« Olubakaka » : mémoire vive et conscience en éveil

Vendredi 15 mai | 19h30| La Paillote| Les Anses d’Arlet

Portée par le collectif Zomatchi et mise en scène par Kocou Yemadje, la création théâtrale Olubakaka, inspirée de Wôlôguèdè, la chaîne incarcérée de Flavien Zountchémin, s’impose comme une œuvre à la fois poignante et profondément engagée. Soutenue par la section Atlantique Ouest de l’Association des professeurs de français du Bénin, qui a su mobiliser un large public scolaire, cette représentation a rassemblé apprenants et enseignants autour d’une expérience artistique d’une rare intensité.

Dans la lignée des réflexions d’Ariane Mnouchkine, qui voit dans le théâtre le reflet des tragédies collectives, Olubakaka fait surgir sur scène une mémoire douloureuse, celle de la traite négrière et de ses séquelles persistantes. Le personnage éponyme, survivant tourmenté, condamné à errer entre le monde des vivants et celui des ancêtres, incarne une conscience blessée, incapable de trouver l’apaisement. À travers cette figure, la pièce donne chair à une histoire enfouie, mais jamais éteinte.

La mise en scène, d’une grande force symbolique, rejoint la pensée d’Arthur Adamov en faisant du plateau un espace de rencontre entre visible et invisible. Le récit retrace avec gravité les étapes du calvaire des captifs : l’arrachement à la terre natale, l’entassement dans les cales des navires négriers, puis la déshumanisation progressive, jusqu’à leur réduction au rang d’objets marchands.

Cependant, l’œuvre ne se limite pas à une évocation du passé. Elle interpelle avec vigueur notre présent. En intégrant une dimension interactive, le spectacle engage le public dans une réflexion lucide sur les formes contemporaines d’asservissement. Sont ainsi mises en lumière des réalités troublantes : exploitation des migrants africains, violences infligées à certaines jeunes femmes dans les pays du Golfe, ou encore persistance de pratiques telles que le mariage forcé, le lévirat, la traite et la mendicité des enfants.

Durant près d’une heure trente, les spectateurs, majoritairement issus du milieu scolaire, ont été tour à tour témoins, acteurs et porteurs de cette mémoire partagée. Entre émotion et prise de conscience, Olubakaka s’affirme comme un théâtre du réveil, refusant l’oubli et appelant à une vigilance collective.

Par cette initiative, l’Association des professeurs de français du Bénin réaffirme avec force le rôle fondamental de la culture et de la littérature comme instruments d’éducation, de transmission et d’engagement citoyen au service des générations futures.

D’après un texte de Ganiou Agnidé