles L. Lambolez, l’auteur belge Yves de la Trouplinière), ou martiniquais (Fernand Yang-Ting, Virgile Savane, Césaire Philémon) ne manquent pas de se remémorer le Jardin des plantes de manière plus ou moins détaillée. Il devient ainsi le lointain vestige et le symbole d’un passé révolu, n’existant plus que dans la mémoire et l’imagination de quelques-uns. Puis en 1966 aux Etats-Unis paraît dans la Revue américaine d’horticulture un très instructif article de 6 pages en anglais intitulé Le jardin botanique de Saint-Pierre, 1803-1902 ; les deux auteurs – l’un directeur de l’arboretum de la Jamaïque et l’autre directeur du jardin botanique de Genève – retracent son histoire et ses activités. En Martinique, c’est à partir des années 1970 et 1980 que le Jardin sort peu à peu de l’oubli, grâce notamment à quatre passionnées et grandes connaisseuses de l’histoire et du patrimoine martiniquais : Marie-Chomereau-Lamotte, Lilane Chauleau, Maïotte Dauphite et Solange Contour. Dans leurs très intéressants livres respectifs consacrés à Saint-Pierre avant 1902, elles évoquent le Jardin et plusieurs de ses caractéristiques. Cependant, une avancée décisive sera franchie avec deux ouvrages tout à fait remarquables qui le feront véritablement renaître : Le jardin botanique de Saint Pierre, Martinique (1803-1902) de Françoise Thésée (1990) et Les grandes migrations végétales et le jardin des plantes de Saint-Pierre (1996), par Adeline de Reynald et François Hayot.

Mais qu’en est-il du jardin de nos jours ? Le visiteur qui s’y rendra constatera que le lieu (par endroit clôturé), n’est plus que végétation envahissante sans charme particulier, et que les quelques ruines subsistantes sont difficiles à trouver. Les deux rivières – et surtout la grande et la petite cascade -constituent désormais le principal attrait du site, dont la réhabilitation envisagée depuis plusieurs années, reste à l’état de projet.

Heureusement, grâce aux écrits, livres et travaux de botanistes et voyageurs, de passionnés d’histoire et de patrimoine, mais aussi aux journaux, gravures et photos d’époque ainsi qu’à l’archéologie, le jardin botanique de Saint-Pierre nous dévoile ses nombreuses facettes et nous fait prendre conscience de sa splendeur passée. On peut penser que dans un futur proche, l’Intelligence Artificielle sera en mesure de le recréer en grande partie : on pourra ainsi s’y promener virtuellement, sans la crainte d’y rencontrer un serpent. Et qui sait, peut-être qu’un jour une cuvée de rhum, liqueur ou autre boisson portera le nom Jardin des plantes (ou jardin botanique) de Saint-Pierre. Ce serait un bel hommage, faisant le lien entre histoire, patrimoine et production locale…

Xavier Chevallier,
Conservateur en chef des bibliothèques

 

A Paul Charlery, Georges Montout, Bertrand Caruge et Alain Cadoré

En souvenir d’échanges culturels fructueux

 

 

Jardin botanique détruit après le 8 mai 1902

Quelques références

Le jardin des plantes en 2025 | La grande cascade du jardin des plantes en 2025 |  Photographies de Xavier Chevallier

 

Le jardin de ce monde ne fleurit que pour un temps

Ghandi (1869-1948), avocat et homme politique indien

Il faut cultiver notre jardin

Voltaire (1694-1778), écrivain et philosophe français

Un livre est comme un jardin que l’on porte dans sa poche

Gladys Taber (1899-1980), auteure et universitaire américaine

Dans le langage des jardiniers, les plantes crèvent, mais les roses meurent

Julien Green (1900-1998), écrivain américain de langue française

Un jardinier qui sabote une pelouse est un assassin en herbe

Raymond Devos (1922-2006), humoriste français

Je cultive mon jardin. Et dans ma vie professionnelle comme dans mon carré de jardin, j’ai bien l’intention d’exclure les navets.

Louis de Funès (1914-1983), acteur français

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