Le Prince de Hombourg

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— Par Michèle Bigot —

Le Prince de Hombourg
Heinrich von Kleist
Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti
Scénographie : Girogio Barberio Corsetti et Massimo Troncanetti
Festival d’Avignon in, juillet 2014, cour d’honneur du Palais des papes

Après la Tempesta mise en scène à Avignon à l’Opéra Théâtre en 1999, et tant de textes de Kafka et d’opéras italiens mis en scène par ses soins, Giorgio Barberio Corsetti nous revient avec La Prince de Hombourg.
Et dans la cour d’honneur, il a trouvé le lieu par excellence, celui qui est le plus adapté à son lyrisme intrinsèque. C’est l’espace idéal pour les mises en scène spectaculaires. Le mur de fond se prête merveilleusement au déploiement des images vidéo. On se souvient de Le maître et Marguerite mis en scène par Simon McBurney en 2012 qui voyait les murs du palais se lézarder et s’effondrer dans une vision ahurissante. Le dispositif savant de vidéo, laser, lumière et musique se donne libre champ dans un tel espace, conférant au spectacle la magie qui lui est essentielle⋅ Mais un tel décor naturel commande le choix du texte⋅ On se souvient aussi que l’an dernier Stanislas Nordey avait épousé le contre-pied de ce genre de scénographie en choisissant un décor minimaliste fait de baraques de chantier pour monter Par les villages de Peter Handke, laissant au acteurs le soin d’incarner la tension dramatique, ce qu’ils réussirent à merveille.
Avec G.B. Corsetti, on revient à une option plus académique, le metteur en scène ayant un goût prononcé pour l’opéra. Le propos de Corsetti est de façonner une écriture théâtrale complexe, qui soit à la hauteur de la veine poétique du texte de Kleist, et qui rende compte de son ambiguïté foncière. Il mêle donc à l’envi chorégraphie, chant lyrique (admirable interprétation par un chanteur placé sur une des hautes fenêtres du palais, de Prison, de G.Fauré, adapté du poème Le ciel est par-dessus le toit (Sagesse) que Verlaine a écrit en prison). Ce seul épisode vaut d’être surligné car il représente de manière emblématique la mise en scène de Corsetti, concentrant en un tableau le jeu de lumière, la musique et la poésie qui sont l’essence de cette lecture.
Nous sommes très loin ici de l’interprétation politique que Marie-José Malis en a donné au théâtre Garonne, avec la complicité d’A.Badiou, dans laquelle le jeune Prince représentait le révolte et la désobéissance. La lecture de Corsetti accentue la dimension romantique du personnage, rêvant sa vie et pris au piège d’une action tragique. La représentation met l’accent sur la force poétique du texte en combinant chorégraphie onirique, scénographie inspirée, chant lyrique et jeu d’ombre. Le texte tend alors vers l’opéra : l’ambiance Sturm und Drang à laquelle se prête volontiers le ciel étoilé d’Avignon restitue parfaitement l’état d’âme d’un héros rêveur, victime d’un retournement dramatique de situation.
La mise en scène de Corsetti fait écho à celle du TNP de Vilar en 1951, mais Xavier Gallais renouvelle le rôle du Prince, moins lyrique que Gérard Philippe, plus folâtre et joyeux, plus inconscient. Corsetti se hisse à la hauteur de Vilar, dans une lecture aussi lyrique mais plus moderne en ceci qu’elle ose associer toutes les techniques de la scène sans craindre les changements de tons. Certains moments confinent au burlesque, la tonalité semble parfois délibérément décalée, assurant la distance nécessaire pour actualiser un texte romantique.
L’ensemble est convaincant, sinon touchant. Le spectateur est comblé dans son attente esthétique, sans toutefois sortir bouleversé dans son cœur.

Michèle Bigot