Tag Archive for Yves-Léopold Monthieux

Le « racisme de la peau sauvée” en Martinique.

— Par Yves-Léopold Monthieux —

L’article de Raphaël Confiant paru dans Montraykréyol le 14 août 2019 fait un balayage de divers sujets qu’il semble avoir eu du mal à résumer dans le titre Cela proviendra sans doute de la crise française et mondiale… L’écrivain évoque sans le dire l’indépendance de la Martinique, qui devrait, à l’image de ce que fut le cas pour les ex-colonies anglophones, relever plus de l’initiative de la France que de la volonté des autochtones. Il serait davantage question de largage que de conquête. Pas très glorieux. Reste que vis-à-vis de la France, la Martinique ne peut être que dedans ou dehors, l’entre-deux ”autonomiste-nationaliste” ne peut pas signifier la fin du colonialisme, l’objectif visé.

Moins attendu, il n’y a pas grand-chose à redire de la description de l’évolution économique de la Martinique qui serait passée de « l’économie coloniale productive » à « l’économie départementale improductive ». Sauf que la ”coloniale” était une économie de la misère comme l’est partout dans le monde l’économie de la canne, tandis que la ”départementale” est, selon le mot de Cabort-Masson, « l’économie des Koweitiens sans pétrole ».

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L’OJAM : « Il y a autant d’Ojam que d’ojamistes ».

Par Yves-Léopold Monthieux —

Après avoir relu le livre-témoin de Gesner Mencé, L’affaire de l’OJAM ou le Complot du mardi-gras ; revu le film de Camille Mauduech, La Martinique aux Martiniquais, acte I, et pris connaissance de l’acte II : une mine de révélations en mode de confessions ou d’aveux ; après avoir assisté à deux débats sur le film, dont l’un avec la participation d’anciens de l’organisation, il est possible d’avoir une bonne connaissance du phénomène de l’OJAM. Lequel n’eût jamais eu un tel retentissement sans la regrettable arrestation de quelques-uns de ses membres.

Marqué par les meurtrissures de la décolonisation, de la guerre d’Algérie, en particulier ; instruit de la fragilité sociale des nouveaux départements ; la France craignait l’apparition de nouveaux foyers insurrectionnels. Aussi, elle avait cru devoir réprimer dans l’œuf toute agitation, avant de prendre diverses mesures destinées à transformer, de fait, le mode d’appartenance de ces territoires à la France (SMA, AFPA, BUMIDOM, réforme foncière, abattement fiscal, quota d’importation, etc). Selon l’historien Julien Sainton, l’intégratioon se serait substituée à l’assimilation.

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Crash de 1969 : le Secret-Défense qui arrange le PCM.

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Je m’apprête à publier une tribune qui montrera que, tout en s’opposant à l’assimilation, le Parti communiste martiniquais (PCM) a, par son action sociale en faveur de la classe ouvrière, participé à l’installation du département. Cependant, des circonstances nouvelles me conduisent à publier d’abord une réflexion totalement imprévue qui montre un autre aspect de ce parti, bien moins glorieux. Après les récentes déclarations de deux dignitaires du PCM, les conditions de l’envoi en mission au Chili du militant Dolor Banidol, en 1969, ainsi que le silence abyssal observé depuis sa mort rappellent les heures sombres du stalinisme.
Voilà un secrétaire général du PCM qui révèle à la télévision de la façon la plus claire et intelligible qui soit, gestes à l’appui, les circonstances de la disparition de son camarade de bureau. Il avait été lui-même désigné, dit-il, pour représenter son parti à un congrès au Chili, mais y avait renoncé à la suite d’une confidence relative à un possible accident de l’avion qui devait le ramener.

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L’autonomie sans le dire : des symboles, des gestes, des coups de menton. C’est tout.

— Par Yves-Léopold Monthieux —
Jean-Marie Nol me permettra d’emprunter à sa tribune parue dans Madinin’art, Vers un statut d’autonomie pour la Guadeloupe sans le dire. Il fait une description honnête de l’embarras où se trouve la Guadeloupe qui n’est pas éloignée de celle de la Martinique, sauf que cette dernière prétend jouer les pionniers en voulant montrer le chemin aux autres DOM. Le geste de quitter en premier le statut départemental ne va pas au-delà d’une coquetterie sémantique, tant le changement est ténu. Au vu des résultats, on comprend les réticences de la Guadeloupe à suivre ce chemin. Autre geste, on sait que, quitte à inverser le calendrier, les historiens martiniquais sont quasiment parvenus à convaincre que, « par les seuls moyens » des esclaves martiniquais, ces derniers ont imposé la suppression de l’esclavage dans les DOM. Un mois cependant après la signature, en France, du décret d’abolition ; façon d’essayer de rattraper l’avance prise par la Guadeloupe avec Louis Delgrès.
Reste que dans les deux départements français des Antilles, on tire dans les deux sens sur la corde politique.

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Le n’importe quoi contre le BUMIDOM cache mal l’échec des politiques locales.

— Par Yves-Léopold Monthieux —
En ce début de siècle bien entamé, la Martinique se retrouve dans une situation politique qui inquiète et provoque le départ massif de jeunes de tous niveaux d’études et de formation. Le sujet est pris en charge par la sénatrice Catherine Conconne, à travers une formule qui sonne comme un slogan électoral, alé – viré (aller – retour), le viré rappelant la lettre « A » du RMA (Revenu minimum d’activité) qui se fait toujours attendre. Bref, l’élue nationale française l’a compris que c’est en marchant qu’on se fait un chemin.
Reste que la Martinique est à un moment de vérité né de la conjonction de plusieurs phénomènes. D’abord, les progrès obtenus au rythme des conflits sociaux ont permis d’élever l’indice de développement humain (IDH) au rang le plus élevé. Par ailleurs, de l’école maternelle à l’université, les progrès obtenus dans le domaine éducatif ont été exceptionnels. Le succès ne fut pas moindre, s’agissant de la formation des adultes par le SMA et l’AFPA. En revanche, l’échec de l’économie paraît consubstantiel au statut de département d’Outre-Mer.

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Dolor Banidol a disparu « parce qu’il était l’un des meilleurs d’ »entre nous » »

— Par Yves-Léopold Monthieux —

« Dolor Banidol victime « désignée » du crash de 1969 ». C’est le titre de l’article de Guadeloupe-la-1ère, suite à l’interview vidéo qui a été accordée à l’un de ses journalistes par l’ancien secrétaire général du Parti communiste martiniquais (PCM), historien, père de l’Histoire martiniquaise et du 22 mai. Martinique-la-1ère a partiellement retransmis cet entretien le 9 juin 2019.

Dans le crash de l’avion qui les ramenait d’un congrès au CHILI, le 4 décembre 1969, le secrétaire général du Parti communiste de Guadeloupe Euvremont Gene et le militant du PCM Dolor Banidol ont trouvé la mort. Le CHILI traversait alors une période politique sulfureuse qui allait, sur fond de guerre froide, conduire à l’élection du socialiste Salvador Allende en 1970, puis à son assassinat en 1973. Bien que l’enquête sur le crash ait été classée SECRET-DEFENSE, des fuites ont eu lieu qui militent en faveur de l’hypothèse de l’attentat que des « avertissements » prémonitoires auraient précédé.

En Guadeloupe, pour l’histoire et la famille d’Euvremont Gene, un comité se bat pour que soit faite toute la lumière sur cette affaire couverte par la « raison d’Etat ».

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Sachez que la Martinique n’intéresse pas le Président de la République.

— Yves-Léopold Monthieux —
Le billet du 28 mai dernier de Montraykréyol à propos des résultats des élections européennes m’avait échappé. Davantage qu’un commentaire, j’y vois l’expression d’une réalité politique et d’une naïveté inquiétante de la part d’universitaires. Ceux-ci se sont dit « médusés » d’entendre de la bouche d’une ministre la déclaration suivante :
« Ecoutez, la Martinique a toujours refusé d’avoir des secrétaires d’état et des ministres, elle a la population la plus vieille de France, elle est d’ailleurs dirigée par un vieillard sénile qui est indépendantiste en plus, elle n’a aucun projet d’avenir ». Les professeurs ont-ils été estébékwés au point d’attendre un an et demi avant de divulguer la déclaration de la ministre, laquelle n’est toujours pas désignée par son nom. Complice de cette réserve, la presse n’est pas prompte à relayer ce genre d’information susceptible de faire des vagues dans la mare politico-médiatique.
A vrai dire, seul le motif du grand âge de la population me paraît inapproprié car non opposable à la politique locale. C’est la conséquence mécanique de la « démographie galopante » des années 1950 – 1960, stimulée par les progrès sociaux qui commençaient.

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En 1958, la Martinique a-t-elle été au bord de l’indépendance ?

— Par Yves-Léopold Monthieux —
Je viens de prendre connaissance de l’article de Jean-Marc PARTY en date du 20 octobre 2018 qui nous apprend qu’« en 1958, à la veille du référendum, la Martinique, tout comme les trois autres départements d’outre-mer, est au bord de l’indépendance ». Ce qui signifie que la population martiniquaise était prête à voter NON au référendum et à de GAULLE. En s’appuyant sur des données incertaines (« certains chercheurs », « certains auteurs », lesquels ?), le journaliste en arrive à l’affirmation énoncée sous le mode de l’évidence : « c’est ainsi, dit-il, que les « quatre vieilles colonies » ont échappé à l’indépendance, voici 60 ans ».
Cette allégation surprenante ne trouble ni les historiens ni les politistes, ce qui a valeur de validation dans ce pays. « C’est la thèse de certains chercheurs », et de « certains auteurs », ajoute l’auteur. Mais une chose est de se soumettre à la vérité historique, une autre d’adhérer à une opinion même correctement domiciliée. C’est ainsi que sur des bases virtuelles se fabrique et se poursuit le récit national qui ne suscite jamais de débat contradictoire.

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En Martinique, les extrêmes sont en Marche

— Par Yves-Léopold Monthieux —

A l’échelon national, Emmanuel MACRON a perdu de peu son pari, mais il paraît être le vrai vainqueur des élections européennes. Il a su résister au Rassemblement national qui fait moins bien qu’en 2014 et avec lequel il fait jeu égal. Plus important, après des décisions difficiles et plus de six mois de jacqueries des Gilets jaunes et d’annonces quasi hebdomadaires de fin de quinquennat imminent, le mouvement En Marche fait mieux que tirer son épingle du jeu. Emmanuel MACRON se retrouve face à une opposition classique quasi inexistante.

Les résultats dans chaque commune ci-dessous

Bien avant les dernières présidentielles, j’avais annoncé au responsable local de Les Républicains la difficulté de représenter ce parti en Martinique. En effet, l’ambition présidentielle pousse ce dernier à un mouvement inévitable vers l’extrême-droite, ce qui est insupportable pour des représentants martiniquais. Songeons que Nicolas SARKOZY avait dû en partie son élection aux voix du Front National (entre-deux entre le père et la fille Le Pen) et que le regain de force de ce parti en 2012 avait nui à la réélection du dernier président de droite.

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Nous avons cassé nos frères du BUMIDOM

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Selon le philosophe Erasme il est plus facile de convaincre l’homme de cent mensonges que d’une vérité. Alors que la grande faiblesse de la vérité est d’être une, l’histoire affichée du BUMIDOM a été fabriquée dans le bruit des mensonges et la négation de la vérité. L’instrumentalisation du BUMIDOM à des fins politiques est sans aucun doute l’escroquerie intellectuelle et politique la plus grave qu’ait connu la Martinique, de la part de compatriotes à l’endroit d’autres compatriotes.

Dans un article paru en 2013 intitulé « Taubira donne un « coup de vieux » aux indépendantistes », je soulignais la franchise de l’ancienne ministre guyanaise qui disait pourquoi, au lendemain de la décentralisation en Outre-Mer, en 1983, la revendication nationaliste lui était apparue obsolète. La migration d’Etat n’a pas disparu avec la fin du BUMIDOM qui a été immédiatement remplacé par sa fille, l’ANT, puis sa petite-fille, LADOM. Mais l’idée de séparatisme qui justifiait les attaques faites au BUMIDOM ayant fait long feu, il ne fut plus besoin de combattre ses continuatrices.

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Le Pouvoir régalien et les « obligations » régaliennes de l’État

— Par Yves-Léopold Monthieux —
La dimension régalienne des attributions de l’État est souvent perçue comme un obstacle à la valorisation de l’identité martiniquaise. Aussi, la tentation est forte de s’affranchir de cette souveraineté, du moins dans les formes, par toutes initiatives susceptibles d’exorciser la réalité et de donner une couleur à l’identité. Cela passe par la sémantique qui conduit à exclure des mots comme métropole ou outre-mer, à en utiliser d’autres, et par des symboles comme le drapeau national ou nationaliste. En évoquant dans un récent article les attributions de l’État concernant l’Outre-Mer, Raphaël CONFIANT fait inconsciemment le constat que la manifestation de cette prérogative est devenue insupportable à la classe politique martiniquaise et que le pouvoir régalien s’est délité. Il convient de souligner dans de nombreux domaines l’application parcimonieuse de la règle de droit. Dans plusieurs tribunes j’ai essayé de montrer en quoi, en Martinique, le pouvoir régalien était devenu un leurre. Sauf que, loin de jeter le bébé avec l’eau du bain, on se soucie d’en conserver les dividendes.

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La Martinique aura-t-elle son université à l’insu de son plein gré ?

— Par Yves-Léopold Monthieux —
Dans la concurrence que se font en divers domaines la Guadeloupe et la Martinique, le département-région sait se faire aider par le gouvernement grâce à ses parlementaires et son lobby d’anciens ministres, de gauche et de droite. De ce fait, la mésestime de la collectivité martiniquaise pour les partis nationaux ainsi que son dédain pour les fonctions ministérielles sont perçus par Gwada comme des reproches en creux pour sa propre participation à des gouvernements français. Celle-ci se tait mais n’en pense pas moins. En tout cas, les postures de rupture du pouvoir local martiniquais ont un coût politique. La plupart des arbitrages gouvernementaux effectués entre les deux territoires se font au détriment de la Martinique.
S’agissant de l’enseignement supérieur, la Guadeloupe a le beau rôle. Alors que la Martinique est toute entière préoccupée par son statut politique, son drapeau et son hymne, le pôle universitaire de la collectivité voisine a su, préférant le concret au panache, développer des unités d’enseignement jusqu’à atteindre 70% des équipements de l’Université des Antilles (UA) et des activités afférentes.

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La domesticité à l’épreuve de nous-mêmes

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Les rapports sociaux développés dans les anciennes colonies françaises ont du mal à s’extirper de pratiques empruntées à une autre époque, entre maîtres et esclaves.
En 2000, Jean-Robert Cadet publiait un ouvrage autobiographique Restavec. Enfant esclave en Haïti. Ce professeur américain d’origine haïtienne révélait l’existence des enfants domestiques « placés » dans des familles bourgeoises d’Haïti. Peu après la parution de ce livre, André Schwartz-Bart me disait sa stupéfaction de n’avoir jamais entendu parler de cette affaire par ses amis écrivains haïtiens. Ce phénomène ne figure ni dans l’abondante littérature d’Haïti ni dans la musique ni dans la riche peinture de cette ancienne colonie française. Dès lors, il est difficile de ne pas conclure à la complicité, voire la participation de l’élite à ce travers sociétal. D’ailleurs, les révélations de Jean-Robert Cadet n’ont pas fait bondir les intellectuels haïtiens.

Photo : Les enfants de la Creuse
Originaire de La Réunion, Jacques Martial a publié lui aussi un ouvrage autobiographique. Il était l’un de ces enfants du département de l’Océan indien qui avaient été placés dans des familles d’accueil de la France hexagonale.

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Qu’est-ce qu’un drapeau nationaliste ?

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Ainsi donc, après la simagrée institutionnelle, voilà donc venue l’heure du drapeau. Un drapeau national, en attendant la nation. Un drapeau national et l’idéologie dont il est le porteur. Pourtant, le temps n’est plus où une idée minoritaire pouvait s’imposer, même si une pratique appliquée pendant un certain temps peut finir nolens volens par se faire adopter.

On a beau couper les cheveux en quatre, si le drapeau Rouge-Vert-Noir a peut-être vocation à devenir un jour drapeau national, il n’est autre pour l’instant que le blason d’un nationalisme décadent où l’un des représentants, non des moindres, peut déclarer tout de go : « je fus indépendantiste », ce qui voudrait dire en toute logique qu’il ne l’est plus.

Aussi, le drapeau paraît venir au secours du mouvement indépendantiste qui paraît avoir épuisé ses charmes. Après la démonstration de l’inanité idéologique de ceux qui le portent, le drapeau nationaliste est donc ce qui reste du nationalisme martiniquais. En termes de « confusionnisme », ces derniers sont les acteurs empressés de l’assimilation.

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Emmanuel Macron pourra-t-il échapper à la démission ?

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Le référendum est un procédé de consultation avec effet exécutoire et c’est ce caractère décisionnel qui le distingue de la consultation populaire du type de celles qui ont été organisées en Martinique en décembre 2003 et février 2010. De même qu’avait été finalement annulé le référendum envisagé par le général de Gaulle en 1968, il y a lieu de penser qu’il n’en sera pas proposé un pour résoudre la crise que connaît aujourd’hui la France. En échange, les analystes s’orientent en meute, comme pour le referendum délaissé, en faveur de la dissolution de l’assemblée nationale.
En 1968, le succès de la dissolution avait été possible parce que les partis politiques structuraient la vie politique. En face de la majorité UNR-UDT et RI (Républicains indépendants), il y avait une opposition parfaitement identifiée autour de discours portés par des partis et des leaders reconnus. La « chienlit » qui n’avait duré qu’un mois plein ne peut être comparée aux samedis jaunes (4 jours par mois et non perte de salaires).

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Referendum : on met la charrue avant les bœufs

— Par Yves-Léopold Monthieux
Les analyses faites autour d’un possible référendum au terme du Grand débat ne paraissent pas relever d’un usage normal de ce mode de consultation. La nature du referendum est son caractère exécutoire. Le lendemain du vote, lorsqu’il est favorable, il doit entrer en vigueur. Il ne doit pas ressembler à un vote de confiance, sans effet décisionnel, suivant une déclaration de politique générale du gouvernement devant l’assemblée nationale.
Par ailleurs, le sujet à soumettre au vote précède toujours le choix du mode de consultation. Pour tous les référendums on a connu les textes avant de fixer la procédure de la consultation adéquate. Ainsi, en 2005, le texte du traité européen étant connu, on a tergiversé avant de choisir le referendum plutôt que le congrès à Versailles. Aujourd’hui, on veut faire un referendum mais on ne sait pas quelle(s) question(s) poser. Le principe du référendum étant retenu, le débat porte sur le texte à soumettre à l’électeur. On met la charrue avant les bœufs. Encore un essai d’instrumentalisation du referendum.

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Le drapeau vert-rouge-noir n’est pas pour demain.

— Par Yves-Léopold Monthieux —
En supprimant l’emblème aux 4 serpents, le président de la République n’a pas entendu invalider un drapeau et encore moins un drapeau national. L’objectif avéré de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) est de faire reconnaître la Martinique lors des rencontres sportives dans les Caraïbes, autrement que par le fanion retiré ou le drapeau français. La requête est réputée émaner des ligues sportives qui sont des organismes non politiques. Cependant, pour ceux qui voulaient la suppression de l’emblème il ne s’agit pas d’y substituer un autre, d’égale signification politique. Pour ces derniers, l’objectif est d’adopter une fois pour toutes le drapeau national martiniquais. Le drapeau de l’indépendance avant l’indépendance, en quelque sorte. Mais les porteurs dudit « drapeau de MALSA » ont été pris de court par la soudaineté de la décision présidentielle à laquelle ils n’étaient pas préparés.
Comme je l’avais pressenti dans ma tribune du 19 octobre dernier, le président Alfred MARIE-JEANNE, qui n’a jamais été un accro au drapeau de MALSA, a profité de cette surprise pour « faire un pied de nez à ses anciens amis indépendantistes ».

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Les majorités sont toujours « minoritaires ».

— Par Yves-Léopold Monthieux —
L’insatisfaction institutionnelle de la France étant permanente, on parle de plus en plus de la venue de la 6ème République. C’est même une curiosité française, après le béret, le pain et la bouteille de vin. Mais personne ne dit ce qu’il faudra mettre à l’intérieur de la nouvelle constitution. Sans doute par crainte que sitôt fait le projet ne soit soumis à la critique.

Deux éléments fondamentaux caractérisent la 5ème République : l’élection du président de la République au suffrage universel et l’élection de l’assemblée nationale au scrutin majoritaire à 2 tours. Projeter que le président de la République ne soit plus élu au suffrage universel, il est difficile de l’imaginer à un moment où les gilets jaunes entendent non seulement élire directement leurs dirigeants, mais aussi les révoquer. Par ailleurs, instaurer l’élection à la proportionnelle de l’assemblée nationale, c’est le retour de la 4ème République et à l’instabilité ministérielle. C’est de cette instabilité qu’est née la toute-puissance de la haute administration qui a été conduite à pallier la vacuité du pouvoir.

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Référendum d’initiative citoyenne (RIC) : la douce folie de la démocratie

— Par Yves-Léopold Monthieux —
Les référendums ne sont pas organisés, comme les autres élections, à des échéances fixées d’avance par la loi. Par ailleurs, le texte soumis à référendum, comme l’opportunité de la saisine, expriment l’expertise politique de celui qui pose la question et suppose la compréhension du citoyen qui doit y répondre. C’est dire que le référendum qui est le processus démocratique ayant la plus grande force démocratique, peut, lorsqu’il est dévoyé, conduire à de vrais dégâts. On évoque souvent le cas de MAASTRICH en oubliant que ce vote avait été utilisé par la droite et la gauche pour régler des conflits internes aux partis. Le « non » prôné par Laurent FABIUS avait en ligne de mire le leadership du parti socialiste en vue des futures présidentielles.
Par ailleurs, de même qu’il est utile de confier la construction des ponts aux ingénieurs et la santé aux médecins, il convient de confier le fonctionnement de l’Etat à des professionnels ayant un niveau d’expertise équivalent. En France ce sont les diplômés de l’ENA de « Sciences Po » qui remplissent cette fonction, la suppression de ces écoles n’a pas de sens.

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Le questionnement démographique, phénomène de l’année 2018.

— Par Yves -Léopold Monthieux —
La nouvelle de l’année 2018, qui est à mon avis la plus riche de signification et suscite le plus de préoccupations, est la récente livraison de l’INSEE relative à la situation démographique de la Martinique, qui ne compte plus que 370 000 habitants.
En fait, tout au long de l’année, cette problématique a été présente dans la plupart des réflexions sur l’Université, l’exode de notre jeune élite, le vieillissement des Martiniquais, l’évolution de l’habitat et même le remplacement de notre main d’œuvre ouvrière et agricole par des voisins caribéens. Y a-t-il le feu dans la demeure quand on sait que le taux actuel de l’évolution démocratique est comparable à celui des pays développés, environ 13°/°° contre 17°/°° en 1990 pour la Martinique ?
On le sait, la connaissance des perspectives démographiques est essentielle aux prévisions d’équipement et de développement économique d’un territoire, d’un pays. A titre d’exemple, au moment où le projet de TCSP avait été conçu, la prévision démographique était de plus de 400 000 habitants. A un moment où la rigueur financière se pose aux collectivités, n’y a-t-il pas besoin de revoir à la baisse les projets de travaux routiers lorsqu’on sait, par ailleurs, que ceux qui quittent la Martinique et qui vont encore la quitter sont et seront autant de conducteurs d’automobiles en moins ?

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La France va mal, qui vit bien

— Yves-Léopold Monthieux —

La présente tribune peut être regardée comme un complément de mon précédent article : Emmanuel Macron a-t-il été élu trop tôt ? Au moment où tout le monde se veut adepte des Gilets jaunes et que les opportunistes se défilent :« moi je n’ai pas voté Macron ». La France a besoin de coups de pieds au cul est un aphorisme que j’ai souvent utilisé, notamment avant l’élection de Nicolas Sarkozy.

Trois idées ont présidé à mon analyse. D’abord, c’est l’un des pays où l’on vit le mieux en Europe et dans le monde, y compris avec ses DOM qui remplissent les croisières et ses festivaliers qui se lavent au champagne. Sauf que la France vit à crédit avec un endettement de plus de 1000 milliards d’euros. Son ouverture sur le monde devrait l’inviter à ne pas ignorer que des morts-de-faim se saignent à travers le monde et que pour atteindre un niveau de vie comparable à celui des Français, il faudrait à l’humanité une production de biens correspondant à 3 terres.

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L’ icône Gandhi trébuche

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Ainsi donc, à force de vouloir déboulonner les statues on en arrive à des situations inattendues qui, par effet boomerang, explosent parfois aux visages. Au moment où la controverse autour de Mahatma GANDHI prend en Afrique un tour particulier, je vous propose de republier ma tribune « L’icône Gandhi va-t-elle trébucher ? » C’était peu après la pose d’une stèle à FORT-DE-FRANCE en l’honneur de cet homme.

 L’icône Gandhi va-t-elle trébucher ? 

 « Comme quoi, nul n’est complètement « pur » et « clair » dans les référencements historico-raciales… ». C’est par cette phrase qu’Antilla termine l’introduction de l’article parue au numéro 1737, « Gandhi, précurseur de l’apartheid ?… ». A cette affirmation négative qui pourrait être mienne, j’ajouterai, comme Martin Luther King, que tout homme a en lui un raciste qui sommeille. Mais de même qu’il n’y a pas d’amour sans preuves d’amour, en fait de racisme on ne retient que les actes. Les actes que son tempérament, son éducation, ses convictions religieuses, ou plus généralement sa culture, n’ont pas su permettre à l’individu de réfréner. 

En effet, depuis quelques mois monte une petite musique qui tend à remettre en cause la statue de Mahatma  Gandhi.

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Le drapeau martiniquais, au-delà des controverses

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Au moment où l’initiative de la CTM, que j’avais pressentie, est prise de proposer l’adoption d’un drapeau martiniquais, je soumets à une nouvelle lecture la tribune que j’avais publiée le 30 août 2017. Elle a été suivie par deux articles : Un drapeau-emblème régional ou un drapeau national martiniquais (1er juillet 2018) et La fin du roman des 4 serpents (19 octobre 2018).

Je cite :

« Il faudra bien un jour mettre  fin à l’hypocrisie qui consiste à rechercher des  prétextes pour instaurer un drapeau destiné à représenter la Martinique en tant que nation. C’est cette frustration qui se manifeste lors des rencontres sportives auxquelles la Martinique participe dans la Caraïbe. Certains dirigeants vont jusqu’à attribuer l’échec manifeste de la politique du foot-ball martiniquais au fait que la Martinique ne soit pas une nation et n’ait pas son propre drapeau. Forte de promesses financières juteuses, la demande d’affiliation directe à la FIFA de la ligue martiniquaise procède de cette même aspiration nationaliste.

Derrière de drapeau aux 4 serpents c’est le drapeau français qui est visé.

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Université : crier « au loup ! » ne suffit pas

— Par Yves-Léopold Monthieux —
Une opinion piquée sur l’internet m’amène à faire plusieurs observations. L’internaute déclare : « Nos politiciens veulent se retirer du cadre français en se camouflant dans des partis bô caye ; personne ne veut s’intégrer dans les partis nationaux pour afficher le territoire au sein du gouvernement. On se replie sans arrêt et le résultat est devant nos yeux ». Ces mots s’appliquent bien au rapport au gouvernement de la classe politique martiniquaise.
Le repli est incontestable et même provocateur. La Martinique est la seule collectivité de l’Outre-Mer à ne pas être représentée en France par un parti national, de droite ou de gauche. C’est une réalité que la Martinique et les Martiniquais doivent assumer sans pleurnicheries. L’invitation à ne pas voter pour certains partis locaux n’est pas à l’ordre du jour, car plusieurs scrutins ont consolidé la situation d’aujourd’hui. Les résultats sont déjà là, que sanctionnent de nombreux jeunes parmi ceux qui partent ; c’est le succès d’une politique sciemment développée et non une surprise ou un accident. Ce sont les résultats d’une politique constante et transpartisane qui nous distingue de tous les autres territoires et que les différents gouvernements ont reçus cinq sur cinq.

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Emmanuel Macron a-t-il été élu trop tôt ?

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Je me permets de publier un extrait du texte que j’avais écrit en février 2017, « Emmanuel Macron aura-t-il un destin national ? ».
Compte tenu des circonstances, j’avais pronostiqué que le président qui allait succéder à François Hollande pourrait ne pas finir son mandat et qu’Emmanuel MACRON, après une défaite honorable, surgirait alors d’une courte « traversée du désert ». Je m’étais trompé :
Il est arrivé plus vite que prévu, sans avoir eu le temps de se préparer vraiment.

« Emmanuel Macron aura-t-il un destin national ? »
« …Plus généralement, la vie institutionnelle française avance par à coups : révolutions, coups d’Etat, guerres. Cinq républiques, c’est unique pour un grand pays démocratique. C’est pourquoi le professeur Maurice Duverger avait intitulé son cours de Droit constitutionnel par quelque chose comme « L’inexpérience constitutionnelle de la France ». Ces républiques ont été entrecoupées par l’épopée napoléonienne et des soubresauts de la royauté qui font que, depuis 1789, la France a connu près d’une dizaine de pratiques ou écritures constitutionnelles différentes. On voit bien qu’une 6ème République est inévitable mais laquelle ?

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