— Par Max Dorléans (GRS) —
Ces jours derniers, avec des mouvements sociaux qui ont affecté des pans considérables de la population la plus en difficulté, la question de la délégation du service public dans de multiples activités (transport, eau…), est revenue sur le tapis. De la part de certain/es disant tout le bien qu’ils/elles en pensaient, et d’autres au contraire, la contestant et déclarant qu’il fallait laisser en règle générale, la main au secteur privé considéré plus performant.
Et c’est sur cette question que le 13 avril dernier, Daniel Ajoup interviewé sur RCI par P.Diser, a fait le panégyrique de la délégation de service public (DSP) dans le transport terrestre de passagers, un secteur d’activité qu’il connait bien en qualité d’ex-directeur marketing…à Sud Transport opérant dans la circonscription du Sud.
Non aux illusions !
Pourtant, à regarder de près les choses, le moins qu’on puisse dire, c’est que tout ce qui a été mis en place dans le transport (terrestre ou maritime) depuis des années par la CTM (ou autre collectivité) pour satisfaire le besoin de mobilité de la population, n’a pas apporté la satisfaction attendue par la population. Il suffit de se souvenir, en dépit des discours tenus sur la base des contrats passés entre la (les) collectivité(s) et les sociétés en charge de la mission de service public, des déboires et mécontentements des usagers.
Toutefois, si certains peuvent se satisfaire, malgré la réalité des faits, des quelques améliorations intervenues – il est vrai que l’on partait de peu ou de rien – elles ne répondent nullement aux besoins et attentes exprimés par les usagers. En l’occurrence des rotations bien plus nombreuses, des plages horaires journalières de roulement plus larges, des prix modiques voire la gratuité pour certaines catégories, des bus bien entretenus, une sécurité réelle…
Dès lors, comment pourrait-il en être autrement lorsque ce service est délégué à une entreprise (ou à plusieurs entreprises) dont l’objectif, même balisé dans le cadre d’un marché public formellement « contraignant », n’est rien d’autre que la recherche du profit.
Les politiques d’austérité et privatisation larvée ou directe
Cessons donc de rêver. Un service public répondant à la fois aux besoins de la population et aux intérêts des salariés en matière de conditions correctes de travail, de statut et de rémunération, est de nos jours intenable avec des politiques d’austérité conduites par l’Etat. En effet, c’est lui qui, depuis des décennies, et pour répondre aux intérêts des dominants, a asséché les ressources des collectivités. Ce qui veut dire, qu’à défaut d’un Etat cherchant à assurer lui-même des services publics de qualité, ou à donner aux collectivités décentralisées les moyens pour correctement satisfaire les besoins exprimés grâce à des dotation globales de fonctionnement à hauteur des nécessités, ce sont les usagers qui font les frais des politiques libérales austéritaires. Car tôt ou tard, les délégations de service public vont montrer leurs limites, et dans le cas d’entreprises privées sans contraintes réelles (cahier des charges), ce n’est pas le besoin de l’usager qui est recherché, mais bien la recherche de profits juteux.
Pour un vrai service public !
La délégation de service public dans ces conditions, aujourd’hui comme hier, ne peut pas faire le compte. Pour la raison bien simple qu’en système capitaliste, ce n’est jamais la satisfaction réelle des besoins sociaux essentiels qui est prise en compte dans sa diversité, mais uniquement les intérêts économiques et financiers de ceux qui dirigent les entreprises censées subvenir à ces besoins.
Ce qui signifie que pour satisfaire pleinement les intérêts des populations, et ceux des personnels, il n’y a que le service public. Soit en gestion directe par l’Etat. Soit en régie avec une collectivité publique.
Et cela vaut non seulement pour le secteur du transport, mais aussi pour l’ensemble des secteurs répondant aux besoins fondamentaux de la population (santé, éducation, logement, culture, alimentation…).
Sauf qu’une telle orientation nécessite des financements satisfaisant les besoins, et donc de nouveaux financements qu’il faut aller chercher auprès de ceux qui ont eu, pour leurs seuls intérêts, les largesses de l’Etat. Il suffit encore de se souvenir du résultat des récents travaux de la commission d’enquête sénatoriale conduite en 2025 par le PCF, montrant qu’en 2023, 211 milliards d’euros avaient été distribués aux entreprises en France, sans que l’on sache précisément où ils sont passés, à quoi ils ont servi, et qui les a distribués. Un résultat et une information restés plutôt discrets, et qui n’ont évidemment pas fait la une des médias dominants.
Incursion dans les règles du système
L’orientation en satisfaction des besoins du plus grand nombre nécessite de rebattre les cartes, de bousculer les règles de fonctionnement qui ont été à l’avantage des plus puissants, et ont soumis le système à leurs intérêts.
Cette orientation passe par une autre répartition des richesses, par une véritable réforme fiscale qui prenne l’argent, non pas dans les mains des petits transporteurs, des petits commerçants, des petits artisans qui tirent souvent le diable par la queue, mais entre les mains des vrais pilleurs capitalistes qui s’enrichissent quotidiennement sur le dos du plus grand nombre.
On se souvient de ce qu’il est advenu de la modique taxe Zucman de 2% sur le patrimoine visant à abonder un tant soit peu, le budget de l’Etat pour 2026.
Aujourd’hui, améliorer le sort du plus grand nombre exige de mettre en rapport les deux éléments ci-dessus évoqués. D’un côté, l’accaparement en toute discrétion des cadeaux faits au grand capital, et de l’autre le refus par la droite au service du capital, de tout impôt supplémentaire, même insignifiant. Cela doit donc nous faire réfléchir pour agir en direction d’un autre modèle social non seulement nécessaire, mais urgent pour changer le quotidien de la majorité de la population.
Max Dorléans (GRS)
