Archives du Jour:

Chlordécone : les Antilles empoisonnées pour des générations

La quasi-totalité des Guadeloupéens et des Martiniquais sont contaminés par ce pesticide ultra-toxique, utilisé massivement de 1972 à 1993 dans les bananeraies.

— Par Faustine Vincent (Guadeloupe, envoyée spéciale du journal Le Monde)
Il a vu ses collègues tomber malades et mourir tour à tour sans comprendre. « Cancer, cancer, cancer… C’est devenu notre quotidien. A l’époque, on ne savait pas d’où ça venait », se souvient Firmin (les prénoms ont été modifiés) en remontant l’allée d’une bananeraie de Basse-Terre, dans le sud de la Guadeloupe. L’ouvrier agricole s’immobilise sur un flanc de la colline. Voilà trente ans qu’il travaille ici, dans ces plantations verdoyantes qui s’étendent jusqu’à la mer. La menace est invisible, mais omniprésente : les sols sont contaminés pour des siècles par un pesticide ultra-toxique, le chlordécone, un perturbateur endocrinien reconnu comme neurotoxique, reprotoxique (pouvant altérer la fertilité) et classé cancérogène possible dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Ce produit, Firmin l’a toujours manipulé à mains nues, et sans protection.…

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Tous les hommes sont-ils égaux ?

 — Par Widad Amra, poétesse, écrivaine —

« On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu’ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs « maîtres » provisoires mentent. Donc que leurs maîtres sont faibles.

« Discours sur le colonialisme. A. Césaire. 1950.

Gaza. Silence ! On a tué !

116 morts. 4000 blessés.

Question ! « Tous les hommes sont-ils égaux ? »

Le 10 Décembre 1948, les 58 membres de l’ONUqui constituaient alors l’Assemblée générale ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris au Palais de Chaillot (résolution 217 A (III)).

70 ans après, on peut objectivement se poser la question suivante : tous les hommes sont-ils égaux ?

Il apparaît de façon évidente, que tous les hommes ne le sont pas. Il apparaît de façon évidente que bon nombre d’humains peut être tué, sans que cela ne fasse basculer la conscience du monde. Il est des états, qui, comme les Etats unis, affirment leur toute puissance, de façon ostentatoire, dans un déséquilibre désormais préjudiciable à la paix.

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Histoire du Devoir de Violence

Présentation
Céline Gahungu
Si des études consacrées à Yambo Ouologuem n’ont pas cessé de paraître depuis le tournant des années 1970 – de Bernard Mouralis1 à Christopher Wise2, des recherches fondatrices ont contribué à mettre en perspective sa poétique et sa trajectoire –, les travaux récents signalent un regain d’intérêt pour l’écrivain dernièrement disparu3, dont le célèbre roman Le Devoir de violence vient d’être réédité aux Éditions du Seuil cinquante ans après sa première publication, en 19684. L’essai de Sarah Burnautzki paru en 2017, Les Frontières racialisées de la littérature française. Contrôle au faciès et stratégies de passage5, et les journées d’étude internationales organisées à l’Université de Lausanne par Christine Le Quellec Cottier et Anthony Mangeon les 18 et 19 mai 2018, « 1968-2018. L’œuvre de Yambo Ouologuem, un carrefour d’écritures ?6 », vont sans nul doute ouvrir la voie à de nouvelles recherches.

La prise en compte de l’ensemble de la production de l’écrivain, jusqu’aux confins des « contre‑littératures7 », son inscription dans le contexte culturel, sociologique, idéologique et philosophique des années 1960, l’analyse des archives éditoriales du Seuil conservées à l’IMEC8, les démarches posturales et les approches interdisciplinaires favorisées par les études culturelles et postcoloniales sont quelques-unes des pistes désormais frayées, et qui le seront probablement de plus en plus.…

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