“1870: Femmes au Conseil de Guerre”, de H. Bellemare & H. Deluge

Vendredi 26 février à 19h30. Maison de la Culture. Le Lorrain

Lecture théâtralisée

La lecture est celle de « 1870, FEMMES AU CONSEIL DE GUERRE », une pièce d’Huguette Bellemare et Hervé Deluge, d’après les travaux de l’historien Gilbert Pago.

Le site « Cases Rebelles » parle de la place des Femmes dans les procès qui ont suivi les événements ; extraits.

Un conseil de guerre : 

L’instruction judiciaire aura lieu alors que le Sud est en état de siège, sous l’entière responsabilité des forces armées coloniales : c’est donc un conseil de guerre « réuni pour juger les accusés compromis dans l’insurrection du Sud ». Aux lendemains de l’insurrection, la bourgeoisie blanche réactionnaire avait réclamé des mesures expéditives et une répression terrible qui devrait « une fois pour toutes, mater toutes velléités de résistance ». 

La place des Femmes : 

Quant aux femmes , elles se signalèrent par leur ardeur, ce qui fit dire au gouverneur  qu’elles « se sont montrées dans la lutte plus cruelles que les hommes ».

Les pressions de l’accusation ont commencé dès les interrogatoires lors des arrestations. En pleine audience, Amanthe Jean-Marie révèle dans quelles conditions de chantage sa déposition qui charge son compagnon Villard et étaye le thèse du complot lui a été extorquée par le juge d’instruction. Quant à Marie Marie-Sainte, servante de Villard, dont les déclarations ont également servi à soutenir la théorie complotiste, elle déclarera avoir témoigné sous la dictée. De plus le procès se tient en français alors que bon nombre d’accusées sont créolophones. Outre le rapport de pouvoir que cela induit, cela occasionne également des confusions au niveau des témoignages.

Le traitement particulier appliqué aux insurgées pendant le procès relève du même type de paternalisme, le sexisme en plus : dans l’esprit des répresseurs, les femmes sont plus manipulables et plus susceptibles de donner des informations en échange de non-lieux.

Au cours de l’instruction, il y eut de nombreux non-lieux, souvent accordés parce que le magistrat instructeur, ayant inculpé un chef de famille, estimait que la plupart des enfants et la femme de ce dernier avaient été contraints de suivre le père. C’était une tentative habile de fissurer les solidarités familiales.

Parfois cette solution du « chef de famille » est acceptée par la famille parce que celui-ci est mort pendant la répression. Ce procédé masque la participation massive et autonome des femmes à la révolte ; ce sont des femmes des campagnes « ouvrières agricoles ex-esclaves », et les « filles d’ex-esclaves et d’affranchis ». Il n’y aura que 15 femmes (dont 2 en fuite)  parmi les 114 inculpés.

Aux côtés de cette logique sexiste et infantilisante du « chef de famille », il y a l’acharnement sur quelques cas, comme  notamment celui de ( l’emblématique Lumina Sophie qui a joué un rôle de meneuse. Elle est présentée comme un monstre, une abomination, et une blasphématrice. Ce qu’on lui reproche au fond c’est d’avoir joué un rôle qui ne correspond pas à ce que le pouvoir attend d’une femme. Et alors qu’on essaie de faire porter aux hommes la responsabilité de complot, la révoltée emblématique, elle,<  est considérée comme folle.

Les peines pour les inculpées vont de l’acquittement, pour Sylvanie Sylvain, à la peine de mort (par contumace), pour Madeleine Clem ; pour les autres : prison, travaux forcés, dont une peine à perpétuité pour la plus célèbre des insurgées, Lumina Sophie : déportée au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane, elle y meurt huit ans plus tard, de maladie et de mauvais traitements, après avoir été mariée de force à un prisonnier français.

(Lumina Sophie est restée une figure très importante de l’identité martiniquaise. Elle a inspiré plusieurs ouvrages d’histoire ou de fiction à des écrivains martiniquais, sous le titre “Lumina Sophie dite Surprise” : Gilbert Pago et Suzanne Dracius).

Dans Cahiers d’histoireSébastien Jahan parle des femmes dans le livre de Gilbert Pago, L’insurrection de Martinique (1870-1871), Paris, Éditions Syllepse, 2011 

… s’ouvre ensuite une seconde partie du livre, très intéressante, qui s’appuie sur les archives des deux premières séries de procès qui eurent lieu dans le courant de l’année 1871. C’est l’occasion d’abord de dresser un portrait collectif des insurgés, paysans pour la plupart, jeunes (moins de 40 ans) le plus souvent, des hommes certes, mais aussi des femmes. Celles-ci montaient parfois en première ligne dans les combats et certaines jouèrent un rôle de meneuse, comme cette Lumina Sophie, incendiaire d’habitations et blasphématrice, que Gilbert Pago dépeint comme une figure de proue de la révolte. Ces chapitres illustrent aussi les dysfonctionnements d’une justice de classe et de caste, entre les partis pris d’une instruction qui s’obstina à démontrer l’existence d’une pseudo-conspiration indépendantiste et la désinvolture des avocats des insurgés qui refusèrent de plaider pour « cette foule lâche…, réfractaire à toute civilisation ». En filigrane, c’est aussi un portrait de l’élite coloniale blanche qui se dessine, un portrait où le machisme le dispute au racisme. Les femmes ayant pris part à la révolte sont moins sévèrement punies que les hommes parce qu’on ne les jugeait pas capables de s’impliquer activement dans les événements, mais aussi parce qu’on les croyait plus manipulables et que la justice espérait ainsi obtenir d’elles des informations en échange de la clémence. Quant à Lumina Sophie, elle fut condamnée aux travaux forcés à perpétuité, non pas, nous dit l’auteur, en raison de son rôle dans l’insurrection, mais pour avoir refusé de se conformer aux codes moraux en vigueur, à l’image « de douceur, de soumission et de réserve » qui convenait alors aux femmes… 

PS : N’oubliez pas, port du masque obligatoire dans le respect des mesures sanitaires imposées. +d’infos 0596 53 81 42